JO 2021 - Voile : "On a de vraies chances d'avoir au moins trois médailles", estime Franck Cammas

Le skipper français Franck Cammas sera notre consultant de luxe pour les Medal Races de voile, à venir ce week-end. Il apporte son éclairage sur les chances de médailles tricolores.

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France Télévisions
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Charline Picon lors de la 12e manche de l'épreuve de voile RS:X lors des Jeux olympiques de Tokyo, le 29 juillet 2021. (AGENCE KMSP / KMSP)

Les épreuves de voile olympique se poursuivent sur le plan d'eau d'Enoshima. Les véliplanchistes engagés en RS:X seront les premiers à se battre pour la médaille, à compter de samedi 31 juillet (7h30 pour les femmes, 8h30 pour les hommes, heure française).

L'occasion de décrypter avec le marin de la décennie Franck Cammas, skipper du Maxi Edmond de Rothschild (Gitana Team) et consultant pour France Télévisions pendant les Jeux de Tokyo, les prestations des Français(e)s et les espoirs de médailles.

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RS:X : Charline Picon à la lutte pour l'or, Thomas Goyard veut accrocher un podium

Elle est d'ores et déjà assurée de rapporter une nouvelle médaille au clan tricolore. La reine Charline Picon, championne olympique en titre en RS:X, pointe à la troisième place au général (36 points) avant la Medal Race et ne sera pas rattrapée par la quatrième, Marta Maggetti.

Reste désormais à déterminer la couleur du métal face à ses deux concurrentes, la Chinoise Lu Yunxiu (première avec 30 points) et la Britannique Emma Wilson (34 points), alors que la Medal Race viendra doubler les points restants à distribuer.

L'avis de Franck Cammas : "Elle a été au niveau auquel on l'attendait. Elle est très régulière depuis plus de deux éditions maintenant. Elle remet sa médaille en jeu et elle est au contact. Pour la Medal Race, cela dépendra des conditions. On peut remarquer que Charline a été très constante tout au long des 12 manches, sa moins bonne place, c'est 9e, tandis que la Chinoise et la Britannique ont déjà terminées 25e et 28e. Une très belle performance d'autant que le plan d'eau n'avait pas l'air si facile, elles ont eu du vent ces trois derniers jours. Après, il n'y a pas de surprises : les meilleures techniciennes, celles qui ont le plus d'expérience et de bons résultats sont devant."

Chez les hommes, Thomas Goyard, deuxième au général (52 points), peut lui aussi viser une médaille. Cinq ans après le bronze de Pierre Le Coq, la France a de nouveau une très belle chance de venir garnir la collection de médailles. 

L'avis de Franck Cammas : "C'est un petit peu plus irrégulier que Charline, sa première manche était sa moins bonne avec une 13e place. Mais il est bien revenu, il a terminé trois fois premier ensuite. Si l'or paraît déjà inatteignable avec 19 points de retard sur le triple champion du monde néerlandais Kiran Badloe - il n'y a que 20 points engagés lors de la Medal Race - la bataille pour le podium s'annonce terrible avec l'Italien Mattia Camboni (54 points) et le Polonais Piotr Myszka (57 points)." 

470 : Camille Lecointre et Aloïse Retornaz bien embarquées

Troisièmes du général (neuf points) après les quatre premières manches (sur 10 au total), Camille Lecointre et Aloïse Retornaz ont bien entamé leur tournoi olympique en dériveur 470. Si elle a changé de partenaire depuis sa médaille de bronze à Rio, la première a toujours le même appétit et rêve d'un nouveau podium olympique.

L'avis de Franck Cammas : "Il y avait du vent aujourd'hui (jeudi), on sentait que ce n'était pas simple avec pas mal de ressac, les bateaux tapaient. Les conditions sont techniques et cela donne l'avantage aux équipages d'expérience. Camille Lecointre c'est un peu à l'image de Charline, on sait qu'elle est toujours dans le top 5 sur toutes les compétitions internationales qu'elle fait depuis des années. Même si elle a changé d'équipière avec maintenant Aloïse, elle se retrouve largement au même niveau qu'à Rio. Elles sont carrément dans le coup. Les Polonaises sont un peu devant (quatre points), je les ai trouvées très à l'aise en vitesse, elles ont de gands gabarits et sont avantagées par les conditions de vent et de mer où il y a besoin d'un peu plus de puissance. Les Françaises sont 3es provisoirement et ensuite il y a un petit trou avec la Suisse (14 points). Entre les deux RS:X et le 470 féminin, je pense qu'on a de vraies chances d'avoir trois médailles en voile."

Du côté des hommes, 11es et 13es lors de leurs deux courses du jour, Kévin Peponnet et Jérémie Mion ont reculé au classement. S'il leur reste six manches pour refaire leur retard, les champions d'Europe en titre et champions du monde 2018, provisoirement 10es (22 points) vont devoir charbonner pour remonter et viser un podium.

