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Foot : faut-il se fier aux réseaux sociaux pour suivre le mercato ?

Sur Twitter, Snapchat et Instagram, les supporters les plus acharnés traquent les moindres indices pour connaître la future destination de leur joueur préféré.

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France Télévisions
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Le Brésilien Neymar, annoncé avec insistance du côté du Paris Saint-Germain, le 17 juin 2017 lors d'une séance d'entraînement avec le FC Barcelone. (JOAN VALLS / NURPHOTO / AFP)

Cette fois, c'est la bonne : Neymar Jr. va signer au PSG. La preuve ? Trois joueurs parisiens ont "aimé", vendredi 21 juillet, une publication de la star du FC Barcelone sur Instagram dans laquelle il apparaît en pleine réflexion.

Toujours à l'affût, les supporters de l'Olympique lyonnais n'ont, de leur côté, pas manqué de noter que l'arrivée du défenseur Marcelo était en bonne voie dès la mi-juillet, après que la compagne de celui-ci a publié sur Snapchat un cliché de son repas à la brasserie du Parc OL. 

Depuis le début de la période du mercato, il n'est pas un jour sans que les supporters ne s'enflamment au moindre indice laissé sur les réseaux sociaux par les joueurs ou leurs proches. Annoncé comme recruté par l'OM, l'attaquant milanais Carlos Bacca se désabonne du compte Twitter de son club ? Cela ne peut pas être innocent. Dans le viseur de Manchester City, le latéral monégasque Benjamin Mendy s'affiche sur Instagram en arborant un short aux couleurs de l'Union Jack ? L'affaire va se conclure.

Fervent supporter de l'Olympique de Marseille, Damien craint de "passer pour un fou" lorsqu'on lui demande d'expliquer les techniques qu'il utilise pour traquer les faits et gestes des cibles potentielles du club sur les réseaux sociaux. "Quand L'Equipe a annoncé que l'OM était intéressé par [le défenseur] Kurt Zouma, je l'ai immédiatement suivi sur Twitter et j'ai activé l'option qui me permet de recevoir une notification à chacun de ses messages", raconte à franceinfo le jeune homme de 22 ans, dont le compte "Shavinz" est suivi par près de 14 000 personnes.

Ensuite, j'ai fouillé dans ses abonnements, à la recherche de ses proches. Cela m'a permis de trouver le compte de sa femme, auquel je me suis aussi abonné. Et un jour, elle a "liké" des tweets qui rapportaient que son mari était sur le marché des transferts, et que l'OM était intéressé.

Damien "Shavinz", supporter de l'OM

à franceinfo

Le jeune homme scrute aussi les comptes Instagram et Snapchat des recrues potentielles. "Cela m'a permis de voir que, quelques jours avant son transfert, [le défenseur] Adil Rami se trouvait avec sa famille du côté de Saint-Raphaël. Et donc pas loin de Marseille !", ajoute "Shavinz", qui précise également passer en revue les messages "aimés" par les cibles du club, quand d'autres fans ne le préviennent pas directement. Conscient que ces signaux sont parfois largement extrapolés, il relaie ses trouvailles à ses abonnés en utilisant le mot-dièse #TeamParano.

"On s'en sert pour prendre la température d'un dossier"

Du côté des journalistes spécialisés, on observe cette ébullition avec intérêt, mais aussi avec un certain recul. "Je trouve cela assez marrant, et révélateur de l'effervescence que crée le mercato chez les supporters", sourit Bilel Ghazi, envoyé spécial permanent de L'Equipe à Lyon et spécialiste des transferts. "Mais on trouve rarement des scoops avec ce genre de méthodes, et cela ne doit surtout pas nous dispenser de vérifier une info avec nos sources." 

Surveiller les réseaux permet surtout d'apporter des signaux supplémentaires au sujet d'une piste qui existe déjà, de prendre la température d'un dossier.

Bilel Ghazi, journaliste à "L'Equipe"

à franceinfo

"Je garde bien sûr un œil là-dessus, mais je préfère considérer ces signaux comme un épiphénomène", abonde son collègue Mathieu Grégoire, qui suit l'actualité de l'Olympique de Marseille pour le quotidien sportif. Le journaliste rappelle que l'été dernier, le coiffeur de l'ailier marseillais Georges-Kévin N'Koudou avait vendu la mèche mi-juillet au sujet d'un départ du joueur à Tottenham. "Finalement, le transfert avait mis six semaines à aboutir, et avait même failli capoter sur la fin", se souvient Mathieu Grégoire, qui invite à ne pas prendre ces messages pour de l'argent comptant. 

