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Y a-t-il un pilote ivre dans l'avion ?

Une commandant de bord de la compagnie Qantas a été suspendue après avoir été contrôlée positive à un test d'alcoolémie, la semaine dernière. Un cas isolé ?

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France Télévisions
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Selon un spécialiste, les cas de pilotes en état d'ivresse sont "extrêmement rares". (ROSLAN RAHMAN / AFP)

SOCIETE - Et si l’éthylotest devenait obligatoire dans les cockpits ? Une pilote de la compagnie australienne Qantas a dû faire demi-tour alors qu’elle était sur le point de décoller de Sydney à bord d’un Boeing 747-300, la semaine dernière. Après avoir été contrôlée positive lors d’un test d’alcoolémie, elle a été immédiatement suspendue par sa compagnie, officiellement pour "raisons administratives". Révélée ce lundi par le Sydney Morning Herald, l’information a été confirmée par l’Autorité de sécurité aérienne civile (Civil aviation safety authority, Casa).

Ce n’est pas la première fois qu’un pilote est surpris après avoir abusé de la boisson. En février, un avion a pris deux heures de retard au décollage à Omaha (Etats-Unis), après l’interpellation d’un pilote en état d’ivresse, rapporte le site de CNN (en anglais). Par chance pour les passagers, le conducteur de la navette de l’aéroport avait alors alerté la police. Déjà, en 2008, pas moins de trois commandants de bord avaient été interpellés à l’aéroport de Londres Heathrow.

Il y a vingt ans, du rouge dans le cockpit

Au bord d’une piscine au bout du monde, pilotes, stewards et hôtesses sont-ils plus touchés par les problèmes d’alcool ? Pour Jean Serrat, ancien commandant de bord et président de l’association de pilotes PNT65, ce type d'événements est "extrêmement rare". Le dernier exemple qui lui vient à l’esprit remonte à la fin des années 1990. En escale à La Réunion, deux pilotes ivres embarqués sur un Boeing 747 de la compagnie française Corsair avaient été repérés par l’équipage de cabine. Après avoir tenté de fuir de l’aérogare, ils avaient été interpellés à l’hôtel, avant d’être mis à pied, puis licenciés par leur employeur.

"Il y a bien sûr des équipages qui font un peu la fête lors des escales de trois jours. Mais personne ne sort la veille d’un départ." Au fil des ans, les mentalités ont sans doute évolué. "Il y a eu une époque où, sans être saouls, les pilotes mangeaient leur plateau-repas à bord accompagné d’un verre de vin. Mais c’est fini depuis une vingtaine d’années, comme la cigarette !" Un employé du transport aérien se souvient de la même époque, où certains pilotes "apportaient dans le cockpit deux bouteilles de rouge pour le repas" en Guyane. Depuis, les compagnies ont durci le ton. Air France ne tolère plus la moindre goutte d’alcool à la cantine ou lors des pots de départ.

Pas de contrôles aléatoires en France

Les représentants syndicaux rappellent que la profession est déjà très encadrée. Les pilotes doivent se soumettre à une visite médicale annuelle, censée révéler les cas d’alcoolisme chronique. Mais au cas par cas, rien ne permet de détecter un pilote en état d’ivresse, sinon la vigilance du personnel et des usagers. En la matière, la France applique la réglementation européenne. Le personnel a interdiction de consommer de l’alcool huit heures avant d’embarquer et le taux d’alcoolémie maximum est fixé à 0,2 g par litre de sang.

Pour autant, il y a déjà dix ans, un rapport d’information de l’Assemblée nationale a préconisé la mise en place de tests aléatoires, comme c’est le cas aux Etats-Unis. La mesure est restée lettre morte. 

Mieux acceptés dans les pays anglo-saxons, ces test inopinés sont en effet loin de convaincre les syndicats du transport aérien. Pour Raymond Besco, chargé du transport aérien à la Fédération CGT, ces contrôles seront forcément "ciblés" contre certains employés et passeront "à côté des gens qui sont dans cet état-là". C'est donc à "l'ensemble de l'équipage de s'assurer que les collègues sont en état de travailler et de jouer leur rôle de 'donneurs d'alerte'".

Les pilotes plus souvent ivres... de fatigue

Aux Etats-Unis, un employé du transport aérien sur dix a été soumis à un test d’alcoolémie en 2012, selon le ministère des Transports local. Le nombre de cas positifs est marginal. En 2007, seuls 0,13% d’entre eux avaient été contrôlés positifs à l’alcool, contre 0,6% pour les médicaments et les drogues. