Réchauffement climatique : "Le métier de guide de haute montagne est en train de changer"

À Chamonix, les guides de haute montagne adaptent leur manière de travailler et se forment différemment, à cause de la fonte des glaces.

La mer de glace au-dessus de Chamonix (Haute-Savoie), perd 12 cm d’épaisseur de glace par jour à cause du réchauffement climatique.
La mer de glace au-dessus de Chamonix (Haute-Savoie), perd 12 cm d’épaisseur de glace par jour à cause du réchauffement climatique. (JUSTINE LECLERCQ / RADIO FRANCE)
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"J'ai fait le choix de travailler beaucoup moins au moins d'août parce que les conditions sont trop dangereuses", raconte Ulrika Asp, guide de haute montagne depuis 30 ans à Chamonix (Haute-Savoie). Cette Suédoise observe, impuissante, de nombreux éboulements cet été, "même sur les arrêtes". "Avant, on se croyait à peu près en sécurité, mais aujourd'hui, la montagne s'écroule de plus en plus", explique-t-elle, alors que le groupe d'experts de l'ONU sur le climat (Giec) doit rendre jeudi 8 août un rapport spécial sur le réchauffement de notre planète, l’utilisation des terres et la dégradation des sols.

Le "ciment de la montagne" fond

En cet été 2019, frappé par deux épisodes de canicule, la mer de glace au-dessus de Chamonix perd douze centimètres chaque jour. Le réchauffement climatique est bien visible en montagne. "On a un engrisement du paysage, avec un glacier qui se couvre de dépôt rocheux qui sont liés aux moraines, des sédiments d'origine glacière qui tombent sur le glacier", explique Ludovic Ravanel, chargé de recherches au CNRS.

"On a également les parois qui réagissent au réchauffement climatique, avec ce qu'on appelle la dégradation du permafrost, un gel permanent qui permet la présence de glace dans les fissures. Aujourd'hui, on fait fondre le ciment des montagnes." Selon le géomorphologue, on assiste à une multiplication des éboulements et des écroulements, avec des volumes parfois très importants.

Une semaine de formation supplémentaire

Dans la formation des futurs guides à l’École nationale de ski et d’alpinisme (ENSA), une sensibilisation particulière vient d’être instaurée par François Marsigny. Ce formateur, explique que "depuis cette année, une nouvelle semaine [de formation] a été ajoutée". Les élèves abordent notamment les questions liées à l'environnement et au réchauffement climatique.

"Le métier est en train d'évoluer et de changer. À l'avenir, le guide devra alerter", analyse François Marsigny pour qui le guide de haute montagne est "un témoin des phénomènes de grande ampleur que nous sommes en train de vivre dans la montagne". Lors des étés caniculaires, la mer de glace recule de 60 à 80 mètres. Dans 40 ans, elle aura totalement disparu.

Le reportage de Justine Leclercq
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