Au siège américain d'Amazon, des conditions de travail insupportables, selon une enquête

D'anciens cadres racontent la face cachée du géant international de la vente en ligne.

Des employés du groupe Amazon dans un entrepôt de Tracy, en Californie (Etats-Unis), le 3 août 2015.
Des employés du groupe Amazon dans un entrepôt de Tracy, en Californie (Etats-Unis), le 3 août 2015. (ROBERT GALBRAITH / REUTERS)

Chez Amazon"lorsque tu n'es pas capable de te consacrer entièrement au travail, 80 heures par semaine, les managers voient cela comme une faiblesse". Ce témoignage, rapporté dans une longue enquête menée par le New York Times (en anglais), serait loin d'être isolé. Le journal américain, qui a publié son enquête dimanche 16 août, s'est intéressé aux conditions de travail au siège du géant de la vente en ligne, à Seattle, dans l'Etat de Washington (Etats-Unis).

Avec plus de 50 000 employés dans le monde et près d'un milliard de bénéfices, Amazon est déjà connue pour ses pratiques d'optimisation fiscale. De nombreux anciens salariés ont également témoigné des conditions de travail très dures subies par ceux qui travaillent dans ses entrepôts. Mais le New York Times affirme que pour atteindre des objectifs de vente toujours plus grands, l'entreprise aurait aussi recours à des méthodes de management très contestables.

"Quatorze articles de foi" pour diriger l'entreprise

Selon un ancien DRH, la politique de la société se résume à du "Darwinisme réfléchi". Un corpus (en anglais) de 14 règles ou articles de foi imprimées sur des petites cartes doit ainsi être appris par cœur par les salariés. Parmi ces règles, il est évoqué la nécessité d'être "obsédé par le client", d'être impliqué dans le travail au point de ne jamais dire : "Cela ne me concerne pas'". Les cadres doivent aussi toujours chercher "à s'améliorer, et à être autocritiques même lorsque c'est délicat ou embarrassant."

Les cols blancs sont testés lors de quizz sur le sujet. En cas de résultat sans fautes, ils peuvent se voir décerner une récompense virtuelle, celle de pouvoir proclamer : "Je suis singulier", un adage de fierté pour l'entreprise. Ceux qui ne parviennent pas à tenir les standards de performance partent d'eux-mêmes ou se font congédier lors de grandes réunions semestrielles, où chaque cas est débattu et les moins bons poussés vers la sortie, résume Slate Reader (en anglais).

Un système officiel de critiques entre les employés a par ailleurs été défini : chaque salarié peut faire un commentaire sur le travail de ses collègues, qui peut être retourné contre lui. "J'ai vu pleurer à leur bureau presque toutes les personnes avec qui j'ai travaillé, rapporte au New York Times Bo Olson, un ancien employé du département du marketing des livres. Tu sors de la salle de réunion, et tu vois un adulte qui se couvre le visage."

Jeff Bezos "ne reconnaît pas" son entreprise

A la suite de la publication de cette enquête, le patron d'Amazon, Jeff Bezos, a confié "ne pas reconnaitre son entreprise". Le milliardaire, ainsi que les principaux dirigeants de l'entreprise, ont refusé les demandes d'interviews du New York Times. Seule une poignée de membres de la direction ont été autorisés à répondre aux journalistes.

Dans une note envoyée par courriel à ses salariés, et révélée par Geek Wire, Jeff Bezos demande à ses employés de ne pas accepter de telles situations, si elles existent : 

Si vous avez connaissance de telles histoires, je veux que vous les fassiez remonter aux ressources humaines. Vous pouvez aussi m'envoyer un e-mail. Même si ces événements sont rares et isolés, notre tolérance pour un tel manque d'empathie doit être nulle.Jeff Bezos

Nick Ciubotariu, le responsable du développement, a aussi pris la défense de son entreprise, rapporte Fortune (en anglais). Dans une longue déclaration sur son compte LinkedIn, il réfute les critiques émises par les journalistes. "Je ne veux pas dédaigner les exemples qui ont été apportés, mais faire ressortir quelques témoignages isolés, pour diffamer une entreprise entière, ne représente pas la vérité en journalisme." Le manager précise que les situations décrites ont pu exister dans le passé, mais que ce n'est pas représentatif de la situation actuelle au siège d'Amazon.