JO 2021 : le prodige Léon Marchand, un destin olympique avant l'Amérique

Spécialiste du 4 nages, le Toulousain de 19 ans tire sa passion d'une longue tradition familiale. L'une des promesses françaises de médailles à Tokyo va se frotter au gotha mondial de la natation... avant de partir en exil aux Etats-Unis.

Article rédigé par
Hugo Lauzy - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
Le Toulousain Léon Marchand est l'une des grandes promesses de la natation française pour les Jeux olympiques de Tokyo (23 juillet 2021 - 8 août 2021). (ATTILA KISBENEDEK / AFP)

Dans la famille Marchand, je demande la mère, Céline Bonnet, spécialiste du dos et multi-championne de France. Je demande aussi le père, Xavier Marchand, vice-champion du monde en 1998 sur 200 m 4 nages. Je demande désormais le fils, Léon, nouveau grand espoir de la natation française. À seulement 19 ans, la comète Léon Marchand vit déjà ses premiers Jeux olympiques, samedi 24 juillet, avec les séries du 400 m 4 nages, sa discipline de prédilection. Une évolution éclair pour le Toulousain qui a fait le choix de partir aux Etats-Unis après Tokyo. Objectif :  rejoindre l'un des plus grands entraîneurs du monde, Bob Bowman, l'ancien mentor de Michael Phelps. 

Un surdoué des bassins "made in Toulouse"

Léon Marchand a fait ses premières longueurs au milieu des lignes de la piscine Nakache, à Toulouse. Amené au bord des bassins par ses deux parents, il a perpétué le cycle familial. Mais son envie de poursuivre dans cette voie a avant tout été son choix. "On a vite senti que Léon avait des capacités aquatiques. Mais on ne l'a pas poussé pour faire de la natation. C'est lui qui a décidé. [...] Il y est venu par intermittence et sans trop forcer, car il a rapidement fait partie des meilleurs de ses catégories d'âge", reconnaît son père Xavier Marchand, reconverti journaliste reporter d'images à France Télévisions.

Léon Marchand a forgé sa conviction au fil du temps, avec "toujours ce côté calme et réservé mais aussi tout le temps souriant et intelligent", détaille son père. "Au début, je le faisais parce qu’il fallait faire du sport et que c’était comme ça. Mais après, j’ai vraiment commencé à aimer ça", explique le jeune nageur. En parallèle des bassins, le garçon au physique longiligne (1m83, 65kg) a aussi trouvé le temps de poursuivre des études d'informatique à l'université Toulouse-III Paul-Sabatier, après un Bac S mention "très bien" l'an dernier. Un moyen de garder les pieds sur terre à défaut de les avoir dans l'eau la plupart du temps.

Avec son entraîneur du Toulouse olympique employés club (TOEC), Nicolas Castel, sa progression est fulgurante lors des deux dernières saisons. "Les premières grosses perfs ont commencé à venir aux championnats de France en 2019." Un premier titre national sur 200 m papillon, suivi la même année de deux médailles aux championnats d'Europe juniors et d'une autre en bronze sur la finale du 400 m 4 nages aux championnats du monde juniors, qui marque les esprits à Budapest avec un record national à la clé en 4'16"37. "Pour moi, c'est là où tout a vraiment basculé", reconnaît-il . 

Une éclosion express sur le devant de la scène

Deux ans plus tard, le 15 juin dernier, lors des championnats de France de Chartres, c'est la confirmation. Léon Marchand écrase la concurrence sur 400 m 4 nages et s'octroie le premier de ses trois billets olympiques. Il pulvérise de cinq secondes son record de France (4'09''65) et décroche la troisième meilleure performance mondiale de l'année. "Je savais que si je voulais faire le temps de qualif, j’allais être seul, analyse-t-il. Donc je m’étais déjà préparé mentalement pour faire ma course et ne pas me calquer sur les autres."

