Un ancien cadre de Facebook défend à ses enfants de toucher à "cette merde"

Chamath Palihapitiya a travaillé comme vice-président en charge de la croissance de l'audience du groupe. Il s'interroge désormais sur les conséquences sociales et psychologiques du réseau social.

Chamath Palihapitiya, ancien cadre de Facebook, lors d\'un débat à San Francisco (Etats-Unis), le 19 octobre 2017.
Chamath Palihapitiya, ancien cadre de Facebook, lors d'un débat à San Francisco (Etats-Unis), le 19 octobre 2017. (MIKE WINDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

"Vous ne le réalisez peut-être pas, mais vous êtes programmés." Longtemps, Chamath Palihapitiya a travaillé comme vice-président en charge de la croissance de l'audience de Facebook. Aujourd'hui, il a tiré un trait sur le réseau social, au point d'interdire à ses enfants de l'utiliser. Il utilise au minimum "cette merde", a-t-il expliqué lors d'un débat organisé en novembre à la Stanford Graduate School of Business, signale The Verge (en anglais). L'ancien cadre a rejoint le groupe Facebook en 2007, avant de claquer la porte. Aujourd'hui, il critique, entre autres, les conséquences négatives de l'utilisation du bouton "J'aime" et recommande à tous de prendre "une vraie pause" avec les réseaux sociaux.

D'après lui, les réseaux sociaux "sapent les fondamentaux du comportement des gens". "Je pense que nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social", juge-t-il aujourd'hui, en faisant part de "son immense culpabilité", selon des propos rapportés par le site Quartz (en anglais). Plus largement, il dénonce aujourd'hui l'écosystème des médias sociaux, basés sur les pouces, les cœurs et les goûts, lesquels créent "des boucles fonctionnant sur la dopamine". Avant de se montrer plus nuancé, quelques minutes plus tard, en estimant que Facebook faisait "majoritairement du bien dans le monde".

Quand la Silicon Valley prend ses distances avec les réseaux sociaux

Ce revirement n'est pas un cas isolé. "Dieu seul sait ce qu'ils font aux cerveaux de nos enfants", s'était déjà alarmé l'ancien président de Facebook, Sean Parker, sur le site Axios (en anglais). Selon, lui, le site exploite les vulnérabilités psychologiques humaines pour pousser les utilisateurs à publier toujours plus de contenus pour obtenir des réponses et des mentions "J'aime" : "Les inventeurs et créateurs – moi, Mark [Zuckerberg], Kevin Systrom sur Instagram, tous ces gens – l'ont très bien compris. Et l'ont fait quand même, en connaissance de cause."

Le créateur du bouton "J'aime" de Facebook, Justin Rosenstein, a décidé de bouder les réseaux sociaux Reddit et Snapchat, révélait le Guardian (en anglais) en octobre. L'ingénieur a même demandé à son assistant de lui installer un filtre parental sur son téléphone, pour l'empêcher de télécharger toujours plus d'applications. "Il est révélateur que beaucoup de ces jeunes experts n'utilisent plus leurs propres produits, soulignait alors le quotidien britannique, en envoyant leurs enfants dans les écoles élites de la Silicon Valley où les iPhones, les iPads et même les ordinateurs portables sont interdits."