Le prix Sakharov décerné au gynécologue congolais Mukwege et son aide aux femmes violées

Le prix Sakharov "pour la liberté de l'esprit" est décerné à des personnes ou à des organisations qui se battent pour les droits de l'homme ou la liberté d'expression. C'est le cas de Denis Mukwege, gynécologue congolais qui reconstruit les appareils génitaux des femmes victimes de viols de guerre.

Le gynécologue congolais Denis Mukwege, le 12 mars 2013 à Kinshasa (République démocratique du Congo).
Le gynécologue congolais Denis Mukwege, le 12 mars 2013 à Kinshasa (République démocratique du Congo). (JUNIOR D. KANNAH / AFP)

 

Il est devenu un symbole de l'accompagnement des femmes victimes de viols de guerre. Le gynécologue congolais Denis Mukwege a reçu le prix Sakharov du Parlement européen, mardi 21 octobre, pour son travail auprès des femmes victimes des viols et des violences sexuelles dans le contexte des conflits armés. Les présidents des groupes politiques, qui décernent le prix, se sont prononcés à l'unanimité, selon le président du Parlement, Martin SchulzLe prix Sakharov "pour la liberté de l'esprit" est décerné à des personnes ou à des organisations qui se battent pour les droits de l'homme ou la liberté d'expression. Il est doté de 50 000 euros.

Agé de 59 ans, le Dr Mukwege aurait pu rester vivre et travailler en France après ses études. Il a fait le choix de retourner dans son pays, la République démocratique du Congo (RDC), et d'y rester aux heures les plus sombres. "Depuis quinze ans, je suis témoin d'atrocités de masse commises sur le corps des femmes et contre les femmes et je ne peux pas rester les bras croisés, car notre humanité commune nous invite à prendre soin les uns des autres", expliquait-il en décembre 2013 à propos de son engagement au service de dizaines de milliers de femmes de son pays, victimes d'une violence indicible et qu'il aide à se reconstruire.

Un "docteur miracle" régulièrement menacé

Son combat pour la dignité des femmes, premières victimes des conflits qui ravagent l'est de la RDC depuis plus de vingt ans, l'expose au danger. Régulièrement menacé, il a échappé de peu un soir d'octobre 2012, grâce au sacrifice d'un domestique, à une attaque d'hommes armés venus chez lui pour le tuer. 

"Ma première malade en 1999 avait été violée, puis on lui avait introduit une arme dans l'appareil génital et fait feu, elle avait tout le bassin détruit. Je pensais que c'était l'œuvre d'un fou mais la même année, j'ai soigné 45 cas semblables", se souvient-il. L'hôpital de Panzi, qu'il a fondé, prend en charge gratuitement chaque année plus de 3 500 victimes de violences sexuelles et leur permet de bénéficier d'une chirurgie reconstructive.

Surnommé "Docteur miracle" pour toutes ces femmes à qui son combat obstiné permet de revivre après l'anéantissement et l'humiliation, ce colosse débordant d'énergie est régulièrement récompensé en Europe et aux Etats-Unis pour son action. Il se sert de sa notoriété pour témoigner d'une voix douce de son empathie pour ses patientes et dénoncer le viol qui, "utilisé comme une arme de guerre, (...) détruit le tissu social, entraîne une perte d'identité collective, détruit toutes les croyances"Depuis le début de l'année, il a lancé un mouvement féministe masculin, V-Men Congo, et appelé à une "mobilisation générale" contre un nouveau fléau : les viols d'enfants et de bébés.