Au tour du relais 4x100m de faire tanguer l'athlétisme français

Entre les entraîneurs du sprint de la Fédération française d'athlétisme et les relayeurs, le torchon brûle. La dernière histoire en date d'une fédération qui boit la tasse.

Article rédigé par
Louise Le Borgne - franceinfo: sport
France Télévisions
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Temps de lecture : 4 min.
Les français Mouhamadou Fall, Ryan Zeze, Mickael Zeze et Jimmy Vicaut composaient le relais 4x100m aux Jeux de Tokyo. (JEWEL SAMAD / AFP)

Depuis plusieurs mois, la Fédération française d'ahlétisme (FFA) ressemble à un bateau ivre. Sans DTN (démissionnaire en octobre 2020) ni directeur de la haute performance (parti en septembre 2021 après les Jeux olympiques de Tokyo), l'athlétisme français vit au rythme de lettres ouvertes, articles interposés et communiqués au ton agressif. Après les tensions entre Claude Onesta, le patron de l'ANS, et André Giraud, le président de la Fédération d'athlétisme, c'est désormais au tour du sprint français de se retrouver dans l'oeil du cyclone. 

"Nous vous adressons ce courriel afin de vous transmettre notre sentiment de colère dans l’affaire actuelle des relais qui confronte notre collègue à des diffamations dans la presse." C'est ainsi que débute un mail, que Franceinfo: sport s'est procuré, envoyé par quatre entraîneurs à la cellule haute performance de la Fédération française d'athlétisme. Pourquoi, cette colère ? Pourquoi un tel écrit ? Le problème remonte à l'été dernier.

Le cru exceptionnel des Jeux olympiques de Rio en 2016 (six médailles) n'est qu'un lointain souvenir. A Tokyo, en 2021, l'athlétisme tricolore s'est contenté d'une seule médaille, celle de Kevin Mayer, vice-champion olympique du décathlonLe collectif du relais 4x100 m avait, quant à lui, été éliminé dès les demi-finales pour dix centièmes (38"18). Un bilan très décevant pour les Tricolores qui se présentaient sur le papier comme l'équipe la plus rapide d'Europe (chronos additionnés).

À l'inverse des femmes, le relais masculin tricolore est éliminé en demi-finale du 4x100 m. Avec un temps en 38''18 et une 4e place en série, les Bleus ne se qualifient pas en finale.

Des interrogations sur le tartan

Au sein du groupe, l'ambiance n'était pas sereine. Si Mouhamadou Fall a été sacré champion de France 2021 (une étape annoncée comme obligatoire par la FFA pour être sélectionné aux Jeux olympiques), ce n'est pas lui qui a représenté la France en individuel. Jimmy Vicaut, resté au chaud sur des meetings et absent des France, lui avait été préféré, avant d'être éliminé dès les demi-finales. Revenu in extremis pour s'aligner en relais à Tokyo, Fall était premier relayeur quand bien même il était l'un des plus rapides. Une décision tactique étonnante.

Mini putsh des relayeurs 

Un mail, adressé en octobre par l'un des membres du relais à la FFA, souligne des dysfonctionnements au sein du groupe de sprint et haies : "Ça fait plusieurs mois que j'intériorise pas mal de choses, que j'aimerais mettre en lumière, et qui ont eu des conséquences sur ma saison sportive et mon comportement", déclarait l'auteur anonyme du mail.

La cible : le manager du groupe, Dimitri Demonière, accusé d'avoir "saboté" le relais et d'être "démotivé". Jimmy Vicaut, Mouhamadou Fall, Mickaêl et Ryan Zézé, Amaury Golitin et René Marvin appuient le témoignage dans les colonnes de L'EquipeDimitri Demonière, ancien entraîneur de Vicaut, s'en défend pour sa part dans le journal : "J'étais surpris. Entre les propos des athlètes et la réalité, il y a un décalage".

Vendredi 30 octobre, athlètes en entraîneurs ont été convoqués au siège parisien de la FFA par la cellule de la haute performance pour régler l'affaire. C'est à la suite de cette réunion que Benjamin Crouzet, Franck Né, Olivier Vallaeys et Fabien Lambolez, entaîneurs sprint haies, ont pris la plume. 

Mail explosif des entraîneurs

Dans un mail explosif adressé à la cellule haute performance et au président de FFA, les entraîneurs soutiennent Dimitri Demonière et expriment leur "colère" :

"Il est plus opportuniste de se dédouaner d’un échec collectif en identifiant conjointement un responsable unique. (...) Pour rappel des comportements intolérables ont été constatés par de nombreux observateurs présents. Aucune sanction disciplinaire n’a été discutée à ce jour."

Benjamin Crouzet, Franck Né, Olivier Vallaeys, Fabien Lambolez

Les entraîneurs y dénoncent un "manque de soutien de l’encadrement" et une campagne de "dénigrement infligée à l'un de ses cadres techniques" en appelant à "réagir avec une volonté de soutien" et à "promouvoir à l'avenir un positionnement éthique collégial". Une missive visiblement entendue par les dirigeants de l'athlétisme tricolore.

Mercredi 3 novembre, une commission dirigée par la direction des Sports entend les deux derniers candidats au poste de directeur technique national : l'ancien DTN de l'aviron Patrick Ranvier (favori d'André Giraud) et l'ancien DTN du ski nautique Grégory Saint-Géniès. Au futur DTN de s'emparer ensuite de tous ces dossiers pour remettre l'athétisme tricolore dans le bon sens, car les Jeux de Paris 2024 arrivent à grandes foulées.

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