"L'enlèvement" du petit Ashya King en quatre actes

Atteint d'une tumeur au cerveau, le garçon anglais de 5 ans a été retiré de l'hôpital par ses parents, provoquant l'effroi de l'opinion publique britannique. Qui a fini par soutenir cette famille, qui a expliqué qu'elle souhaitait un traitement alternatif pour leur fils. 

Ashya King, jeune Britannique de 5 ans, atteint d\'une tumeur du cerveau, à l\'hôpital de Southampton (Royaume-Uni), en juillet 2014.
Ashya King, jeune Britannique de 5 ans, atteint d'une tumeur du cerveau, à l'hôpital de Southampton (Royaume-Uni), en juillet 2014. ( REX / SIPA )
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Christophe RauzyFrance Télévisions

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Le fait divers sordide s'est transformé en histoire poignante. Mardi 2 septembre, les poursuites contre les parents du petit Ashya King, emprisonnés depuis samedi 31 août en Espagne, ont été abandonnées par la police britannique. L'épilogue probable d'une affaire au cours de laquelle l'opinion publique a changé de camp. La thèse de l'enlèvement de ce garçon de 5 ans gravement malade a laissé la place à l'histoire d'une famille qui voulait offrir un traitement à son enfant. Francetv info revient sur les cinq étapes de l'affaire.

Acte 1 : un enfant malade kidnappé

C'est par la publication d'un mandat d'arrêt lancé par la justice britannique que le monde a pris connaissance de l'existence du petit Ashya King. La procédure visait Brett King 51 ans, et son épouse Naghemeh King, 45 ans, les parents du jeune Anglais de 5 ans. Ils sont alors soupçonnés d'avoir kidnappé leur fils, jusque-là hospitalisé à Southampton, dans le sud de l'Angleterre.

Les autorités sont particulièrement inquiètes car Ashya souffre d'une tumeur au cerveau. Incapable de communiquer, il se déplace en chaise roulante. Sa survie dépend d'une sonde naso-gastrique, un appareil relié à une batterie qu'il faut recharger de façon régulière. La police craint donc que l'enfant ne survive pas à cet enlèvement et se lance sur la trace de ses parents considérés comme des kidnappeurs.

Acte 2 : les parents activement recherchés

Rapidement, la trace des parents est remontée. On les repère, avec leurs sept enfants, sur un ferry en direction de la France, où la police lance un appel à témoin. Outre-Manche, la presse se déchaîne. "Trouvez ce garçon", titraient samedi 31 août le Sun et le Daily Mail.

Les tabloïds font leurs gros titres avec cette famille prête, selon eux, à laisser mourir un enfant pour des raisons religieuses. Car un motif est rapidement mis en avant par la presse à scandale. Les King sont des Témoins de Jéhovah, une religion qui refuse notamment les transfusions sanguines.

La famille est finalement localisée dans l'extrême sud de l'Espagne, samedi 31 août. Brett et Naghemeh King sont arrêtés et Ashya est hospitalisé à Malaga.

Acte 3 : les parents retournent l'opinion publique

Avant d'être arrêté, Brett King a eu le temps de publier une vidéo sur internet. Allongé sur un lit, son fils contre lui, le père de famille justifie le retrait de l'enfant de l'hôpital de Southampton. Selon lui, c'est pour offrir un traitement alternatif, à base de protonthérapie, comme l'explique Sky News, indisponible en Angleterre, qu'ils l'ont retiré de l'hôpital sans autorisation. Ils ont, d'après eux, gagné le sud de l'Espagne afin de "vendre une maison qu'ils possèdent à Malaga pour chercher un meilleur traitement" pour leur enfant. Ce traitement serait disponible en République tchèque ou aux Etats-Unis.

Alors que leur détention est prolongée, et qu'ils refusent d'être extradés au Royaume-Uni, les parents du petit Ashya commencent alors à recevoir le soutien de la presse et de l'opinion publique britanniques, qui s'émeuvent de leur histoire. Le Royaume-Uni se demande alors si la police n'est pas allée trop loin.

Dans une autre vidéo, Naveen, l'un des frères d'Ashya, montre l'équipement spécial et la nourriture achetés pour le voyage d'Ashya qui n'était, au moment de la vidéo, "en aucun cas en danger ou négligé". Quant à la batterie, dont on craignait tellement pour sa durée de vie, elle a été alimentée en continu. Un autre enfant du couple, Naveen, appelle également les internautes à aider son petit frère, provoquant rapidement un afflux de dons. Lundi soir, une pétition demandant la libération des parents d'Ashya avait recueilli plus de 72 000 signatures sur la plateforme change.org.

Interviewée par la BBC, la grand-mère d'Ashya accuse dans le même temps la police de "cruauté", et reçoit rapidement le soutien de Janice Atkinson, député européenne du parti populiste UKIP, qui s'est déclarée "choquée par l'arrestation des parents d'Ashya": "Ce petit garçon a besoin de sa mère en ce moment. Il a 5 ans, ne parle probablement pas l'espagnol et se trouve sur un lit d'hôpital, désespéré."

Acte 4 : les poursuites sont abandonnées

Finalement, mardi 2 septembre, la justice britannique décide d'abandonner les poursuites contre les parents d'Ashya. Le mandat d'arrêt est levé par le ministère public, qui précise dans un communiqué qu'aucune action ne serait prise contre eux : "Nous allons maintenant communiquer cette décision aux autorités espagnoles afin qu'ils retrouvent leur fils le plus vite possible."

Mardi 2 septembre au soir, la justice espagnole a finalement ordonné la remise en liberté de Brett King et de son épouse. Ils ont été libérés dans la soirée.

De son côté, le chef de la police du Hampshire, accusé de zèle dans cette affaire pour avoir traité comme un acte criminel la tentative désespérée des parents de sauver leur enfant, a fait amende honorable."La situation aujourd'hui est injuste. Quoi qu'il se soit passé, nous pensons qu'Ashya a besoin à la fois d'un traitement médical et d'avoir ses parents à ses côtés", a-t-il ajouté.

Peu de temps après l'annonce de l'abandon des poursuites contre les parents d'Ashya, le Premier ministre britannique, David Cameron, s'est publiquement réjoui de cette décision sur son compte Twitter :"Je salue l'abandon des poursuites contre les parents d'Ashya King. Il est important que ce petit garçon reçoive des soins et l'amour de sa famille."