Interdiction de la destruction des invendus non-alimentaires : "On attend plus de garanties du gouvernement"

L'ONG Les Amis de la Terre salue néanmoins "une annonce importante".

Une action de l\'ONG Les Amis de la Terre contre le gaspillage de produits Amazon, en novembre 2018.
Une action de l'ONG Les Amis de la Terre contre le gaspillage de produits Amazon, en novembre 2018. (AFP)
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"On attend plus de garanties du gouvernement", a réagi sur franceinfo mardi 4 juin Alma Dufour, chargée de campagne sur "extraction et surconsommation" à l'ONG Les Amis de la Terre, alors qu'Édouard Philippe a annoncé l'interdiction de la destruction des invendus non-alimentaires. Cette mesure doit être effective dans deux ou quatre ans. L'ONG a cependant salué "une annonce importante".

franceinfo : est-ce une annonce importante ?

Alma Dufour : C'est en effet une annonce importante. On attendait que le gouvernement prenne les choses en main après un scandale [en janvier] sur la destruction des produits par Amazon [qui envoyait des produits neufs en fin de gamme en décharge ou dans un incinérateur]. On se félicite donc que tous les produits soient concernés par cette mesure. On attend cependant plus de garanties du gouvernement parce que, tel que c'est écrit dans le texte pour l'instant, les produits invendus peuvent quand même être envoyés au recyclage. Le gouvernement nous assure qu'il va multiplier les incitations fiscales, notamment essayer de réformer le régime de la TVA. Aujourd'hui, quand on donne à des associations, on n'est pas sûr de pouvoir récupérer la TVA sur les produits alors que quand on les envoie en destruction, c'est le cas. On attend donc plus de garanties, notamment de la part du ministère de l'Économie, pour savoir s'ils vont mettre en branle tous les mécanismes afin que les produits invendus aillent prioritairement aux associations et aux consommateurs. C'est aussi une mesure sociale.

Cette mesure ne permet-elle pas aussi d'informer le consommateur ?

Le gaspillage est aussi dans les chaînes de production et de vente. Ça concerne 600 millions d'euros de produits chaque année. Chez Amazon, qui n'est qu'un acteur parmi tant d'autres, c'était trois millions d'invendus détruits par an. C'est énorme. Aujourd'hui, on a des problèmes de pouvoir d'achat, des grosses contestations sociales et on voit que des produits sont fabriqués dans des conditions extrêmement polluantes, avec du travail d'enfants, font le tour du monde pour être détruits quelques mois seulement après leur arrivée en France. Ce n'est pas normal.

Édouard Philippe a fixé une application du texte dans deux ou quatre ans. Est-ce que l'échéance fait la différence ou l'essentiel est d'arrêter ce gaspillage ?

On est pour que ce soit le plus tôt possible parce qu'on est dans une urgence climatique, qui n'attend pas. On n'a que 10 ans pour redresser sérieusement la barre et ce genre de mesures fait partie de tout ce qu'il faut mettre en œuvre pour être à la hauteur de l'enjeu climatique. Il y a aussi un enjeu social et, là encore, la pauvreté et la précarité n'attendent pas quatre ans. Si le gouvernement n'avait pas laissé la porte ouverte au recyclage, on aurait pu avoir des dons immédiatement puisque les associations existent. On demande donc au gouvernement de donner la priorité aux dons avant tout.