"La chaleur crée des tensions et des bagarres" : l'enfer des prisons en période de canicule

Les conditions de vie sont particulièrement difficiles pour les détenus pendant la canicule.

Il fait jusqu\'à 46 degrés dans certaines cellules (photo d\'illustration de la maison d\'arrêt de Nanterre).
Il fait jusqu'à 46 degrés dans certaines cellules (photo d'illustration de la maison d'arrêt de Nanterre). (THOMAS COEX / AFP POOL)

Par définition, en prison, toutes les portes sont closes. Impossible de faire des courants d'air. En 2018, des prisonniers de la prison de Villepinte (Seine-Saint-Denis), écrasés par la chaleur, ont fait parler d'eux en dénonçant leurs conditions de vie dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Les portables sont pourtant interdits en prison, mais ils circulent assez facilement.

46 degrés dans certaines cellules

Les vidéos ou les interviews sont les principaux moyens dont disposent les détenus pour faire connaître leur quotidien, et leur souffrance par ces chaleurs records. François (son prénom a été changé), un détenu quadragénaire, attend son procès dans une maison d'arrêt du sud de la France. Cela n'est pas la première fois qu'il vit une canicule derrière les barreaux. À chaque fois, c’est la même épreuve. En ce moment, le thermomètre affiche 46 degrés dans certaines cellules.  

"Il n'y a pas d'air, le soleil tape. C'est pas aéré, il fait une chaleur effroyable, on transpire, raconte le détenu. Il n'y a pas de climatisation, et les ventilateurs, il faut les acheter... Sauf que tout le monde n'a pas d'argent en prison".

Le thermostat des douches ne marche pas, ni les chaudières, donc on a de l'eau qui est brûlante.François, un détenuà franceinfo

À la prison des femmes de Fleury-Mérogis, impossible d'ouvrir certaines fenêtres. Dans les prisons comme celle de Fresnes, construites à la fin du XIXe siècle, les architectes ont choisi de créer des verrières, pour apporter de la lumière dans les coursives. Résultat : au dernier étage, c’est la fournaise.

Les malaises sont de plus en plus fréquents. Si la moyenne d'âge des détenus est de 31 ans, en France, certains ont plus de 60, 70 ans. Dans beaucoup de cours de promenades, il n'y a pas d'arbres, pas de préau, pas de tabourets... Donc aucune ombre, et très peu de détenus qui s'aventurent dehors.

Chaleur et surpopulation entraînent plus de tensions

Dans des cellules où les prisonniers sont trois, voire quatre dans 9 m², la chaleur ajoute de la tension à la tension. Le quotidien est très compliqué cette semaine à Nanterre, Bois d'Arcy ou encore Villepinte. "La chaleur, ça crée des tensions, des bagarres", raconte François. À cran, poussés à bout, certains détenus font couler l'eau de leur robinet sans interruption pour inonder leurs cellules, ce qui leur vaut des sanctions disciplinaires.

Une circulaire a été envoyée aux directeurs de prisons, pour leur demander de vérifier la température ambiante régulièrement, et d'afficher les mesures de prévention à respecter en trois langues. Les surveillants doivent également proposer plus de tours de douche aux détenus, lorsque ceux-ci n'en ont pas dans leurs cellules.

Distribution de ventilateurs et de bouteilles d'eau

Dans certains établissements, des ventilateurs ont même été distribués. "On travaille en collaboration avec les médecins, raconte le directeur de la prison de la Santé à Paris, Bruno Clément-Pétremann. On distribue un litre et demi d'eau par jour. On a installé aussi des climatiseurs mobiles, dans les endroits où on s'est rendus compte que la chaleur est la plus suffocante, par exemple les salles d'attente des parloirs."

"On dresse une liste des personnes détenues qui présentent une fragilité et on la porte à la connaissance de nos agents, en leur disant de faire particulièrement attention à telle ou telle personne, assure Bruno Clément-Pétremann. Il y a des mesures qui peuvent aller jusqu'à l'arrosage des façades des bâtiments pour rafraîchir la pierre." 

Les directeurs des prisons sont également priés de faire remonter à l'administration toutes les difficultés qu'ils pourraient rencontrer pendant la canicule. L'objectif, c'est de veiller à ce que les températures ne favorisent pas une explosion de violence dans les maisons d'arrêt les plus surpeuplées, donc les plus sensibles.