Comment Nicolas Hulot se remet en selle grâce à la COP21

L'envoyé spécial de François Hollande pour le climat s'amuse dans une vidéo virale destinée à mobiliser les jeunes. Une mise en scène qui sonne comme une revanche par rapport à 2011. 

L\'écologiste Nicolas Hulot participe à une conférence de presse à l\'Elysée, le 6 décembre 2013.
L'écologiste Nicolas Hulot participe à une conférence de presse à l'Elysée, le 6 décembre 2013. (ALAIN JOCARD / AFP)

Pas sûr que Nicolas Hulot sauve la planète, mais son double Nicolas Yolo va peut-être l'y aider. Depuis mercredi, le militant écologiste amuse la galerie pour mobiliser les jeunes avant la conférence climat (COP21). Dans un clip décalé, l'ancien animateur télé fait la promotion de sa pétition pour inciter les chefs d'Etat à s'engager pour un accord ambitieux en décembre. La vidéo, intitulée "Break the Internet" (en français "casser l'internet") cartonne. Elle a été visionnée plus de cinq millions de fois sur Facebook et YouTube. Signer la pétition en ligne est un parcours du combattant tant le site de la fondation Hulot mouline. 

Pour ce coup médiatique, Nicolas Hulot s'est entouré de visages bien connus du web français. L'idée a germé avant l'été dans les esprits fantasques de quelques youtubeurs français, au sein de l'équipe de Golden Moustache, après une visite de l'écologiste. "Il est venu nous rendre visite et nous a dit : 'Le réchauffement climatique, c'est compliqué, mais il faut en parler aux jeunes. Moi, je ne sais pas faire, alors, allez-y, faites quelque chose !'" raconte l'humoriste David Coscas, alias McFly, qui a coréalisé le clip. 

"Cela change du Nicolas Hulot noir"

Intégrer Nicolas Hulot à la vidéo s'est tout de suite imposé. "Je voulais recréer ce qu'il s'était passé dans la réalité. Il a bien conscience qu'il n'a pas l'image d'un showman. Pour nous, ce décalage était du pain béni. Mais on avait peur qu'il n'accepte pas", poursuit-il. Malgré les appréhensions, l'écologiste a dit oui. Et, pour la première fois, il rompt avec son visage de Pierrot triste inquiet pour la planète. 

Dans son entourage, on s'enthousiasme. "C'est plein d'autodérision, ludique... Cela change du Nicolas Hulot noir, qui répète que quelque chose ne fonctionne pas, qu'on court à la fin des temps. Et cela parle aux gens", salue l'eurodéputé Pascal Durand, pilier de sa campagne pour la primaire écologiste en 2011. Nicolas Hulot serait-il en pleine mue ?

Toujours dans l'ombre des présidents

Le célèbre présentateur de l'émission "Ushuaïa" incarne désormais l'urgence climatique. Depuis 2012, Nicolas Hulot est l'envoyé spécial de François Hollande pour la préservation de la planète. Une mission acceptée à titre bénévole, précise Le Monde. "Cette mission correspond à ce qu'il aime faire. Il est heureux et se sent utile. Il s'est totalement moulé dedans", confie Pascal Durand à francetv info.

Nicolas Hulot a l'habitude de chuchoter aux oreilles des chefs d'Etat. C'est lui qui a inspiré à Jacques Chirac la phrase "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs". Lui encore qui est derrière le Grenelle de l'environnement de Nicolas Sarkozy. Désormais, le militant écologiste est de toutes les visites de François Hollande, des Philippines à l'Afrique. Il dispose de deux conseillers, d'un bureau à l'hôtel Marigny, à deux pas de l'Elysée, et était même aux côtés du président lors des attentats de janvier, montre le documentaire d'Yves Jeuland, A l'Elysée, un temps de président

L'heure de la revanche après l'humiliation de 2012

Ce retour sous les ors de la République constitue une belle revanche pour lui. En 2011, Nicolas Hulot subissait l'humiliation de la défaite face à Eva Joly, lors de la primaire d'Europe Ecologie-Les Verts avant la présidentielle. Les scores (58,16% pour elle, 41,34% pour lui) ont été durs à digérer, surtout au terme d'une campagne tournant en combat contre lui. Rien ne lui avait été épargné, pas même le seau d'épluchures versé sur la tête. 

"Cela a été une épreuve pour lui. La preuve, on n'a pas entendu parler de lui pendant des mois après..." lâche le député Noël Mamère, soutien d'Eva Joly à l'époque. Devant les caméras de Complément d'enquête, l'intéressé confirme cette désillusion politique :

Si vous restez dans votre périmètre d'inspiration, de réflexion, de passeur, tout se passe bien. Si, à un moment où à un autre, il vous prend l'idée de franchir le pas, le ton change. La politique fonctionne comme un système immunitaire. Quand un corps étranger pénètre, les défenses se mettent en place.Nicolas Hulotdans "Complément d'enquête" sur France 2  

Pour Noël Mamère, l'homme n'est, de toute façon, pas un animal politique : "Son tempérament, son caractère, n'est pas adapté au combat politique. Il n'est pas assez cynique, je crois. Et c'est un compliment quand je dis ça."

"Le meilleur de nous sur la pédagogie"

Blessé, Nicolas Hulot n'excellait pas non plus dans l'humour. Pour ses soutiens, la vidéo postée mercredi est donc la preuve de sa transformation : Nicolas Hulot a pris du recul par rapport à ses échecs passés. Il aurait refusé le poste de ministre proposé par François Hollande en vue des régionales, affirme Le Parisien. Et, même si un sondage lui prédit 34% des voix, il élude toujours quant à une éventuelle candidature en 2017. 

Pour faire passer ses messages, l'ancienne star de la télévision semble avoir opté pour la pédagogie dans laquelle il excelle. "Il est le meilleur d'entre nous sur ce point", concède Noël Mamère, qui insiste sur sa "grande constance" dans son engagement écologique. "Ce qui lui importe, et son parcours le montre bien, c'est de sensibiliser les responsables de ce monde à l'urgence climatique afin de leur faire prendre des décisions."

Pascal Durand abonde : "Il a toujours eu ce rapport au pouvoir, mais au sens de levier. Il se dit 'Si j'arrive à convaincre les politiques, ce sera des relais pour les citoyens'." Or, pour que le message prenne, impossible de quitter totalement la lumière. Nicolas Hulot joue donc les équilibristes, quitte à paraître contradictoire. Mais, là encore, les soutiens sont nombreux : "Il aime la lumière, certes, mais ce n'est pas seulement pour lui, assure Pascal Durand. C'est pour que son discours porte."