Infos140, B3zero, LesNews : qu'y a-t-il derrière ces médias "transgressifs" qui fleurissent sur Twitter ?

Le compte B3zero a été supprimé le 11 août après avoir publié une vidéo des JO sans en détenir les droits, provoquant la colère de ses utilisateurs. L'occasion de se pencher sur ces nouveaux comptes qui traitent l'actualité en 140 signes. 

Un compte Twitter de soutien a été créé à la suite de la suspension du compte B3zero, le 13 août 2016.
Un compte Twitter de soutien a été créé à la suite de la suspension du compte B3zero, le 13 août 2016. (SOUTIEN B3ZERO / TWITTER / FRANCETV INFO)
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Camille AdaoustFrance Télévisions

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Levée de boucliers pour B3zero. Depuis le jeudi 11 août, sur ce site d’information, le fil Twitter est vide. "Hmm, un fil d'actualités vide. C'est bizarre", note l’outil. Une page blanche due à la suspension temporaire puis définitive, le 13 août, du compte. "Nous avons partagé une vidéo Vine, dont nous ne sommes pas l’auteur original. Il s'agissait d'un écran de télé filmé montrant [l'haltérophile kazakh] Nijat Rahimov en train de célébrer sa victoire en dansant aux Jeux olympiques, rapporte William Reymond, fondateur de B3zero contacté par francetv info. Le Comité international olympique l’a signalé à Twitter, qui a immédiatement effacé notre tweet, puis a suspendu le compte." En effet, le CIO se montre intraitable avec les médias qui diffusent ou partagent les images des JO sans en avoir acheté les droits, ce qui explique cette lourde sanction.

Dès l’annonce de sa suspension, le compte B3zero a reçu de nombreux messages de soutien de la part des internautes. "Twitter, je déplore la suspension du canal B3zero. Je vous remercie de revoir votre décision dans les meilleurs délais", demande un internaute. "Nous avons besoin de B3zero, alors tu répares ta bêtise", ajoute un autre, à l’attention du réseau social. "Nous ne nous attendions pas à tant de soutiens. Nous avons le sentiment d'avoir créé une communauté autour de B3zero", se félicite William Reymond. Des internautes ont même lancé un compte de soutien et une pétition pour annuler la suspension du compte. Elle comptabilise plus de 500 signataires cinq jours après sa diffusion. 

Pourquoi un tel succès ? Francetv info a mené l'enquête sur ces comptes d'actualités, tels que B3zero, Infos140 ou LesNews, qui se sont créés sur Twitter et qui sont parfois controversés.

Une "réactivité extrême" prisée des internautes

Lorsqu’on leur demande pourquoi ils suivent ces comptes, ils répondent "immédiateté". Les utilisateurs abonnés à B3zero, Infos140 ou encore LesNews attendent de ces nouveaux arrivés une "réactivité extrême" face aux autres médias. 

Anthony Sabre, fondateur de LesNews contacté par francetv info, justifie même la création de son média ainsi : "En 2009, en rentrant de vacances, on a vu un incendie sur la route. Quand on est rentrés, deux heures plus tard, les chaînes d’information le présentaient comme une info fraîche. On a pris conscience qu’avec ce délai de propagation de l’information, il y avait un créneau pour nous", explique-t-il. Toute info qui est déjà bien relayée perd sa plus-value."

Une course à la rapidité qu’il partage avec quinze correspondants bénévoles. "Nous sommes présents au Venezuela, au Japon, en Nouvelle-Zélande, en Belgique, en Allemagne, au Canada, au Brésil, au Maroc, etc… Nos correspondants nous ramènent des informations très fraîches de médias locaux que personne n’a encore vues", détaille-t-il.

Des faux pas dans la course à la rapidité

Ce sprint pour l'information est pourtant "dangereux" pour Arnaud Mercier, professeur d’information-communication à l’Institut français de presse, à Paris, interrogé par francetv info. "Les autres médias attendent car ils recoupent l’information. Ce genre de comptes s’est à de nombreuses reprises fourvoyé en diffusant des rumeurs, décrit-il. Si la rumeur est publiée par un compte inconnu, on n’y prête pas attention, mais ces comptes se présentent comme des médias d’information. Ils peuvent donc entretenir une grave confusion dans l’esprit du public." 

Infos140 avait ainsi "repris une photo de l'aéroport de Bruxelles au moment des attentats à Istanbul", "donné une fausse information sur des armes trouvées dans des mosquées françaises" ou "repris les fausses rumeurs allemandes d'explosifs trouvés à Hanovre", énumère Télérama. LesNews avaient également été épinglés pour une liste, plus longue que la réalité, des lieux attaqués dans la nuit du 13 novembre 2015.

