JO 2021 : réfugié politique, vice-champion d'Europe, Édouard Philippe… Qui est Luka Mkheidze, premier Français médaillé aux Jeux de Tokyo ?

Luka Mkheidze, Français d’origine géorgienne, a remporté le bronze samedi dans la catégorie des -60 kg en judo et décroche la toute première médaille française des Jeux de Tokyo.

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France Télévisions
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Luka Mkheidze après avoir remporté la médaille de bronze en judo, le samedi 24 juillet (JACK GUEZ / AFP)

Son rêve est devenu réalité. À 25 ans, Luka Mkheidze a remporté le bronze pour ses tout premiers Jeux olympiques, ce samedi 24 juillet, dans la catégorie des -60kg en judo. Le Français, qui a décroché la première médaille tokyoïte de la délégation tricolore, s'est imposé face à Kim Won-jin après avoir perdu en demi-finales quelques minutes plus tôt.

Très ému, Mkheidze s'est exprimé après son combat au micro de France Télévisions pour expliquer l'importance de sa trajectoire de vie : "Ce qui m'a donné envie de me battre, de ne pas lâcher, c'est mon parcours, la famille que j'ai dû laisser en Géorgie. C'est aussi pour eux que je me bats, et pour moi aussi bien sûr." D'origine géorgienne, né à Tbilissi, Luka Mkheidze a connu un parcours atypique en passant du statut de réfugié politique à la nationalité française, acquise en 2015.

De Tbilissi à Paris…

S'il n'avait pas remporté cette breloque en bronze avec la France, ce samedi à Tokyo, peut-être l'aurait-il récolté sous les couleurs géorgiennes. Luka Mkheidze a découvert le judo à 7 ans en Géorgie, son pays natal, où ce sport est roi. Après avoir remporté le titre national en benjamin, Luka Mkheidze est contraint de dire adieu à Tbilissi. Sa famille quitte le pays en 2008 alors qu'éclate la deuxième guerre d'Ossétie du Sud.

Après un passage par la Pologne, Luka Mkheidze atterrit avec ses parents à Paris et obtient le statut de réfugié politique, à 14 ans. "Je suis arrivé très jeune, ce n'était pas facile de m'adapter à une culture très différente, d'apprendre la langue, qui est vraiment compliquée, mais je pense m'être bien intégré et je me sens très bien ici"a-t-il expliqué à 20 Minutes. Avant de revenir en région parisienne pour vivre de sa passion en rejoignant le club de Sucy Judo (Sucy-en-Brie), Mkheidze passe par Le Havre, étape décisive de son parcours.

… au contact d'Édouard Philippe

C'est en 2015 que Luka Mkheidze décroche la nationalité française. À l'époque, le jeune géorgien compte sur un allié inattendu. Édouard Philippe, qui n'a pas encore mis les pieds à Matignon et ne possède pas la barbe grisonnante, occupe le poste de maire du Havre. "Mon club de l'époque, le Judo Perrey Guerrier l'avait sollicité en tant que maire du Havre où j'habitais, pour qu'il appuie ma démarche. D'habitude, ça prend beaucoup plus de temps mais après quelques mois, j'ai reçu une lettre d'Édouard Philippe à mon domicile m'avertissant que j'allais obtenir ma nationalité, un courrier officiel l'a rapidement confirmé", expliquait Mkheidze en 2018 au Parisien.

Au Havre, le jeune judoka progresse jusqu'à obtenir le titre de champion de France juniors en 2014. La Normandie commence à se faire trop petite pour les grandes ambitions de Mkheidze, qui souhaite réaliser le rêve de son père : devenir judoka professionnel. Le néo-tricolore se prend à rêver plus grand et son objectif est clair : participer aux Jeux olympiques. Mais il y a plus d'un an, il semblait pourtant impossible de voir le judoka d'origine géorgienne se rendre à Tokyo.

Il ne devait pas participer aux Jeux

Le report des Jeux de Tokyo d'une année a fait de nombreux déçus chez les athlètes. Mais il a également offert des opportunités inestimables à d'autres. C'est le cas de Mkheidze qui, si les Jeux s'étaient déroulés comme prévu à l'été 2020, n'aurait pas vu Tokyo. Le Français de 25 ans a décroché sa place pour les Jeux en avril dernier, à la faveur de sa médaille d'argent obtenue lors des derniers championnats d'Europe.

Il y a un an, le mieux placé pour participer aux Jeux dans sa catégorie était Walide Khyar, que Luka Mkheidze a battu en quarts de finale lors de ces championnats d'Europe. "Ce n'était pas gagné pour moi et le report m'a laissé une autre chance de me qualifier", a indiqué Mkheidze au micro de France Télévisions après sa avoir obtenu sa médaille de bronze. En remportant la deuxième médaille tricolore de l'histoire des Jeux dans sa catégorie, après l'or acquis par Thierry Rey en 1980, Mkheidze a prouvé que sa place au Japon n'était pas usurpée.

La cuisine, son autre passion

On ne sait pas si Mkheidze est fan de sushi japonais ou de khinkali géorgiens, mais ce qui est certain, c'est que le Français fêtera sa médaille avec un bon repas. Car au-delà du judo, la gastronomie est la grande passion de Mkheidze. En sport-études, le jeune français suivait un CAP de cuisine, avant de travailler pendant un an dans un restaurant.

De quoi lui permettre de préparer des mets raffinés. La reconversion après sa carrière de judoka semble toute trouvée. Mais à 25 ans, son aventure sur les tatamis est encore loin d'être terminée.

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