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Ce qu'il faut savoir sur les survols de drones au-dessus des centrales nucléaires

Depuis le mois d'octobre, une quinzaine de sites nucléaires français ont été survolés par des drones. Un phénomène qui inquiète les autorités françaises.

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La centrale de Cattenom (Lorraine), le 31 août 2006. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

Le phénomène inquiète de plus en plus les autorités françaises. Une plainte a été déposée, après qu'une nouvelle installation nucléaire hexagonale, le site de Marcoule (Gard), a été survolée par un drone dans la nuit du jeudi 6 au vendredi 7 novembre. La direction de la centrale nucléaire de Saint-Alban (Isère) a également porté plainte après un survol constaté mercredi.

Depuis octobre, ces vols suscitent de nombreuses réactions et soulèvent plusieurs questions. Francetv info résume ce qu'il faut savoir sur cette mystérieuse affaire de drones.

Quelles sont les centrales concernées ?

Le site de Marcoule (Gard) a été survolé vendredi vers 2h40, par un objet volant équipé d'un projecteur de lumière, mais les enquêteurs n'ont pas trouvé trace de l'engin. Un autre vol a été détectée lundi au-dessus de l'ancien réacteur Superphénix de Creys-Malville (Isère), en déconstruction. "Un aéronef assimilable à un drone" est également entré, mercredi, dans le périmètre aérien de la centrale nucléaire de Saint-Alban (Isère).

La semaine passée, les centrales de Penly (Seine-Maritime), Flamanville (Manche), Saint-Laurent-des-eaux (Loir-et-Cher), Dampierre-en-Burly (Loiret) et Fessenheim (Haut-Rhin) ont été simultanément survolées, selon un mode opératoire qui se répète. Un drone s'est également approché de celle de Belleville-sur-Loire (Cher), mais sans survoler à proprement parler la centrale ni son périmètre de sécurité.

D'autres centrales ont été survolées par des drones au cours du mois d'octobre. Il s'agit des centrales de Gravelines (Nord), Cattenom (Moselle), du Blayais (Gironde), du Bugey (Ain), de Chooz (Ardennes), Golfech (Tarn-et-Garonne) et de Nogent-sur-Seine (Aube).

Qui télécommande les drones ?

Le mystère reste pour l'instant entier sur les responsables de ces survols et sur leurs motivations. Deux personnes ont bien été mises en examen après avoir été interpellées avec un drone à proximité d'une centrale dans le Cher, mais il ne s'agit que d'inoffensifs "passionnés de modélisme", selon le procureur de Bourges. En ce qui concerne les autres survols, "nous n'avons aucune piste pour l'instant", a déclaré dimanche la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal. Différentes hypothèses commencent néanmoins à être soulevées par les spécialistes.

La première se tourne vers des activistes anti-nucléaires déterminés à dénoncer les failles du système. C'est l'avis de Fabrice Epelboin, professeur à Sciences Po Paris, interrogé dans le JDD : "C’est typiquement le genre d’actions que l’on peut concevoir si l’on veut remettre en question le choix du nucléaire". Pour l'instant, les associations telles que Greepeace et Sortir du nucléaire, ont assuré être étrangères à ces mouvements de drones.

Une deuxième piste évoque une intervention visant à éprouver la sécurité des centrales. Mais selon Le Parisien, l'hypothèse apparaît peu probable car ce genre d'essai aurait été seulement ponctuel et que ce type d'exercices - un temps pilotés par le GIGN - n'existent plus.

Une troisième piste se penche sur un fabricant de drones souhaitant se faire un peu de publicité avec l'actualité. Mais le JDD souligne que cette stratégie serait risquée au regard des peines encourues pour ce type d'infraction (un an d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende).

Dernière hypothèse, celle d'une série de plaisantins qui, à l'image des faux clowns, aurait cédé à une nouvelle mode. Dans Le JDD, un expert du nucléaire pointe que "les modèles opératoires et les modèles [de drone] sont très variables", évoquant le nombre de survols ou la taille des engins. Un élément qui pourrait indiquer que l'action n'est pas coordonnée et qu'il s'agit d'un "phénomène médiatique", selon ce spécialiste. Mais Le Parisien tempère en rappelant que rien n'a été relevé en ce sens sur internet.

Est-ce dangereux ?

Des incidents "sans conséquences", assure EDF. "La sécurité des centrales nucléaires est assez forte pour résister à ces risques", complète Ségolène Royal. Mais tout le monde ne partage pas cet avis. "Ces drones de petite taille, qu'on peut acheter facilement dans le commerce, ne représentent aucun danger. Parvenir à survoler une centrale nucléaire ne signifie pas que l'intégrité de l'installation est menacée", insiste le porte-parole du ministère de l'Intérieur.

"Le drone en tant que projectile lui-même ne présente pas de danger en cas de chute sur une centrale nucléaire en raison de son faible poids", confirme Philippe Dupuy, adjoint à la direction Centrales nucléaires de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). De plus, les mini-drones de loisirs, téléguidés par un simple smartphone, sont trop légers, à moins de deux kilos pièce, pour emporter des explosifs.

Dans Le Parisien, un fabricant d'aéronefs s'interroge sur "l'utilisation éventuelle d'un drone qui peut être piloté à plus de trois cents kilomètres", évoquant la possibilité de placer des charges explosives sur les drones en vue d'une action terroriste. Et s'il confirme que les petits drones ne représentent effectivement pas une menace, il s'inquiète des drones se pilotant à longue distance.

Il faut "arrêter de minimiser le risque", plaident l'ONG Greenpeace et le réseau Sortir du nucléaire. De nombreux spécialistes expriment aussi des inquiétudes. Le principal risque réside dans la possibilité pour les drones de réaliser des photos ou vidéos qui pourraient être exploitées par des personnes malintentionnées. 

Comment réagissent les autorités ?

EDF a affirmé dans la semaine prévoir de porter plainte pour chaque survol de drones. Le vice-président (EELV) de l'Assemblée nationale Denis Baupin a réclamé un "renforcement de la sécurité" des centrales, mais pour l'instant le gouvernement n'a rien annoncé en ce sens. Bernard Cazeneuve a en revanche évoqué sur France Info la mise en place de "dispositifs de neutralisation des drones", sans en dire plus. Il pourrait s'agir de lasers capables d'abattre les drones, d'un système de brouilleur ou encore d'un système de détection, comme le détaille Le Monde.


Le Parisien révèle par ailleurs que les pelotons de gendarmerie ont obtenu le droit de tirer sur les drones s'approchant des centrales, selon la règle mise en place à l'issue de la réunion de vendredi au ministère de l'Intérieur. Les tirs seront en revanche interdits en direction des centrales et au-dessus des installations.

Un conseiller de Matignon s'est voulu rassurant dimanche : "Il y a un peloton dans chaque centrale, payé par EDF, en plus de la surveillance assurée par des agents privés. Ce sont des groupes de 24 à 30 personnes qui se relaient." Il a ajouté que ces pelotons avaient "pour instruction permanente (...) d'abattre tous les aéronefs qui pourraient représenter un danger pour les centrales et cela s'applique aussi aux drones". Il a conclu en expliquant que pour des raisons d'efficacité, le gouvernement ne communiquerait pas sur sa stratégie de protection.

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