"Odeurs d'urine", "détritus par terre", "lumière empêchant le repos"... Un rapport dénonce les conditions de garde à vue de deux commissariats de Marseille

Le bâtonnier au barreau de Marseille appelle l'État à prendre "ses dispositions" pour "fournir des lieux de garde à vue conformes aux normes".
Article rédigé par franceinfo - Xavier Ponroy
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Une voiture de la Police nationale. Photo d'illustration. (JEAN-MARC LOOS / MAXPPP)

"C'est l'état d'indignité la plus totale que j'ai pu voir tout au long de ma carrière", déclare Me Mathieu Jacquier, bâtonnier au barreau de Marseille, sur franceinfo, mercredi 27 décembre. Après avoir visité "sans prévenir" deux commissariats marseillais, dans les 15e et 2e arrondissements, il publie un rapport pour dénoncer les conditions de détention. Il appelle l'État à prendre "ses dispositions" pour "fournir des lieux de garde à vue conformes aux normes".

"J'ai constaté des détritus par terre. Des gardés à vue qui dormaient par terre sans matelas, sans couverture, dans des conditions exécrables. Quand on rentre dans la pièce, une odeur forte d'urine, souvent insoutenable et la présence d'une lumière qui ne s'éteint jamais. La pièce est constamment fortement éclairée, empêchant les gardés à vue d'avoir le repos nécessaire et prévu par la loi", raconte le bâtonnier au sujet de sa visite des commissariats Nord et Evêché.

"Des animaux mieux traités que les êtres humains"

Me Mathieu Jacquier se dit "extrêmement choqué" par l'état de ces "geôles de garde à vue", qu'il a délibérément visitées "de manière impromptue, sans prévenir". Ces visites lui ont donné "l'impression que des animaux sont mieux traités que les êtres humains".

"Il faut prendre des mesures urgentes"

Me Mathieu Jacquier, bâtonnier au barreau de Marseille

à franceinfo

Après ce "constat flagrant et sans appel", le bâtonnier attend des explications de "la préfecture et éventuellement au ministère de l'Intérieur". "Il faut prendre des mesures urgentes", ajoute Me Mathieu Jacquier. Selon lui, un recours a été introduit mardi 26 décembre dans la soirée avec le conseil de l'Ordre : "Nous avons décidé d'agir contre l'État en référé mesure utile et attendons la convocation par le tribunal administratif pour vérifier nos dires."

Il appelle à des "mesures d'injonction" vis-à-vis de l'État, pour qu'il "prenne ses dispositions pour faire respecter les textes, c'est-à-dire fournir des lieux de garde à vue qui sont conformes aux normes". "On ne demande rien d'extraordinaire, un coup de balai, la propreté : c'est la responsabilité de l'État. On ne cherche pas la responsabilité d'une personne en particulier. C'est l'État qui est manifestement défaillant dans ses missions", conclut Mathieu Jacquier.

L'État a prévu un plan de rénovation

Ce constat est amendé par la préfecture de police des Bouches-du-Rhône. Plus de 3 600 personnes sont passées par les cellules de garde à vue du commissariat de l’Evêché depuis le début de l’année, et près de 6 000 dans celui du 15e arrondissement. Cela fait 10 à 16 suspects par jour par cellule, et certains dégradent eux-mêmes leurs geôles. Il est impossible d’être partout, justifie-t-elle. 

L’État répond aussi qu’un budget de trois millions d’euros par an est utilisé pour nettoyer et entretenir les cellules et qu’un plan de rénovation est prévu, avec une première réunion début 2024.  

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.