Braconnage sous-marin dans les Calanques : "Un braquage au préjudice de l'ensemble de la nation"

Quatre personnes comparaissent devant la justice depuis mercredi pour avoir prélevé plus de quatre tonnes de poisson dans le parc national des Calanques.

Des inspecteurs de la police environnementale patrouillent dans les Calanques
Des inspecteurs de la police environnementale patrouillent dans les Calanques (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Le procès de quatre plongeurs soupçonnés d'avoir pêché dans des zones protégées du parc national des Calanques (Bouches-du-Rhône) s'est ouvert mercredi 4 juillet à Marseille. En quatre ans, ils auraient prélevé plus de quatre tonnes de poissons. Des oursins, des poulpes, des loups de mer revendus ensuite à des restaurateurs notamment. "On leur reproche d'avoir commis une sorte de braquage", a expliqué sur franceinfo Maître Sébastien Mabile, avocat du parc national des Calanques.

franceinfo : Que reprochez-vous exactement à ces pêcheurs-plongeurs ?

Sébastien Mabile : Les zones de non-prélèvement dans lesquelles ils ont pêché sont interdites à toutes formes de pêche, pour préserver la biodiversité et pour que les poissons essaiment ensuite dans les zones alentour. Ils y allaient de préférence par mauvais temps pour éviter la surveillance, en étant armés avec des fusils pour pouvoir ferrer le poisson, en dissimulant les marques des navires et en installant des cages à poissons dans leur bateau. Finalement, à la différence du braquage d'une banque qui est commis au préjudice de l'établissement bancaire et ses clients, ici c'est commis au préjudice de l'ensemble de la nation puisque le patrimoine maritime du parc national des Calanques est protégé pour l'ensemble des Français.

Ces zones de non-prélèvement sont des sortes de coffres-forts, des banques de biodiversité, dans lesquelles les prévenus, à l'image de braqueurs, ont pris des risques inconsidérésSébastien Mabilefranceinfo

Les espèces pêchées avaient-elles une forte valeur marchande ?

Elles ont surtout une forte valeur patrimoniale et, malheureusement, leur valeur marchande ne correspondait pas à la valeur patrimoniale de l'espèce. Par exemple, on estime qu'un mérou vivant peut générer jusqu'à 1 million d'euros de bénéfices pendant tout sa vie, qui dure une vingtaine d'années. Il était revendu à 15 euros le kilo. Le professeur Boudouresque [professeur au centre d'océanologie de Marseille], qu'on a fait citer comme témoin à l'audience, disait que c'était comme si on vendait un tableau de Cézanne à la valeur du bois de chauffage.

Qui étaient les acheteurs de cette marchandise ?

Elle était revendue à des particuliers, notamment pour les espèces interdites, comme le mérou. Elle était aussi revendue à des écaillers, notamment pour les oursins, y compris ceux qui étaient pêchés en infraction dans la zone insalubre où se déversent les égouts de Marseille. Ensuite, ces produits étaient revendus à des restaurateurs qui achetaient en connaissance de cause du poisson qui était prélevé illégalement dans le milieu naturel.