Pour lutter contre le "revenge porn", Facebook propose à ses utilisateurs de lui envoyer leurs photos intimes

Le réseau social s'est associé à plusieurs organismes et associations de protection de la vie privée sur internet. 

Le réseau social promet que cette technique empêchera quiconque de publier une photo compromettante sur Facebook, Instagram ou Messenger.
Le réseau social promet que cette technique empêchera quiconque de publier une photo compromettante sur Facebook, Instagram ou Messenger. (IAIN MASTERTON / CANOPY / AFP)

Lutter contre le "revenge porn"… en envoyant soi-même une photo intime à Facebook. L'idée semble contre-intuitive, mais après avoir été testée en Australie en novembre, cette procédure a été étendue mardi 22 mai aux utilisateurs du réseau social vivant au Canada, au Royaume-Uni ou aux États-Unis, rapporte le magazine en ligne Refinery29 (en anglais).

"Nous ne souhaitons pas que Facebook soit un lieu où les gens craignent de voir leurs photos intimes partagées sans leur consentement", écrivait Antigone Davis, responsable de la sécurité de Facebook, dans un communiqué publié en novembre lors de la mise en place du programme en Australie.

Pour contrer ce phénomène de "vengeance pornographique", le réseau social s'est associé à plusieurs organismes et associations de protection de la vie privée sur internet. Les utilisateurs qui redoutent de voir un cliché gênant circuler sur Facebook devront dans un premier temps contacter ces associations pour enclencher la procédure. Ils recevront ensuite un e-mail contenant un lien leur permettant d'envoyer la photo embarrassante dans la base de données de Facebook de manière sécurisée.

De nombreuses critiques

La suite du programme n'est guère réjouissante : un employé "spécialement formé" de Facebook ouvrira l'image, puis en créera une "empreinte numérique" qui permettra aux serveurs de l'identifier immédiatement en cas de mise en ligne, avant de la supprimer dans un délai de sept jours. Le réseau social promet que cette technique empêchera quiconque de publier la photo concernée sur Facebook, Instagram ou Messenger. 

Interrogée par Refinery29, Antigone Davis reconnaît que cette procédure ne va pas de soi.

Nous voulons trouver un moyen de [faire cette démarche] de la manière la plus délicate et la moins intrusive possible.Antigone Davis, responsable de la sécurité de Facebookà Refinery29

Dans un article, le site Vox (en anglais) recense les nombreuses critiques formulées contre cette initiative. Et s'étonne que Facebook incite les victimes potentielles "à passer en revue [leurs] photos intimes et à choisir celles qui pourraient être utilisées contre [elles]". Le site souligne également que le récent scandale Cambridge Analytica "n'inspire pas confiance en la capacité de l'entreprise à anticiper la manière dont une importante base de données de clichés dénudés puisse être utilisée ou manipulée".