"On va perdre une quinzaine de degrés localement" : la présentatrice météo Chloé Nabédian a répondu à vos questions sur la canicule

La France fait face à des températures exceptionnelles, avec 20 départements en alerte rouge et 60 en vigilance orange à la canicule.

Un thermomètre à La Baule (Loire-Atlantique), le 22 juillet 2019.
Un thermomètre à La Baule (Loire-Atlantique), le 22 juillet 2019. (ESTELLE RUIZ / NURPHOTO / AFP)

Il fait (très) chaud ! Jeudi 25 juillet, la France fait face à des températures exceptionnelles, avec 20 départements en alerte rouge et 60 en vigilance orange à la canicule. Un record depuis la création de ces alertes en 2014. Et ce phénomène particulièrement intense interroge de nombreux internautes. Chloé Nabédian, présentatrice météo à France Télévisions, a répondu à vos questions.

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A partir de quelles températures ou quelle durée peut-on parler d'une canicule ? Comment fonctionnent les alertes Météo France ? Est-ce qu'il faut craindre des orages très violents pour les prochains jours ? Est-il possible de connaître la contribution du réchauffement climatique à ce genre d'épisode caniculaire ? Voici les réponses aux 13 questions que vous lui avez posées.

En termes météorologiques, à partir de quelles températures ou quelle durée peut-on parler d'une canicule ? (@anonyme)

On parle de canicule lorsque les seuils par département définis par Météo France sont dépassés pendant trois jours et trois nuits consécutifs. Pour Paris, par exemple, ce seuil est de 33 °C pour la maximale et 18 °C pour la minimale. Dans le Vaucluse, c'est plutôt 36 °C pour la maximale et 21 °C pour la minimale. Si les nuits étaient fraîches, on parlerait seulement d'une vague de chaleur.

Comment fonctionnent les alertes Météo France ? Pourquoi la Sarthe et l'Indre-et-Loire par exemple ne sont pas en vigilance rouge sachant que les températures y sont supérieures qu'à Lille ? (@anonyme)

Pour passer d'une vigilance orange à rouge, la décision n'est pas prise seulement par Météo France, mais en concertation avec le ministère de la Santé, et en fonction des retours du terrain, sur un engorgement des hôpitaux par exemple. La vigilance orange est liée à la température, mais on passe en rouge quand il y a un impact sanitaire et social.

Pourquoi le département de l'Hérault est-il en vert, alors que les départements limitrophes (Aude, Gard, Tarn) sont en orange ? (@anonyme)

Certains ne sont pas en orange, mais en jaune (l'Aude et le Gard) et ça change tout. Il faut savoir que dans l'Hérault, on a des températures finalement assez classiques pour la saison. Météo France a des seuils de température par département. Cela dépend aussi de quelle proportion du département dépasse ces seuils : on passe de jaune à orange si plus de 50% du département est concerné.

La vigilance noire existe-t-elle ou ça s'arrête à rouge ? (@Léo)

Aujourd'hui, le niveau maximal de vigilance est le rouge, il n'y a rien au-delà.

Comment se fait-il que les températures dans le sud de la France n'explosent pas à la différence du Nord ? (@anonyme)

Effectivement, contrairement à la canicule de juin dernier, ce n'est pas le Sud-Est qui est concerné mais tout le reste du pays. Un flux marin s'est mis en place sur les côtes méditerranéennes et limite la hausse des températures.

Les météorologues peuvent-ils prévoir un nouvel épisode de canicule pour le mois d'août ? (@anonyme)

Les prévisions à un mois sont impossibles à réaliser. Un phénomène météo met une dizaine de jours à se former, donc on ne peut savoir aujourd'hui si on aura une ou plusieurs autres canicules en août.

Cette canicule de fin juillet 2019 est devenue plus intense que celle de 2003, puisqu'elle bat de nombreux records. Cette nuit a été la plus chaude de l'histoire à l'échelle nationale, battant le 5 août 2003. En revanche, elle n'a rien de comparable en terme de durée et de conséquences sanitaires et sociales. Celle de 2003 avait duré une quinzaine de jours.

Est-ce qu'il faut craindre des orages très violents pour les prochains jours ? On va perdre énormément de degrés, non ? (@Passi)

La réponse est oui : on attend des orages très violents dès vendredi matin sur l'ouest de la France, et c'est une perturbation qui va continuer dans la soirée, et surtout samedi, dans l'Est. Vendredi, la canicule va s'arrêter dans l'Ouest, mais il faudra attendre samedi dans l'Est. On va perdre une quinzaine voire une vingtaine de degrés localement, mais nous reviendrons juste dans les normales de saison.

Bonjour, risque-t-on d'avoir des inondations juste après la canicule comme à New York ? (@anonyme)

Effectivement, ce qui s'est passé à New York peut arriver en France, puisqu'on attend des orages très violents, et, surtout, nos sols sont extrêmement secs en raison de la sécheresse. Les eaux pourraient donc ruisseler.

Les pluies du week-end seront elles suffisantes pour soulager un peu les agriculteurs ? (@Laura)

La pluie ne sera malheureusement pas suffisante pour aider les agriculteurs. Le risque est que les sols sont très secs, ce qui pourrait même provoquer par endroits une inondation des cultures. Le temps va rester relativement calme la semaine prochaine, on ne prévoit pas l'arrivée d'une succession de perturbations qui pourraient apporter de nouvelles pluies.

Est-ce que la France est plus exposée que d'autres pays européens à ces phénomènes caniculaires de par sa position géographique par rapport au Sahara, et pourquoi sa proximité avec l'océan Atlantique ne modère-t-elle pas la montée des températures ? (@Cécile du 93)

La France n'est pas plus exposée que les autres pays d'Europe. Chacun a ses propres spécificités régionales, qui amènent aussi de l'air chaud. Tout est une question de position des anticyclones et des dépressions. Si aujourd'hui l'Atlantique ne nous aide pas à tempérer les températures, c'est parce que le vent ne vient pas de l'ouest mais du sud/sud-est. Il n'y a donc pas d'air océanique qui arrive, mais de l'air saharien.

Est-il possible de connaître la contribution du réchauffement climatique à ce genre d'épisode caniculaire ? (@François)

Il est toujours difficile de relier un événement ponctuel au réchauffement climatique, mais une tendance très nette se dessine sur la fréquence des canicules. Entre 1947 et 1980, on a eu sept épisodes caniculaires. Entre 1980 et aujourd'hui, en comptant les deux de cette année, on arrive à 16.

Cette canicule correspond déjà aux projections qui étaient faites par les experts lors de la COP20 en 2014 pour les canicules de 2050. A quoi doit-on s'attendre au niveau des températures dans les prochaines décennies ? (@mtrb0)

Les chercheurs de Météo France ont aujourd'hui certaines certitudes en ce qui concerne les vagues de chaleurs en 2050. La canicule de référence de 2003 pourrait revenir très régulièrement, et certains épisodes pourraient être encore plus intenses. On aurait deux fois plus de canicules qu'aujourd'hui.

N'est-il pas temps que le bulletin météo se transforme en un bulletin sur le climat (infos plus larges, pédagogiques, etc.) ? (@Eric)

Le journal de météo de France 2 évoque déjà ces sujets climatiques, à travers des vidéos et des infos spécifiques. Il dure maintenant 3 minutes, et nous avons développé un vrai petit journal, pour apporter des explications scientifiques et accorder plus de place à l'évolution du climat. Une réflexion est également en cours pour intégrer aux prévisions le taux de CO2 dans l'atmosphère, comme a pu le faire le Guardian, mais ce n'est qu'une piste de travail pour le moment.