Disparition de Peng Shuai : la Chine a fait une "gaffe considérable" à quelques mois des JO d'hiver de Pékin, affirme le journaliste Pierre Haski

"Ce sera un embarras supplémentaire et un signe de plus de cette guerre froide qui est en train de prendre corps entre la Chine et le reste du monde occidental", juge sur franceinfo le journaliste.

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Peng Shuai lors de la deuxième journée des Championnats de Wimbledon 2018 au All England Lawn Tennis Club à Wimbledon à Londres (Angleterre), le 3 juillet 2018. (OLI SCARFF / AFP)

Pierre Haski, chroniqueur à France Inter et journaliste à L'Obs, a estimé dimanche 21 novembre sur franceinfo qu'il y a eu une "gaffe considérable" de la part de la Chine dans l'affaire de la disparition de la joueuse de tennis Peng Shuai. Selon lui, la mobilisation des sportifs et de certaines chancelleries occidentales qui demandent des preuves de vie de la championne met dans l'embarras Pékin à quelques mois des Jeux olympiques d'hiver. "Si rien ne se passe d'important dans cette affaire, dans les prochaines semaines, il y aura un boycott politique des Jeux olympiques", assure-t-il. 

franceinfo : Quelle crédibilité peut-on donner à ces photos et vidéos qui ont été publiées samedi soir et sur lesquelles apparaît Peng Shuai ?

Pierre Haski : Ce sont des preuves de vie. Elle est effectivement en vie, mais ce ne sont pas des preuves de liberté. On voit très bien que ce n'est pas elle qui parle, qui organise cet événement. C'est une mise en scène de la part du pouvoir. On voit bien qui diffuse ces vidéos. Hu Xijin, le rédacteur en chef du Global Times, est l'un des instruments essentiels de l'appareil de propagande chinois en Chine, mais surtout à l'étranger. Il tweete en anglais depuis des années. Donc, crédibilité très, très faible.

Est-ce que le pouvoir chinois est embarrassé ?

Oui, tout à fait. Cela montre surtout que, comme souvent en Chine, l'appareil répressif agit de manière automatique sans se soucier des autres considérations. Et dans cette affaire, on voit bien qu'il y a eu une gaffe considérable. La Chine a l'habitude de faire disparaître, entre guillemets, des personnes qui sont soupçonnées ou qui sont gênantes politiquement ou socialement. Jack Ma, le patron d'Alibaba, a disparu pendant trois mois. Là, on a quelqu'un qui disparaît sur une affaire qui interpelle le monde entier. #Metoo est une affaire universelle. C'est une affaire qui agite le monde entier depuis maintenant quelques années. Il y a une résonance de cette affaire de la part d'une championne olympique, championne de tennis connue par tous les sportifs du monde entier. Et l'appareil répressif a fait comme d'habitude. Elle a transgressé un tabou en mettant en cause un des hommes les plus puissants de Chine jusqu'à 2018 du comité permanent du bureau politique, c'est-à-dire la catégorie des intouchables absolus dans le système politique.

Peut-on imaginer que Peng Shuai se soit mise à l'écart d'elle-même ?

Non, ce n'est pas crédible une seconde parce que ce qui s'est passé correspond à une pratique extrêmement courante. Lorsque quelqu'un transgresse un tabou en Chine, on le retire de la vie publique souvent d'ailleurs pour le mettre dans un hôtel gardé par la police le temps d'un interrogatoire, d'une enquête et de savoir ce que l'on va faire de lui ou elle. Et à l'arrivée, cette personne réapparaît quelques mois plus tard, ou jamais, parce qu'il y a des gens qui passent directement de ce statut de disparu à un procès à huis clos sur lequel il n'y a là non plus aucune transparence et aucune visibilité.

"On a un phénomène classique dans la répression en Chine."

Pierre Haski, chroniqueur à France Inter et journaliste à L'Obs

à franceinfo

Quel regard portez-vous sur la mobilisation des occidentaux ?

Ce qui est nouveau dans cette affaire, c'est la mobilisation non seulement des sportifs, mais aussi de la WTA, l'Association du tennis féminin mondial, dont le patron, Steve Simon, a menacé de boycotter les tournois. La WTA organise neuf tournois par an en Chine, qui sont une source de revenus. La Chine est un marché, y compris sur le terrain sportif. Il ne faut pas oublier qu'il y a les Jeux olympiques d'hiver qui se tiennent dans moins de trois mois à Pékin. Il y a un enjeu politique très important puisque il y avait déjà, avant cette affaire, des rumeurs dans le contexte de tension internationale de boycott politique des Jeux, c'est-à-dire qu'il y aurait les sportifs, mais il n'y aurait aucune représentation politique occidentale, aucun ministre français, britannique ou américain. Si rien ne se passe d'important dans cette affaire, dans les prochaines semaines, il y aura un boycott politique des Jeux olympiques, ce qui ne changera évidemment pas la face du monde, mais qui sera un embarras supplémentaire et un signe de plus de cette guerre froide qui est en train de prendre corps entre la Chine et le reste du monde occidental.

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