Une fillette française déscolarisée pour devenir "une bonne épouse" : le faux blog d'une ONG divise

L'ONG Plan international a inventé l'histoire d'une fillette française déscolarisée pour devenir une "bonne épouse". Le procédé est dénoncé par des internautes.

Capture d\'écran du blog Mon école pour Lina, le 29 septembre 2015.
Capture d'écran du blog Mon école pour Lina, le 29 septembre 2015. (MON ECOLE POUR LINA / FRANCETV INFO)

Jusqu'où une association humanitaire peut-elle aller dans la communication ? La section française de l'ONG Plan international est l'objet de critiques, mardi 29 septembre, après avoir lancé, de manière déguisée, un blog polémique. Une mère française y affirme avoir déscolarisé sa fille de 8 ans pour qu'elle devienne "une vraie femme, capable de s'occuper de son mari et de ses enfants".

Dans les dix messages publiés sur "Mon école pour Lina" depuis le 2 septembre, la mère vante une éducation purement domestique : laver le sol, faire la poussière, changer la couche d'un bébé, cirer des chaussures...

Dans la foulée, des blogueurs spécialisés, comme Papa Blogueur, Virginie B et C'est quoi ce bruit, publient des messages dénonçant les agissements de cette mère. "La petite Lina sert donc d'esclave à sa mère", s'indigne une mère. "On est à la limite de l'esclavagisme", écrit un père.

Blog bidon et blogueurs sponsorisés

Impossible toutefois d'entrer en contact avec la mère de Lina, pour l'interroger sur sa démarche. Et pour cause : ni Lina ni sa mère n'existent. Le blog n'a pas été publié par une mère anonyme, mais par l'ONG Plan international dans le cadre d'une campagne de communication sur l'esclavage domestique, comme l'a révélé, mardi, le blog Tout à l'ego. Et les blogueurs prétendument "indignés" ont été rémunérés pour publier leurs messages.

"La fin ne justifie pas les moyens, même dans l'humanitaire", s'indigne Sophie Gourion, auteure du blog Tout à l'ego. Dénonçant un "marketing du mensonge", elle estime que "la scolarisation des petites filles mérite un traitement bien plus éthique et moins racoleur". D'autres internautes se disent "furieuses" ou "trahies" par la supercherie, qui leur a fait croire à cette histoire inquiétante. Plusieurs d'entre elles ont même alerté les services sociaux, selon Slate.

Face à l'indignation de certains de leurs lecteurs, les blogueurs sponsorisés ont reconnu avoir été rémunérés, ou ont supprimé leur message. L'un d'eux s'est dit "désolé" de ce potentiel "bad buzz" et a précisé que "l'idée n'était pas de vous piéger ou de vous prendre pour des idiots".

Plan international assume

Contactée par francetv info, la section française de Plan international confirme être à l'origine du blog Mon école pour Lina. "Ce n'est pas tant le procédé du blog qui est choquant que le sort des enfants déscolarisés dans le monde, répond son responsable presse, Julien Beauhaire, face aux critiques. Aujourd'hui, une fille sur cinq ne va pas à l'école, à cause de mariages forcés, de violences sur le chemin de l'école ou encore de l'esclavage domestique."

L'ONG assure avoir prévenu le ministère de l'Education nationale avant de lancer sa campagne, et indique ne pas avoir été contactée par les services sociaux concernant le blog. Quant au fait de rémunérer des blogueurs, "ce n'est pas plus choquant que de payer pour diffuser des campagnes dans les médias institutionnels", estime-t-elle.

Plan international envisage-t-elle de recourir à nouveau à ce type d'opérations de communication, comme elle l'avait déjà fait en Norvège l'an passé ? "Ce n'est qu'un levier parmi d'autres, peut-être que l'année prochaine on offrira des guirlandes de fleurs ou des câlins gratuits. L'idéal serait qu'on n'ait plus jamais besoin de communiquer sur ce genre de problématiques."