Dérèglement climatique : faim, pauvreté, maladies... Ce qu'il faut retenir du projet de rapport du Giec

Les experts du climat annoncent des "impacts irréversibles" si la hausse des températures est supérieure à 1,5°C, selon un pré-rapport dévoilé par l'AFP et qui n'est toutefois pas destiné à être publié tel quel.

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Les restes d'un poisson mort repose sur les rives asséchées de la Loire, à Montjean-sur-Loire, le 24 juillet 2019. (LOIC VENANCE / AFP)

Il y a urgence. Pénurie d'eau, exode, malnutrition, extinction d'espèces... Un réchauffement climatique durable supérieur au seuil de +1,5 °C aurait des "impacts irréversibles pour les systèmes humains et écologiques", avertit un projet de rapport des experts du climat de l'ONU obtenu en exclusivité par l'AFP mercredi 23 juin. Quel que soit le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ces impacts vont s'accélérer et devenir douloureusement palpables bien avant 2050, assure le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) dans ce document de 137 pages.

"La vie sur Terre peut se remettre d'un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes. L'humanité ne le peut pas."

Les experts du Giec

dans un projet de rapport dévoilé par l'AFP

Voici ce qu'il faut retenir de ce résumé technique, qui n'en est encore qu'au stade de projet. Le texte définitif ne sera officiellement publié qu'en février 2022, après son approbation par consensus par les 195 Etats-membres.

Les villes côtières vont souffrir

Le réchauffement climatique touchera directement et fortement les habitants des villes côtières. En 2050, des centaines de millions d'entre eux, de Bombay (Inde) à Miami (Etats-Unis), et de Dacca (Bangladesh) à Venise (Italie), seront menacés par des submersions plus fréquentes, provoquées par la hausse du niveau de la mer, qui entraînera à son tour des migrations importantes. Environ 10% de la population mondiale et des actifs vivent à moins de 10 m au-dessus du niveau de la mer, notent les experts du Giec. Pour certaines mégalopoles, les conséquences pourraient se faire sentir très vite, du vivant des populations actuelles. 

"Le niveau de la mer continue à monter, les inondations et les vagues-submersion sont de plus en plus fréquentes et intenses, le réchauffement accroît l'acidité de l'océan et intensifie les canicules."

Les experts du Giec

dans un projet de rapport dévoilé par l'AFP

"La plupart des villes côtières peuvent mourir. Beaucoup d'entre elles seront éliminées par les inondations à long terme. D'ici 2050, on aura une idée plus précise", explique Ben Strauss, de l'organisation Climate Central, interrogé par l'AFP. Mais en dépit de ces sombres prédictions, les villes côtières continuent de grossir, multipliant les victimes potentielles, en particulier en Asie et en Afrique. En Europe, Venise, chef-d'œuvre architectural classé au patrimoine mondial de l'Unesco, est particulièrement vulnérable : plus de 90% des habitations de la cité des Doges sont menacées par les inondations.

Au-delà de +2 °C, la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique de l'Ouest (qui contiennent assez d'eau pour provoquer une hausse du niveau de la mer de 13 m) pourraient d'ailleurs entraîner un point de non retour, selon de récents travaux. C'est pour cela que "chaque fraction d'un degré compte", insiste le Giec.

Enfin, sous l'effet combiné de la dilatation des océans et de la fonte des glaces provoquées par le réchauffement, la hausse du niveau des mers menace également de contaminer à l'eau salée les sols agricoles et d'engloutir des infrastructures stratégiques, comme les ports ou les aéroports.

La faim et la pauvreté vont s'aggraver

Même en limitant la hausse à 2 °C, quelque 130 millions de personnes supplémentaires pourraient sombrer dans la pauvreté extrême d'ici à dix ans, et la malnutrition s'accroîtra. Agriculture, élevage, pêche, aquaculture... "Dans tous les systèmes de production alimentaire, les pertes soudaines s'accroissent" à cause des sécheresses, des canicules etc., observe le pré-rapport, en pointant les aléas climatiques comme "principal moteur". La fréquence des mauvaises récoltes augmente déjà régulièrement depuis 50 ans et la multiplication de phénomènes météorologiques extrêmes touchera de plus en plus la production. L'apport protéinique tiré du riz, du blé, de l'orge ou des pommes de terre devrait ainsi chuter entre 6% et 14% dans les années à venir.

