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Paris 2024 : "Les Jeux paralympiques en France peuvent être un modèle pour le reste du monde", affirme le président du Comité international

À deux ans jour pour jour du début des Jeux paralympiques de Paris, Andrew Parsons, le président du Comité international paralympique, répond aux questions de franceinfo: sport.

France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min
Le président du Comité international paralympique, Andrew Parsons, lors d'un entretien pendant les Jeux de Pékin le 13 mars 2022. (TSUYOSHI MATSUMOTO / YOMIURI)

Il n'a fallu que quelques minutes à Andrew Parsons pour répondre positivement aux sollicitations de franceinfo : sport. Pas une mince affaire, en plein milieu du mois d'août, alors que l'agenda du président du Comité international paralympique ne désemplit pas. Mais le désir d'évoquer les prochains Jeux paralympiques de Paris, qui débuteront le 28 août 2024 (jusqu'au 8 septembre), a été le plus fort pour le Brésilien de 45 ans.

>>> A lire aussi : à deux ans des Jeux paralympiques, quels sont les défis à relever concernant l'accessibilité ?

Pendant 30 minutes, il est revenu sur la candidature française, sur les défis auxquels vont être confrontés les membres du Comité d'organisation, notamment lors de la cérémonie d'ouverture. Mais surtout, Andrew Parsons a évoqué l'héritage de ces Jeux, en prenant les exemples de Londres ou de Rio pour mettre en lumière les avancées sociétales en faveur des personnes en situation de handicap. Avec un même objectif partagé par l'IPC et Paris 2024 : "Faire des Jeux paralympiques l'événement le plus transformateur de la planète."

Qu'attendez-vous de ces Jeux Paralympiques à Paris et pensez-vous que la France, à deux ans du coup d'envoi, est prête à y faire face ?

Andrew Parsons : Paris est probablement la ville la plus spectaculaire de la planète. C'est une capitale magnifique et le concept des Jeux, en ayant des sites sportifs très rapprochés, rend le tout incroyable. Cela promet un scénario époustouflant, d'autant que sur le plan sportif, quand on regarde les éditions précédentes des Jeux paralympiques, le niveau s'améliore de plus en plus chez les athlètes. À côté de cela, je pense que l'approche du comité d'organisation (Cojo) de Paris 2024 est assez révolutionnaire, cela nous aide beaucoup.

C'est-à-dire ?

Ils essaient de sortir des sentiers battus avec une grosse ambition. Le fait de mettre à la vente 3,4 millions de billets pour les Jeux paralympiques, soit 600 000 de plus qu'à Londres - qui a toujours le record au niveau de la billetterie - cela montre qu'on a envie de faire de ces Jeux l'événement le plus transformateur de la planète. Le projet est de montrer à quel point les athlètes paralympiques sont des champions et de rendre le monde plus inclusif, de générer de l'excitation partout à travers le globe.

Les logos des Jeux olympiques et paralympiques devant l'hôtel de ville de Paris, en octobre 2021. (HERVE CHATEL / HANS LUCAS)

Vous avez des discussions régulières avec les membres du Comité d'organisation. Quelles sont les problématiques principales que vous évoquez concernant les Jeux paralympiques ?

Il y a beaucoup d'échanges sur l'héritage, tangible et intangible. La question la plus importante est de savoir comment changer la perception sur les personnes en situation de handicap, car vous ne pouvez commencer à modifier la réalité que lorsque vous changez l'état d'esprit des gens. C'est fondamental. En discutant avec la maire de Paris de ses projets d'amélioration dans la ville, de l'accessibilité renforcée dans plusieurs quartiers parisiens, cela peut vraiment être un modèle pour le reste du monde.

La prochaine étape est de savoir comment intégrer ces différents quartiers, car il y a un besoin en matière d'infrastructures majeures. Tout cela coûte beaucoup d'argent mais l'idée est aussi de préparer l'après-Jeux.

On parle souvent de la question de l'accessibilité du métro parisien...

C'est un exemple, oui. S'il ne sera pas possible de revoir tout le système de métro, on peut tenter de faire changer la législation chaque fois que c'est possible. Selon la réglementation française, il est impossible qu'une station de métro non accessible aux handicapés se trouve entre deux stations adaptées. Il faut que l'entièreté de la ligne soit accessible. Pouvons-nous faire évoluer cela avant les Jeux, puis après ? Nous voulons que l'héritage de cet événement perdure.

