Info franceinfo Paris 2024 : 338 sites internet frauduleux de revente de billets recensés à quelques semaines du début de la compétition

Article rédigé par Audrey Abraham
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min
Paris 2024 rappelle que seuls le site internet et l'application officielle sont habilité à vendre ou à revendre des billets pour les épreuves. (MOURAD ALLILI / MAXPPP)
Depuis mars 2023, des cyber-patrouilles de la gendarmerie sont organisées pour repérer les sites de vente ou de revente frauduleuses.

À quelques semaines du lancement des Jeux de Paris 2024, la cyber-gendarmerie est plus que jamais sollicitée pour lutter contre les tentatives de fraude de vente ou de revente de billets en ligne. C'est une information franceinfo : depuis le début des cyber-patrouilles en mars 2023, 338 sites frauduleux ont été recensés, dont 51 ont été fermés et 140 ont été mis en demeure.

La cellule, mise en place spécifiquement pour lutter contre la fraude à la billetterie pour les Jeux olympiques, compte 200 gendarmes mobilisés pour effectuer des recherches sur internet et sur les réseaux sociaux. Ces cyber-patrouilles sont effectuées sous la coupe d'Europol.

Des sites essentiellement hébergés à l'étranger

Le capitaine Etienne Lestrelin est directeur des opérations : "Les gendarmes effectuent différentes recherches sur l'ensemble des moteurs de recherche français et étrangers pour détecter les sites qui font de la vente et revente de billets non autorisée. Le but c'est de chasser et d'identifier ces sites." La plus grosse majorité sont des sites hébergés à l'étranger, indique à franceinfo le directeur des opérations : "Ils savent que les démarches sont plus longues et moins faciles pour intenter une action de fermeture ou de retrait du site."

"Le seul site sur lequel vous pouvez effectuer l'achat des billets, c'est le site officiel de Paris 2024."

Capitaine Etienne Lestrelin

à franceinfo

Parmi les sites frauduleux identifiés, certains sont "des sites amateurs" observe le gendarme. "Des sites escrocs qui ont pour objectif de capter des données personnelles. Ils vont essayer d'attraper votre mail et votre téléphone en vous disant qu'ils vont vous recontacter dès qu'il y aura des billets disponibles. Ils vont vous dire qu'ils ont trouvé la place exceptionnelle du 100m à trois mètres de la piste... qui n'existe pas !"

D'autres sites existaient déjà avant la période olympique actuelle (des sites de vente de places de concert par exemple), mais revendent des billets alors qu'ils ne sont pas autorisés à le faire. "Dans ce cas-là, on entre dans le cadre des mises en demeure, c’est-à-dire qu'ils sont assignés à faire cesser cette vente", rapporte le capitaine Etienne Lestrelin.

Les réseaux sociaux "source première de tentatives de revente"

Mais la revente illicite passe évidemment aussi par les réseaux sociaux : Facebook, Lebonboin, Telegram, Instagram. C'est même "la source première de tentatives de revente", témoigne le capitaine Etienne Lestrelin. "Là c'est de l'échange de particulier à particulier, détaille-t-il. Sauf que l'acheteur, ne sait pas si réellement la personne possède les billets, puisqu'il s'agit de billets virtuels, pas de billets papier. Donc les gens vous vendent du vent, on ne sait pas ce qu'ils vendent."

Certains particuliers honnêtes tentent de revendre leur place sans passer par la plateforme officielle. Bien que ce soit interdit, une tolérance est accordée jusqu'à un certain seuil : "On a décidé qu'à partir du moment où les gens vendent des billets de façon régulière, on demande une intervention et la fermeture du compte. C'est ce qu'on peut appeler un second marché, le marché noir. À partir du moment où on a une notion de volumes, il y a une intervention pour faire cesser les ventes."

"Il n'y a pas de très bonnes affaires sur internet, ce n'est pas possible"

Pour repérer une vente frauduleuse, le capitaine Lestrelin estime qu'un prix trop bas peut alerter l'acheteur : "Jamais vous n'aurez un billet en dessous de son coût d'origine. Le but des personnes qui ont pu acheter des billets en volume et dans l'intention de les revendre, c'est de se faire du bénéfice. Donc c'est une alerte si vous trouvez un billet beaucoup moins cher. La phrase à retenir c'est qu'il n'y a pas de très bonnes affaires sur internet, ce n'est pas possible."

Autre alerte potentielle : si le vendeur assure vous fournir un billet dès maintenant : "Actuellement, personne ne peut avoir un billet. Il n'existera qu'avant l'événement au moment de la génération du QR Code. Donc quelqu'un qui actuellement est en possession d'un billet, même si visuellement ça ressemble à un billet, c'est un faux, une escroquerie." La vigilance est d'autant plus importante qu'en contournant les canaux officiels, l'acheteur aussi se met en infraction : "Vous vous associez à l'infraction que commet le vendeur quand il revend sans passer par le site officiel. C'est un délit pénal."

Pour s'assurer que l'achat effectué est valable, "le premier geste est d'aller sur l'application officielle, conseille le capitaine Lestrelin. Avec les références qui vous ont été données, vous pouvez vérifier si le billet existe et s’il vous a réellement été transféré." Si l'acheteur réalise avoir été dupé, il est essentiel de faire un signalement auprès d'un commissariat, d'une gendarmerie ou directement à la DGCCRF, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

Treize millions de billets officiels mis en vente

Depuis l'ouverture de la plateforme de revente en mai 2024, la cyber-gendarmerie constate de plus en plus de tentatives de ventes et de reventes frauduleuses. "L'incidence est énorme, avertit le capitaine Etienne Lestrelin. Vous avez potentiellement des gens qui vont penser avoir le billet, se déplacer sur un événement et être rejetés puisque le QR code ne sera pas le bon."

Jusqu'aux Jeux et pendant les Jeux, la cellule restera active et le travail se poursuivra après avec les investigations et enquêtes judiciaires. Un partenariat actif est engagé avec la DGCCRF pour croiser les informations, les données et les sites identifiés. Un suivi sera également effectué avec le Comité olympique pour interroger les potentiels acheteurs dupés et bloqués à l'entrée des épreuves et remonter jusqu'aux vendeurs.

Paris 2024 et la gendarmerie nationale rappellent que le premier réflexe à avoir est de passer par les canaux officiels. "Pour la première fois de l'histoire des Jeux, une billetterie 100% digitale permet une gestion unifiée" des ventes, souligne à franceinfo le service communication du Cojop, qui rappelle que la liste des sous-distributeurs agréés est consultable à cette adresse. Une campagne de sensibilisation a également été déclinée en vidéo avec une prise de parole des athlètes olympiques français. Au total, 13 millions de billets seront mis en vente, Jeux olympiques et paralympiques confondus.

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