L'avis de Franck Cammas : "Cela paraît un peu plus difficile. Ils ont dû naviguer dans des conditions assez spéciales, assez difficiles et puissantes et peut-être que ce ne sont pas les conditions qu'ils affectionnent. Devant on retrouve l'Australien Mathew Belcher, champion olympique en 2012, c'est la référence en termes de pilotage technique du bateau."

Laser / laser radial : Jean-Baptiste Bernaz veut y croire, Marie Bolou vise sa première finale olympique

Après deux manches irrégulières (16e et 4e) jeudi, le représentant tricolore en laser Jean-Baptiste Bernaz se retrouve à la sixième position au général. Après avoir été 8e aux Jeux de Pékin, 10e à Londres en 2012 et 5e à Rio, il ne reste plus que deux régates au Sudiste, licencié à Sainte-Maxime, pour rester dans la course au podium.

L'avis de Franck Cammas : "C'est une série extrêmement difficile et serrée, on peut faire premier comme on peut faire 25e. Jean-Baptiste, c'est le spécialiste français depuis près de 10 ans. Il avait super bien commencé avec une première place puis après ça a été assez irrégulier. Il est dans les 10 premiers, ça veut dire qu'il va aller en finale, sauf catastrophe. Il est à 10 points de cette 3e place avec ces deux manches en moins + la Medal Race. La médaille de bronze est encore à sa portée. Il est l'un de ceux qui peuvent gagner des manches."

Jean-Baptiste Bernaz lors de l'épreuve de laser des Jeux olympiques de Tokyo, le 26 juillet 2021. (AGENCE KMSP / KMSP)

Pour ses premiers Jeux olympiques à 28 ans, la Douarneniste Marie Bolou rêve du top 10 en laser radial. Mais celle qui avait arrêté la voile pendant un an en 2016 devra encore cravacher (12e du général, 86 points) pour entrer en finale. 

L'avis de Franck Cammas : "Marie a commencé de façon difficile avec une 28e et une 27e place pour ses deux premières manches, puis ensuite elle a fait une très bonne journée il y a deux jours (7e et 2e). Elle se retrouve aux portes du top 10 et d'une entrée en finale. C'est toujours possible et ce serait bien pour ses premiers Jeux, elle est relativement nouvelle sur le circuit et je pense que c'est la meilleure manière de se préparer pour faire une médaille à Paris en 2024."

Nacra 17 : Quentin Delapierre et Manon Audinet n'ont plus le droit à l'erreur

À mi-parcours après six manches, le binôme mixte Quentin Delapierre et Manon Audinet, vice-champion d'Europe en 2020, peut encore nourrir des espoirs en Nacra 17 à foils. Septième à neuf points du podium, l'équipage tricolore va devoir s'appuyer sur l'expérience du skipper, vainqueur du Tour de France à la voile en 2016, pour espérer rejoindre la finale et rêver d'une médaille. 

L'avis de Franck Cammas : "J'avais participé à des sélections il y a cinq ans. Le Nacra 17 c'est un bateau super sympa, en mixte en plus. Il y a eu des hauts et des bas pour Quentin et Manon. Il faut qu'ils s'appliquent sur les dernières manches parce que je pense qu'ils ont l'ambition de faire une médaille. Je connais mieux Quentin et on peut lui faire confiance, il va tout faire mentalement pour grappiller ces points qui le séparent de la médaille, j'y crois. Ils n'ont pas fait de grosses bêtises à part la première manche où ils ont accroché une bouée. La manche va être retirée mais ils n'ont plus le droit à l'erreur. Les Italiens devant semblent intouchables mais derrière il y a un beau match."

49er / 49er FX : les hommes dans le dur, Albane Dubois et Lili Sibesi encore en course

Enfin, du côté des dériveurs légers, les équipages français masculin et féminin connaissent des fortunes diverses à mi-parcours (six manches sur 12). Lucas Rual et Emile Amoros naviguent entre la 10e et la 15e place en course et devront franchir un cap s'ils veulent ambitionner entrer en finale. Du côté d'Albane Dubois et Lili Sibesi, 6es à 10 points du podium, la médaille reste envisageable.

L'avis de Franck Cammas : "Ce sont des bateaux très sympas, un peu à l'image des 470 mais plus modernes. C'est très spectaculaire à voir, ça plane très vite. Je connais un peu plus l'équipage hommes, qui peut être très bon sur des conditions de vent plus tactiques avec un vent plus faible... Là c'est très technique vis-à-vis du support. On retrouve les vieux de la vieille de la discipline avec le vainqueur de la Coupe de l'America, le néo-zélandais Peter Burling, c'est sa série de prédilection même s'il n'est que quatrième pour l'instant. Les Français sont assez loin. Lili et Albane ont fait de bonnes manches, mine de rien elles ont fait une grosse journée mercredi (9es et 2es) et je pense qu'elles peuvent être super contentes. Elles ne sont qu'à un point des championnes olympiques brésiliennes. C'est une belle surprise."

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