Paris-2024 vise sur des "jeux raisonnés"
"Nous annoncerons la candidature de Paris aux Jeux Olympiques 2024 en deux temps, les 23 juin et 14 juillet" avait indiqué Bernard Lapasset, président du comité de pré-candidature. Il s'agit d'actionner les deux leviers de la communication, celui du monde sportif d'abord, puis celui du soutien populaire. C'est le sens de ces manifestations dont l'objectif est de lancer le processus. Le 23 juin, jour de la journée olympique, les sportifs seront à l'honneur et porteront le message. Ce sont eux qui seront mis en évidence. Il faut donner à cette candidature une résonance olympique, c’est primordial", selon Lapasset. Nous y voici donc à cette date avec désormais des éléments un peu plus concrets sur ce qui sera proposé, en attendant la 2e phase, le 14 juillet, jour de la Fête Nationale, où il sera question de rassembler la nation entière derrière cette candidature. "ll faut que l’on s’appuie sur des messages suffisamment puissants pour toucher aussi bien les membres du CIO que les Français. Et il sera essentiel de voir comment ils auront été reçus, précise Lapasset qui sait très bien que le travail de conviction est un travail de longue haleine. Il faudra présenter Paris sous ses meilleurs atours. ".
Des jeux à 6 milliards
C'est donc du côté gros sous que Paris entend faire la différence en annonçant un budget total estimé à 6 milliards d'euros, soit deux fois moins que la facture globale de Londres-2012, et sans risque de dérapage majeur. Les nécessaires budgets sont de plusieurs ordres. D'abord, déjà, dans la candidature. Étape décisive, une telle campagne a un coût. Estimé pour Paris à 60 millions d'euros, il comprend le financement du comité de candidature --probablement créé sous forme de GIP à la rentrée-- la réalisation du dossier technique et surtout la communication, nationale et internationale, autour du projet. Le budget de la candidature sera, pour le volet public, pris en charge par la Ville de Paris, la Région Ile-de-France et l'Etat. La partie privée sera abondée par des entreprises partenaires ainsi que par le système de financement participatif que le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) va lancer en septembre en appelant les Français à marquer par un don leur soutien à Paris-2024.
Une fois les Jeux acquis, le budget de l'événement se décompose en deux parties. Le premier budget appelé budget COJO (Comité d'organisation des jeux Olympiques) est quasiment toujours identique d'une édition sur l'autre. Il oscille entre 3 et 4 milliards de dollars (2,65 à 3,5 milliards d'euros) et il est peu ou prou toujours à l'équilibre. Au poste des dépenses, les frais nécessaires à la tenue, durant six semaines, des JO et de leur pendant paralympique: le gîte, le couvert et le transport des athlètes, l'installation et le déplacement des médias et accrédités, l'embauche de personnel, les factures d'énergie ainsi que les installations sportives temporaires, destinées à disparaître après les Jeux.
Pour ces postes, le CIO octroie au Cojo, une enveloppe d'un milliard de dollars (883 ME), qui montera à deux milliards (1,76 MdE) à partir des JO-2020 à Tokyo, issus des droits de retransmission télévisée et de son programme marketing. Ensuite, le Cojo complète la différence par la billetterie et les recettes tirées du programme national de marketing. Dans tous les cas, les sources de financement sont quasi entièrement privées, seuls 3% du budget Cojo destiné à la tenue des jeux Paralympiques étant de l'argent public. C'est ainsi que "les Jeux financent les Jeux" aime à dire Bernard Lapasset.
Des besoins en infrastructures limités
Comment, de ce fait, hérite-t-on de factures exponentielles, parfois dévastatrices pour l'économie globale de certains pays? Si Pékin a construit un troisième aéroport pour 2008, si Londres en a profité pour réhabiliter un quartier entier et moderniser ses transports, si Barcelone se dota d'un front de mer et Sotchi d'un tout-à-l'égout, l'addition finale se trouve néanmoins fatalement alourdie. C'est ce dernier budget, hors-Cojo, que l'on retient généralement à l'issue des Jeux. Il inclut les infrastructures sportives destinées à survivre aux Jeux ainsi que tous les aménagements pérennes nécessaires à leur bonne tenue, en général des moyens de transport.
Excepté dans certains cas, comme celui d'Athènes, ce sont des projets structurants qui auraient vu le jour mais pour lesquels les JO ont un effet accélérateur. En ce qui concerne Paris-2024, le budget hors-Cojo estimé par ses promoteurs à moins de 3 milliards d'euros, comprend la construction d'un village olympique d'environ 17.000 lits (transformé dans un second temps en logements, d'un centre des médias, d'une piscine et des travaux d'accessibilité pour les handicapés dans les transports. Le réseau de transport du Grand Paris ayant été voté et budgété avant la candidature, il n'entre pas dans la colonne des dépenses. Le tout serait financé par 50% d'argent public. Pour le reste, les stades existent, de même que Roland-Garros et les centres d'accueil excentrés pour certaines disciplines (vélo sur piste à St-Quentin en Yvelines par exemple qu'il ne sera pas nécessaire de créer.
Le défi est donc de s'appuyer sur l'existant et pour les nouveaux projets,; de faire en sorte qu'ils correspondent aux vrais besoins du pays et s'inscrivent dans un véritable plan de développement. C'est en tout cas le sens de ces jeux raisonnés. Ensuite, évidemment, faudra-t-il encore que le CIO soit sensible à cette philosophie.
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