Francis Cabrel, Taylor Swift, Thom Yorke... Comme Jean-Jacques Goldman, ils ont fini par céder aux sirènes du streaming

Les disques de l'auteur de "Je marche seul" sont disponibles sur les plateformes de streaming depuis ce vendredi. Difficile de faire l'impasse sur les géants du secteur, dont les recettes ont dépassé celles des ventes physiques.

Taylor Swift en concert à Central Park (New York, Etats-Unis), le 22 août 2019. 
Taylor Swift en concert à Central Park (New York, Etats-Unis), le 22 août 2019.  (EVAN AGOSTINI/ AP/ SIPA)

Très engagé pour la défense du droit d'auteur, il était le dernier grand nom de la chanson française à résister aux plateformes de streaming. Jean-Jacques Goldman a fini par céder, en acceptant de voir l'ensemble de sa discographie diffusée sur Deezer et Spotify, depuis ce vendredi 23 août. 

Difficile de résister au streaming, qui représente plus de la moitié des ventes de musique en France, tandis que les ventes physiques de CD sont en baisse de 15%, selon les chiffres publiés en mars par le principal syndicat des producteurs (SNEP). Le marché de la diffusion en continu s'envole : Amazon Music a vu ses abonnés augmenter de 70% entre avril 2018 et avril 2019, indiquent Les Echos tandis que Spotify, le leader mondial, a atteint les 100 millions d'abonnés payants en avril, selon Le Figaro

Difficile de se passer d'un tel marché, même pour certains irréductibles longtemps restés réfractaires aux plateformes en ligne, les accusant de sous-rémunérer les artistes. Francis Cabrel, le chanteur britannique Thom Yorke du groupe Radiohead, la chanteuse américaine Taylor Swift : tous ont fini par céder aux plateformes. 

Taylor Swift

La chanteuse pop s'est particulièrement illustrée dans son combat contre les plateformes musicales. En 2014, Taylor Swift avait retiré ses chansons du catalogue de Spotify, reprochant au géant du streaming de "léser financièrement les musiciens", résument Les Echos. "Je ne vais pas consacrer tout mon travail à une entreprise qui, selon moi, ne paie pas à sa juste valeur les paroliers, les producteurs, les artistes et les créateurs de musique", avait-elle expliqué. 

L'artiste de 29 ans a finalement cessé son boycott de Spotify en 2017. Après de longues négociations, la firme suédoise a accepté de laisser une période de deux semaines après la sortie durant laquelle l'album n'est pas disponible pour les abonnés gratuits (il peut en revanche l'être pour les abonnés payants, si c'est ce que choisit l'artiste). Une victoire pour Taylor Swift, mais également pour tous les artistes répertoriés sur la plateforme, d'autant que la chanteuse a également fait plier Apple Music, obligeant la plateforme à payer les artistes pendant la diffusion de leurs morceaux, y compris lorsque l'abonné qui l'écoute est en période d'essai gratuite, rapporte The Verge (article en anglais). 

Thom Yorke, leader de Radiohead

Le leader de Radiohead, également artiste solo, s'est longtemps fait remarquer pour ses piques régulières à l'encontre de Spotify, qu'il avait taxé en 2013 de "dernier pet d'un cadavre agonisant" dans une interview au magazine mexicain Sopitas (article en espagnol). Le chanteur accusait notamment la plateforme de ne pas rémunérer suffisamment le travail des jeunes musiciens qui "ne percevront rien alors que les actionnaires s’en mettent plein les poches", cite Radio Nova

Pourtant, en 2017, les albums solo de Thom Yorke ainsi que ceux de Radiohead se sont finalement discrètement retrouvés sur la plateforme, même si certains tweets du chanteur ont depuis laissé penser qu'il jugeait sévèrement la façon dont Spotify rémunère les artistes. En décembre 2017, il avait ainsi  posté un tweet (depuis effacé) relayant un fil de discussion de Geoff Barrow, du groupe Portishead, critiquant les rémunérations des musiciens, notait alors le magazine britannique New Musical Express (article en anglais).

Les Beatles et AC/DC

Le 24 décembre 2015, les fans des Beatles ont reçu un beau cadeau de Noël. L'ensemble des titres des Fab Four a été rendu accessible sur les principales plateformes de streaming dans le monde, après des années de refus de la part des ayants droit. 

Pourquoi ont-ils fini par céder ? Cette année-là, "le streaming a dépassé aussi les ventes physiques de musique aux Etats-Unis", note Télérama, permettant aux ayants droit de limiter les "risques pour leurs revenus futurs et leur lucratif catalogue, tout en regardant vers les nouvelles générations de fans, qui ne connaissent que la musique en ligne", pointe le magazine. Et c'est peu dire que l'engouement a été immédiat : au total, 70 millions de chansons du groupe de Liverpool ont été écoutées en quatre jours sur Spotify, rapporte Le Figaro, avec en tête Come Together, Let it Be et Hey Jude. 

La même année, le groupe de hard rock AC/DC a également cédé et mis en ligne l'ensemble de son catalogue Spotify, Deezer et Apple Music. Le groupe australien a longtemps refusé les offres de la musique numérique. Officiellement, il s'agissait d'éviter que leurs albums ne soient scindés en titres individuels. "Je sais que les Beatles ont changé d'avis, mais nous allons continuer comme ça", avait pourtant assuré le guitariste Angus Young en 2011 au Guardian (article en anglais), "nous sommes un groupe qui a commencé avec des albums et c'est comme ça que nous avons toujours fonctionné". Angus Young a finalement changé d'avis.

Prince 

Jusqu'en 2017, les fans du kid de Minneapolis devaient passer par la plateforme payante Tidal, créée par le rappeur Jay-Z, autre grand absent de Spotify. Particulièrement soucieux du contrôle artistique, Prince avait fait retirer ses albums des autres plateformes en 2015 "pour protester contre leur rémunération désavantageuse", indique Télérama

Celui qui a vendu plus de 100 millions de disques dans le monde était pourtant l'un des plus fervents défenseurs de la musique en ligne au début des années 2000. Mais en 2010, il déclare qu'internet est "complètement fini", relate le Telegraph. En juillet 2015, un message apparaît sur Spotify annonçant que son service juridique a "demandé à tous les services de streaming de le supprimer de leurs catalogues", rapporte le quotidien britannique. Prince meurt le 21 avril 2016. Et finalement, après dix-huit mois de suspension, ses ayants droit réautorisent la publication de l'ensemble de son catalogue sur toutes les plateformes de streaming en février 2017. 

Francis Cabrel 

Au total, 13 albums studios, deux compilations, six lives et un album en espagnol de Francis Cabrel sont accessibles sur Deezer, Spotify ou encore Apple Music depuis septembre 2018. Et pourtant, l'interprète de Petite Marie n'a cessé de clamer son hostilité au streaming. "D'abord, la qualité du son me paraissait moins bonne que sur un CD. Et puis la rémunération des artistes me semblait insuffisante, surtout pour les jeunes. En plus, jusqu'à mon dernier disque, je pensais que le streaming ralentissait la vente d'albums. C'était une réaction un peu passéiste…" a-t-il expliqué au Parisien en 2017

Jean-Jacques Goldman restait donc un des rares membres du club des réfractaires au streaming en France. Spotify et consorts auront finalement eu le dernier mot.