Grand Paris, jeux olympiques, transports... De grands chantiers à hauts risques

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Oeil du 20H
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France Télévisions

A Paris et sa banlieue, ils sont surnommés les chantiers du siècle. Il y a le Grand Paris Express qui construit les nouveaux métros, l’extension du RER E, et les ouvrages olympiques, prévus pour 2024. L'œil du 20h vous raconte la face cachée de ces chantiers titanesques. Entre pression, accidents du travail à répétition, et familles endeuillées

Jérémy Wasson avait 21 ans quand il a perdu la vie sur les chantiers du RER E en région parisienne. Il y effectuait un stage pour découvrir le métier d’ouvrier. "On ne se remet jamais de la mort de son enfant, mais il faut vivre avec aussi. C'est vrai pour ma femme et mes enfants aussi, c’est un traumatisme définitif”, se confie Frédéric Wasson, le père de Jérémy, deux ans après sa mort. 

Leur fils a fait une chute mortelle de plus de 5 mètres, sur un chantier du RER E à Pantin (Seine-Saint-Denis) après seulement 4 jours de stage. Pour l’inspection du travail, l’entreprise serait responsable de deux délits majeurs : pas de protection contre les chutes de personnes et défaut de formation à la sécurité. 

"C'est comme si c'était une fatalité de mourir sur un chantier"

Fait rare dans le monde du bâtiment, l'entreprise a été condamnée en première instance à 240 000 euros d’amende pour homicide involontaire aggravé. L’entreprise a fait appel. Une bataille judiciaire difficile à vivre pour la famille. “Ce qu’on a ressenti au moment de l’accident, mais encore plus au moment du procès, c'est comme si c'était une fatalité de mourir sur un chantier, c'est comme un non évènement, il n'y a pas de remise en cause de l’entreprise, et ça me rend très en colère”, 

Ces quatre dernières années, quatre ouvriers ont perdu la vie, et au moins 21 personnes ont été victimes d’accidents graves sur les chantiers du Grand Paris et des jeux olympiques.

Le rythme des travaux serait de plus en plus difficile à tenir selon Jean Pascal François, syndicaliste à la CGT construction : “Les salariés sont de plus en plus stressés par les cadences, par les contraintes, et il faut livrer les travaux. Il y a une multitude d’entreprises sous-traitantes qui interviennent sur ces chantiers et ces entreprises ne sont pas tout le temps,  très efficaces, au niveau de la protection des salariés”.

"On travaille jour et nuit pour arriver aux Jeux Olympiques"

Des travaux à livrer et une sécurité parfois négligée à l’approche des jeux olympiques, c’est ce que nous confie anonymement un chef de chantier de la ligne 16 : "On a l'encadrement direct des chantiers qui n'est pas sensibilisé à la sécurité, la tâche première c'est de finir les travaux. On les a pratiquement tous blessés au niveau accident, petit et grand. On n'a pas le temps de s'occuper d'eux. On travaille jour et nuit pour arriver aux Jeux Olympiques". 

La pression des JO se lit même devant l’entrée des chantiers, avec un compteur qui  indique le nombre de jours restants avant les JO. Nous étions à moins 481 jours avant l’évènement sportif, au moment de notre tournage. La société des jeux olympiques a accepté de nous ouvrir ses portes. 

“La première cause d’accidents mortels, c’est la chute de hauteur”, rappelle une responsable de la sécurité aux ouvriers sur le chantier. Mais malgré des consignes de sécurité souvent rappelées, 8 ouvriers ont été grièvement blessés ici, depuis le début des travaux.

"Quasiment systématiquement, il y a des fautes ou des manquements de la part des entreprises de BTP" 

"Le risque zéro n’existe pas, nous mettons tout en oeuvre pour limiter les accidents, malheureusement des fois il se peut qu’il y ait un dispositif qui ait été défaillant, un manque de contrôle”, explique Nathalie Poncin référente (hygiène, sécurité, environnement) à la société de livraison des ouvrages olympiques. 

Une vigilance permanente, c’est aussi l’une des priorités affichées par la société du Grand Paris, mais pour Alix Bukulin, magistrate en charge des accidents du travail au parquet de Bobigny, les entreprises de chantier ne seraient pas toutes toujours exemplaires. "On constate que quasiment systématiquement on va avoir des fautes ou des manquements, donc ça veut dire qu'on a pris le code du travail, on l’a lu, mais on a décidé de ne pas l’appliquer”, dénonce-t-elle. 

En région parisienne, comme ailleurs, le domaine du BTP est le secteur le plus accidentogène. 40% des ouvriers ont déclaré un accident du travail au cours de leur carrière. 

Parmi nos sources

- Mathieu Lepine, citoyen qui recense les accidents du travail d’ouvriers sur Twitter 

- Parquet de Bobigny 

- Société du Grand Paris Express 

- Société Solideo (ouvrages des jeux olympiques) 

- Syndicats Sud et CGT

- Chef de chantier (anonyme) de la ligne 18 

- Familles de victimes 

- Avocats des familles de victimes 

 

Presse : 

Reporterre

 

Basta!

 

Libération

 

Le Parisien

 

Le Parisien

 

94.citoyens

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