"Un petit microcosme qui veut en permanence se mettre quelque chose sous la dent"

Ce spécialiste voit dans cette hyperactivité des fans un signe des temps qu'il juge assez épuisant. "Avant, les supporters lisaient L'Equipe le matin et rafraîchissaient la page de leur site d'actu sportive deux ou trois fois par jour pour avoir des infos. Avec les réseaux sociaux, s'est créé un petit microcosme qui cherche en permanence à se mettre quelque chose sous la dent."

Il n'y pas une heure sans que je me fasse interpeller sur Twitter pour savoir où en est le dossier du prochain buteur de l'OM, souvent avec un 'like' ou un "follow' à l'appui.

Mathieu Grégoire, journaliste à "L'Equipe"

à franceinfo

L'insatiabilité des fans sur les réseaux sociaux peut aussi avoir des conséquences concrètes durant le mercato. En utilisateur averti de Twitter, le président de l'Olympique de Marseille Jacques-Henri Eyraud a ainsi été conforté dans son intention de recruter l'attaquant monégasque Valère Germain après avoir consulté les réactions des supporters olympiens sur le réseau, raconte Mathieu Grégoire.

Des stratégies de négociation derrière les "likes"

Pendant l'ouverture du marché des transferts, certains joueurs se serviraient également des réseaux sociaux pour influer sur le cours d'une négociation. Avant de rejoindre officiellement Chelsea le 15 juillet, le milieu de terrain de l'AS Monaco Tiémoué Bakayoko avait ainsi brouillé les pistes : le 14 au matin, il publiait sur son compte Instagram une photo du centre d'entraînement du club londonien accompagné d'un emoji "soon" ("bientôt"). Quelques heures plus tard, il signalait sur Twitter qu'il s'envolait pour Monaco, et écrivait "Parti depuis deux jours seulement et tu me manques déjà #HomeSweetHome #Monaco #Heathrow". Des signaux ambigus que la presse britannique n'avait pas manqué de relever.

"Je n'ai pas eu le fin mot de cette histoire, mais le joueur ou son entourage auraient très bien pu utiliser ces messages pour montrer qu'il était prêt à rester à Monaco si on ne lui offrait pas un salaire plus élevé, ou si les conditions du départ n'étaient pas satisfaisantes", raconte Bilel Ghazi.

Faut-il pour autant imaginer que les joueurs agissent en service commandé de leur agent à chaque fois qu'ils s'abonnent au compte Twitter d'un club ou "aiment" un message d'un supporter qui les supplie de signer un nouveau contrat ? Pas forcément, tranche Sébastien Bellencontre. Le fondateur de l'agence 4Success, et ancien community manager des internationaux français Antoine Griezmann et Blaise Matuidi, explique que "dans les trois quarts des cas, ces comportements sont une réaction spontanée de la part du joueur". "Le reste du temps, cela relève d'une stratégie réfléchie pour peser dans les discussions, par exemple pour renégocier un contrat à la hausse", ajoute ce connaisseur.

"Certains joueurs s'amusent avec l'emballement des fans"

Les sportifs les plus en vue cogèrent ainsi leurs comptes sur les différents réseaux sociaux avec des spécialistes de la communication. "On fonctionne en bonne intelligence : on propose un planning de publication qui est validé par le joueur, et lorsqu'il souhaite publier quelque chose, il nous le soumet au préalable", détaille Sébastien Bellencontre. "On donne notre avis sur le message, sur l'opportunité de l'envoyer ou non en fonction du contexte, et on corrige les coquilles éventuelles."

Une stratégie qui permet de maîtriser la communication des joueurs et d'éviter les dérapages, à l'image de l'affaire Serge Aurier. Le latéral parisien avait copieusement insulté son entraîneur et certains de ses coéquipiers sur le service de vidéo en direct Periscope, ce qui lui avait valu d'être sanctionné par son club.

Depuis, l'eau a coulé sous les ponts et certains sportifs sont devenus de véritables professionnels de la communication sur les réseaux. Au point de prendre du plaisir dans le jeu de piste numérique auquel s'adonnent les supporters, rajoute Sébastien Bellencontre. "Certains joueurs sont parfaitement conscients de la capacité des fans à spéculer sur le moindre indice laissé sur les réseaux sociaux et s'amusent à les chatouiller. On ne le conseille pas forcément, mais si le sportif a déjà un ton taquin sur les réseaux sociaux, cela peut fonctionner", ajoute le fondateur de l'agence 4Success.

Sébastien Bellencontre relève ainsi un récent coup de maître de la part de Kylian Mbappé. Objet de toutes les spéculations après une saison exceptionnelle avec l'AS Monaco, l'attaquant de 18 ans a publié sur Twitter la vidéo d'une "grande annonce" dans laquelle il dit avoir "beaucoup réfléchi, mesuré le pour et le contre" et avoir finalement décidé... d'utiliser un nouveau modèle de chaussures. De quoi donner de belles frayeurs aux supporters, et faire plaisir à son équipementier, puisque la vidéo a été retweetée plus de 35 000 fois.

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