"Sur B3zero, la seule erreur que j’assume complètement est éditoriale, explique quant à lui William Reymond. Lors de l’attentat de Nice, nous avons partagé un cliché où l’on voyait des victimes. La photo était présente partout, y compris sur les comptes info américains, notre rédacteur a partagé. J’ai effacé et j’ai présenté nos excuses." 

Cependant, d'après Arnaud Mercier, les rectifications sont discrètes et rares. "Parfois, les tweets sont simplement supprimés. Et les mea-culpa, quand il y en a, ne sont pas aussi partagés que les informations erronées, déplore-t-il. Une grande partie des gens qui suivent ces médias ne se rendent même pas compte des erreurs. Ces comptes reposent donc sur une part d'ignorance."

Des médias "transgressifs" qui attirent le public

Paradoxalement, leur fonctionnement parfois en marge des standards journalistiques font partie, auprès des internautes, de leurs attraits. Ces nouveaux médias en 140 caractères sont en effet perçus comme des organes plus indépendants que les médias traditionnels. "Pour certains, il y a une telle défiance vis-à-vis des médias et des journalistes qu’un site qui prétend faire une information différente, qui se présente un petit peu comme transgressif, ça donne plus confiance, c’est plus désirable", décrit Arnaud Mercier.

Ces comptes l’ont bien compris. Ils affirment leur objectivité et leur différence par rapport aux médias plus installés. "On ne prend jamais parti et donc, parmi notre communauté, on peut avoir des gens de l'extrême gauche à l'extrême droite", revendique Karim Hacène, cofondateur d'Infos140, contacté par francetv info. 

Le compte LesNews s'affirme également "neutre" et souligne que ses équipes ne sont pas composées que de journalistes. "Il y a des professeurs, des étudiants, des informaticiens, des artistes, etc. Cela apporte une diversité culturelle et une richesse de points de vue que remarquent, je pense, les followers", avance Anthony Sabre, son fondateur. Lui est consultant en informatique, étant donné "qu'aucun modèle économique n'est encore associé à ce genre de médias", comme l'explique Arnaud Mercier. 

"Nous sommes deux journalistes professionnels"

Ce n'est pourtant pas le cas de tous ces comptes. William Reymond, aux manettes de B3zero, est un journaliste d'investigation. Et deux journalistes radio, le rédacteur en chef de Radio classique, Philippe Gault, et Karim Hacène se cachent derrière le fil d'Infos140. 

Pour ce dernier, leur statut représente un avantage majeur. "Nous sommes deux journalistes professionnels, avec vingt-cinq à trente ans de carte de presse. On a la chance d'avoir fait beaucoup de flashs radio, on est donc expérimentés dans l'information synthétique. Et puis on ne fait pas de faute d'orthographe, ce qui nous rend déjà plus crédibles. Je pense que pour les internautes, ça compte", avance Karim Hacène.

A ceci s'ajoute le réseau humain que lui et son collègue ont construit au fil des années. "Sur le crash de l'hélicoptère de l'émission 'Dropped' [en mars 2015], un journaliste argentin que nous connaissions nous a donné l'information très tôt", relate Karim Hacène. 

Des "contenus adaptés à Twitter"

La forme diffère pourtant. Ces médias parallèles créés pour les réseaux sociaux ont, aux yeux de leurs communautés, mieux intégré les codes de leur plateforme de diffusion. "Avec B3zero par exemple, William Reymond a réussi à s'approprier Twitter en diffusant des contenus parfaitement adaptés à Twitter", souligne John Michael Salt, utilisateur très actif du réseau qui suit B3zero et Infos140. Ce dernier apprécie la forme que prend l'information sur ces fils : "Généralement, les grands journaux ne font que diffuser un article via Twitter avec un lien. C'est, pour eux, une sorte de référencement du contenu principal via ce nouveau média. Les comptes moins traditionnels vont diffuser une info plus rapide, plus brute, comme un titre de dépêche par exemple."

Olivier Rimmel, un autre membre de la communauté, apprécie, lui, l'interactivité de ces nouveaux médias sur Twitter. "Les gens réagissent et les administrateurs répondent", explique-t-il.

Du côté des fondateurs, on décrit ce volet comme partie intégrante du travail : "Cette communication, c'est notre plus-value, affirme Anthony Sabre. On échange avec nos followers, on les écoute", expose-t-il avant de parler de son tout dernier projet : "En septembre, on va lancer News_opinion, qui nous permettra de faire des sondages sur les réseaux sociaux." 

Cette maîtrise des réseaux sociaux ne convainc toutefois pas le professeur d'information-communication Arnaud Mercier. "Des tas d'autres comptes fonctionnent de la même manière. Ceux-là ont juste mieux compris l'art de faire du buzz."