S'ajoutera la pression sur les terres liée à la demande croissante en biocarburants ou à la plantation d'arbres pour séquestrer le carbone. Tous ces facteurs pousseront les prix à la hausse d'environ 30% d'ici 2050. Ce qui placera plus de 180 millions d'habitants ayant de faibles revenus au bord de la malnutrition chronique, un danger très inégalement réparti, l'Afrique et l'Asie du Sud-Est concentrant 80% des personnes menacées. Autre conséquence : plus de 10 millions de cas supplémentaires de malnutrition ou de rachitisme infantile sont attendus en Afrique ou en Asie d'ici 2050.

L'eau douce va manquer

Côté approvisionnement en eau, un peu plus de la moitié de la population mondiale est déjà en situation d'insécurité. Avec l'aggravation de la sécheresse et la multiplications des canicules, le manque d'eau douce deviendra de plus en plus criant dans certaines régions du monde. Près de 75% des approvisionnements en eaux souterraines – principale source d'eau potable pour 2,5 milliards d'humains – pourraient être touchées par le changement climatique d'ici à 2050, alors que la fonte des glaciers a déjà fortement affecté le cycle de l'eau (cours d'eau, mers, évaporation, pluie).

Avec une augmentation de 1,5 °C, dans les villes, 350 millions d'habitants supplémentaires seront exposés aux pénuries d'eau. Ce chiffre passera à 400 millions de personnes supplémentaires si la hausse des températures s'élève à 2 °C. "Les coûts d'adaptation pour l'Afrique devraient augmenter de dizaines de milliards de dollars par an au-delà de +2 °C", relèvent encore les auteurs du projet de rapport. D'après les études citées par le Giec, dans un monde à +1,5 °C, 14% de la population terrestre sera exposée à des canicules sévères au moins tous les cinq ans, en "augmentation significative".

"A +2 °C, 1,7 milliard de personnes supplémentaires seront exposées à de fortes chaleurs, 420 millions à des chaleurs extrêmes et environ 65 millions à des canicules exceptionnelles tous les cinq ans."

Les experts du Giec

dans un projet de rapport dévoilé par l'AFP

Les plus touchés seront les habitants des mégalopoles tropicales des pays en développement, en Asie et en Afrique notamment. "Dans ces régions, la population des villes augmente fortement et la menace de canicules mortelles plane", explique Steffen Lohrey de l'université de Berlin, principal auteur de l'étude dont sont extraits les chiffres du Giec.

Les maladies vont se propager

Autre danger, le réchauffement climatique agrandit les territoires propices aux vecteurs de maladies, notamment les moustiques. D'ici à 2050, la moitié des habitants de la planète pourrait être exposée à la dengue, la fièvre jaune ou des virus comme zika. Les ravages du paludisme ou de la maladie de Lyme vont s'amplifier et les décès liés aux diarrhées infantiles devraient augmenter au moins jusqu'au milieu du siècle, malgré le développement socio-économique. Les maladies liées à la qualité de l'air, notamment la pollution à l'ozone, typique des vagues de chaleur, vont aussi "substantiellement augmenter". "Il y aura également des risques accrus de contamination de l'eau ou des aliments" par les toxines maritimes, selon les auteurs du pré-rapport.

De nouvelles espèces seront menacées

Pour certains animaux et certaines variétés de plantes, il est peut-être déjà trop tard : "Même à +1,5 °C, les conditions de vie vont changer au-delà de la capacité de certains organismes à s'adapter", souligne le projet de rapport, en citant les récifs coralliens. Parmi les espèces en sursis figurent les animaux de l'Arctique, territoire qui se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne.

Des solutions peuvent être trouvées

Face à ces problèmes systémiques, il n'existe pas de remède miracle unique. En revanche, une seule action peut avoir des effets positifs en cascade. Par exemple, la conservation et la restauration des mangroves et des forêts sous-marines de varech (des algues), qualifiées de puits de "carbone bleu", accroissent le stockage du carbone, mais protègent aussi contre les submersions, tout en fournissant un habitat à de nombreuses espèces et de la nourriture aux populations côtières. En dépit de ses conclusions alarmantes, le pré-rapport offre ainsi une note d'espoir. En prenant aujourd'hui des mesures fortes, il est possible de freiner l'emballement de la deuxième moitié du siècle. 

"Nous avons besoin d'une transformation radicale des processus et des comportements à tous les niveaux: individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernement."

Les experts du Giec

dans un projet de rapport dévoilé par l'AFP

"Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation", plaident encore les auteurs de ce document, dont la teneur définitive ne sera connue que l'an prochain.

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