C'est un investissement de permettre aux personnes en situation de handicap qu'elles puissent être mobiles, actives dans la société. Car ces personnes vont travailler, étudier, interagir avec les autres, faire du sport... Elles vont être des citoyens actifs. Tout cela contribue également à changer le regard des plus jeunes, car ce sont eux les futurs décideurs, qui demain vont peut-être embaucher des personnes en situation de handicap, installer des rampes devant leurs commerces ou leurs restaurants etc. 

Vous parlez d'une "approche révolutionnaire" de la part de Paris 2024. Cela laisse penser que le projet défendu pour la cérémonie d'ouverture, en coeur de ville, en fait partie ?

L'innovation est toujours la bienvenue, oui, quand elle ne se suffit pas à elle-même. Vous devez avoir un concept et une stratégie derrière, c'est important. L'ambition de Paris 2024 de ramener la cérémonie d'ouverture et les Jeux au cœur de la ville, ce que personne n'a fait jusqu'alors, cela peut être incroyable et avoir un gros impact. Les membres du Comité d'organisation nous ont présenté à nous, le Comité international paralympique (IPC), ce concept de cérémonie d'ouverture place de la Concorde, mais nous avons demandé plus d'informations à ce sujet.

"La cérémonie d'ouverture place de la Concorde, c'est une proposition mais elle n'a pas encore été approuvée"

Andrew Parsons

à franceinfo: sport

Nous devons prendre en compte certains éléments, sur les caractéristiques d'accessibilité, la sécurité, combien de personnes pourront y accéder car normalement la cérémonie compte environ 70 000 à 80 000 spectateurs... Également au niveau de la billetterie, car avec moins de personnes, les billets peuvent être plus chers. Nous avons besoin de plus d'informations. C'est une proposition mais elle n'a pas encore été approuvée.

Avez-vous le sentiment que grâce aux dernières éditions des Jeux paralympiques, l'inclusion des personnes en situation de handicap dans la société a progressé positivement ?

Dans de nombreux pays, la perception du handicap change, comme la législation. Au Royaume-Uni, il y a eu un million d'embauches supplémentaires de personnes en situation de handicap après les Jeux de Londres. 

Dans mon pays, au Brésil, en raison du changement de législation en 2016 à l'approche des Jeux de Rio, les conditions de vie de nombreuses personnes en situation de handicap se sont améliorées dans de nombreux domaines : l'accès à l'emploi, à la sécurité sociale, aux transports, au système d'aides financières... Et je suis absolument certain qu'en France, Marie-Amélie Le Fur (la présidente du Comité paralympique et sportif français (CPSF), ndlr) pense tous les jours à la manière dont ces Jeux vont pouvoir être profitables au plus grand nombre.

Le mouvement paralympique a pu bénéficier d'une série sur une importante plateforme de streaming. Récemment, 33 parasports - un record - ont candidaté pour faire partie du programme à Los Angeles en 2028. Cela en dit long sur les progrès des Jeux paralympiques en termes de visibilité...

Nous avons une stratégie et les Jeux aident à y parvenir. De toute évidence, ce qui nous manque, c'est ce qui se passe entre les Jeux. C'est pourquoi nous avons lancé il y a quelques mois l'initiative "Para Sport", qui regroupe des événements et des programmes afin d'avoir un meilleur soutien de sponsoring, de collectes de fonds... Les para athlètes ne s'entraînent pas seulement pour les Jeux paralympiques, ils s'entraînent tous les jours. Les personnes en situation de handicap n'existent pas seulement pendant les Jeux, elles sont là tous les jours, 1,2 milliard d'entre elles sur la planète. 

Avec également la campagne WeThe15 [qui veut rendre visible les 15% de la population mondiale en situation de handicap], ces initiatives nous aident à promouvoir les Jeux paralympiques et le concept d'inclusion. On travaille aussi avec les comités nationaux pour les aider à développer les athlètes, afin que nous puissions progresser sportivement, avoir une meilleure infrastructure d'équipe, des entraîneurs, des physiothérapeutes... C'est une combinaison de choses que nous faisons pour renforcer le mouvement paralympique et pas seulement dans les pays hôtes. Les Jeux paralympiques de Paris aident le mouvement paralympique au Guatemala, en Afrique du Sud, au Vietnam, en Malaisie, en Argentine... partout. Ce sont plusieurs stratégies qui se rejoignent pour un objectif global.

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