Paris 2024 – Petites histoires des Jeux : Fanny Blankers, la "mère indigne" devenue quadruple médaillée d'or et modèle à suivre

À quelques semaines du début des Jeux olympiques, franceinfo: sport vous plonge dans les petites histoires qui font la grande histoire des Jeux. Quatre titres en huit jours lors des JO de Londres en 1948, un refus d'obéir aux diktats de l'époque : voici l'épopée de celle qui fut grossièrement surnommée "la ménagère volante".
Article rédigé par Julien Lamotte
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 2 min
Fanny Blankers franchit la ligne d'arrivée du 200m avec une avance considérable lors des JO de Londres, le 8 juillet 1948 (- / INTERCONTINENTALE)

Son nom ne vous dit peut-être rien. Fanny Blankers fut pourtant une Carl Lewis avant l'heure. Comme l'Américain, la Néerlandaise a réussi la performance rarissime de glaner l'or dans quatre disciplines lors des mêmes Jeux olympiques. Un exploit retentissant qui a pourtant bien failli n'avoir jamais lieu, puisqu'aux Pays-Bas, à cette époque encore, on estimait que la place des femmes n'était pas sur une piste d'athlétisme, mais dans leur foyer.

La misogynie n'ayant aucune mémoire, elle avait oublié que Fanny Blankers, lorsqu'elle débarque à Londres en 1948, est bardée de six records du monde en athlétisme. Mais, à 30 ans, on estime qu'elle est trop vieille et surtout qu'elle ferait mieux de rentrer à Amsterdam pour s'occuper de ses deux jeunes enfants. Et c'est par dizaines que la délégation néerlandaise reçoit, durant ces Jeux, des lettres exhortant l'athlète à quitter le sol britannique. 

Règlements archaïques 

Après sa première course, et sa première médaille d'or sur le 100 m, Fanny Blankers a bien failli céder à la pression sociale de l'époque. Mais, soutenue par son mari, qui est également son entraîneur, elle décide finalement de poursuivre son défi sportif et de faire fi des diktats nauséeux. Une gageure en ce début d'après-guerre, où les femmes étaient rarement encouragées à être compétitives. Et même lorsqu'elles l'étaient à un niveau aussi élevé que celui de Fanny Blankers, on trouvait encore des règlements archaïques pour empêcher ces athlètes de s'épanouir pleinement. 

Ainsi, en 1948, il était impossible à une femme de concourir sur plus de trois épreuves individuelles aux JO. Recordwoman du monde du saut en hauteur et du saut en longueur, Blankers avait donc été contrainte de faire l'impasse sur ces deux épreuves. Si elle avait pu y participer, la Néerlandaise serait certainement, encore aujourd'hui, seule sur le toit de l'Olympe. 

Finalement, elle bouclera ses Jeux avec quatre titres (100 m, 200 m, 80 m haies et relais 4 x 100 m), une performance historique mais qui aurait pu l'être davantage encore sans ces limitations d'un autre âge. Signe des temps, la surdouée batave hérita même d'un surnom tout à fait déplacé après ses quatre médailles d'or et son refus de rentrer à la maison : "la ménagère volante". Sexiste et condescendant à souhait. O tempora, o mores. 

Mais celle qui fut désignée "athlète féminine du siècle" en 1999 par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) [article en anglais] a fait plus que gagner des titres. Elle a, par son courage et sa volonté, inspiré des milliers de femmes en s'affranchissant de barrières machistes et discriminatoires.  Aux Pays-Bas, où elle est considérée comme la plus grande sportive de l'histoire de la nation, il existe toujours un trophée annuel décerné à l'athlète qui a le plus contribué à l'amélioration du sport féminin. Et si c'était celle-là, la plus grande victoire de Fanny Blankers ?

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