Complément d'enquête, France 2

VIDEO. "TikTok, c'est que du bonheur" : comment l'application chinoise promeut une vision positive du monde, sans "autistes, trisomiques, handicapés, etc."

Selon un ancien modérateur de la plateforme vidéo, qui a accepté de témoigner pour "Complément d'enquête", le règlement le stipulait : "TikTok ne doit montrer que des choses belles et sympathiques." Au prix de certaines discriminations, comme le montre la charte qu'il a fournie aux journalistes du magazine.

TikTok est parfois accusé d'être un "mouchard" au service de la République populaire de Chine. L'application dément. Les propositions d'interview de "Complément d'enquête" ont été déclinées, mais la rédaction a reçu une réponse écrite : "TikTok est un produit disponible uniquement hors de Chine. Nos centres de données sont entièrement situés en dehors de la Chine, et aucune de nos données n'est soumise à la loi chinoise. L'équipe globale de gouvernance est basée aux Etats-Unis (...)". 

L'application chinoise qui fait de l'ombre aux géants américains du web est-elle vraiment une structure autonome, indépendante de Pékin ? "Complément d'enquête" a contacté un ancien modérateur de la plateforme qui compte aujourd'hui 800 millions d'utilisateurs dans le monde. Après des mois de discussion, il a accepté de parler aux journalistes du magazine. Et selon lui, la réalité serait différente...

Des modérateurs pour l'Europe qui travaillaient en lien étroit avec Pékin

Cet ex-modérateur de TikTok était chargé de filtrer les contenus en Europe. Une tâche qui s'effectuait, selon lui, en lien étroit avec Pékin, et sans réelle marge de manœuvre : "La politique de modération était définie en Chine. Tous les soirs, une équipe, à Pékin, prenait le relais, et assurait le travail de nuit. Là-bas, il y avait des Chinois qui avaient fait leurs études en Europe et qui parlaient notre langue. Ils modéraient les vidéos postées dans notre pays. Dès que nous avions une décision à prendre qui sortait un peu de l'ordinaire, nous devions demander la permission à nos collègues de Pékin."

Certains utilisateurs censurés... pour les protéger des "moqueries" ou du "harcèlement"

Outre cette supervision constante, les modérateurs devaient respecter une charte dont les consignes, en anglais, étaient traduites du chinois. L'une de ses règles prévoyait de censurer (pour les "protéger") les contenus des utilisateurs considérés comme différents : ceux des "personnes susceptibles d'être victimes de moqueries ou de harcèlement à cause de leur handicap physique ou mental"...

TikTok rendait donc invisibles les utilisateurs "défigurés, autistes, trisomiques, handicapés, ayant des taches de naissance sur le visage, un strabisme, etc.", selon les termes employés par sa charte de modération. Pourquoi de telles discriminations ? L'ancien modérateur apporte une réponse : "Il était clairement écrit dans le règlement que TikTok ne doit montrer que des choses belles et sympathiques. Pas de choses négatives ou de mauvaises nouvelles. TikTok, c'est que du bonheur..."

Extrait de "Tous toqués de TikTok !", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 14 janvier 2021.

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\"TikTok, c\'est que du bonheur\" : comment l\'application chinoise promeut une vision positive du monde, sans \"autistes, trisomiques, handicapés, etc.\"
"TikTok, c'est que du bonheur" : comment l'application chinoise promeut une vision positive du monde, sans "autistes, trisomiques, handicapés, etc." (COMPLÉMENT D'ENQUÊTE/FRANCE 2)