Ce chrono lui permet de regarder droit dans les yeux les deux références actuelles de la discipline, le Japonais Daiya Seto et l'Américain Chase Kalisz. "Je les ai toujours regardés à la télé donc ça va faire bizarre de nager avec eux. Puis, ce temps, ils l’ont déjà fait plein de fois. Moi je viens d’arriver, ça va être compliqué là-bas mais ça va être cool", se réjouit-il

Un envol (déjà) programmé pour Tokyo

Présent sur sa distance de prédilection, le 400 m 4 nages, il le sera également sur 200 m 4 nages et 200 m papillon. Porté par ces trois qualifications obtenues avec la manière, son programme s'annonce chargé. Une surprise pour le grand public, mais pas pour lui. "Depuis un an, je me concentre uniquement sur les Jeux de Tokyo. Pour moi, c’est comme un rêve. En plus, je n’ai que 19 ans donc je vais en profiter au maximum. Après, ce qui va se passer là-bas, on verra bien", explique-t-il. 

Son approche mentale est très méthodique. Léon Marchand travaille d'ailleurs un préparateur spécifique depuis la fin du premier confinement. "Au début, j’avais du mal à gérer la pression, l’enjeu des compétitions et aussi les médias. C’est venu petit à petit mais là c’est beaucoup mieux qu’avant. Mon but, c’est de me détacher de cet enjeu, de cette pression, pour être à mon meilleur niveau dans l’eau." 

Une maturité avant l'heure qui rappelle le parcours de l'ex-nageur Yannick Agnel, double champion olympique à Londres. Celui-ci le connait d'ailleurs depuis plusieurs années pour l’avoir croisé régulièrement autour des bassins. "On sent qu’il est bien entouré et qu’il a ça dans le sang. Je ne crois pas que Léon soit impressionnable, d'autant qu'il s’est déjà frotté au gratin européen. [...] Ces Jeux vont lui servir à la fois d'expérience pour bouger le gotha mondial de la natation." 

L'Arizona et la méthode Bowman à l'horizon

Mais à la rentrée prochaine, le jeune homme va changer de vie. Léon Marchand va tenter l'aventure américaine pour vivre son rêve de toujours, un pas de géant qui ne l'a pas fait hésiter longtemps. "Mon choix de partir est très réfléchi, ça fait pas mal de temps que je voulais partir aux Etats-Unis, notamment parce que mes parents l’ont vécu. [...] En fait, c’est au moment où j’ai commencé à avoir le niveau en 2019 que je me suis dit : 'Je peux avoir une bourse à 100% et je peux partir là-bas gratuitement pour quatre ans'".

Une prophétie réalisée il y a un an et demi quand plusieurs universités américaines se sont intéressées à lui. Mais lorsque le mythique Bob Bowman s'est présenté - ex-entraîneur de la légende aux 23 titres olympiques Michael Phelps - le choix s'est très vite fait. "J’ai reçu des messages d’entraîneurs qui me proposaient de venir. Bob Bowman m’a répondu très rapidement, il avait déjà regardé toutes mes courses. On a vite fait des visios pour qu’il me présente ses idées. Ca m’a pas mal surpris venant d’un mec comme lui. Depuis on se parle souvent par message et c’est devenu un peu comme un pote." Direction donc l'université d'Arizona State, proche de Phoenix.

Un double projet natation-études où le personnage de Bob Bowman joue un rôle central. Le Français s'est inscrit dans un parcours universitaire américain de quatre ans. Une possibilité également de découvrir un nouvel environnement et une culture américaine dont se souvient le "Squale", Yannick Agnel, parti à Baltimore (Maryland) dans la clique de Bowman de mai 2013 à septembre 2014 : "La différence entre nos deux parcours, c’est qu’il part un peu plus jeune et il le fait en poursuivant des études, ce qui va lui permettre d’avoir un équilibre de vie important."

Une chance de poursuivre ses plans dans un cadre optimal et d'atteindre ses rêves à court terme. "C’est important d’aller aussi chercher cet 'american way of life'. [...] Bob (Bowman) est un type qui connait depuis longtemps le 4 nages et qui a eu des nageurs de tous horizons et de tous styles, juge le Nîmois de 29 ans. Il a cette habitude d’encadrer l’approche des grands événements. C’est une vision différente de la natation, avec une manière bien précise de s’entraîner et de considérer plus concrètement le sport de haut niveau". Un alignement des planètes presque parfait pour Léon Marchand, à quelques heures de plonger dans le grand bain des Jeux olympiques. 

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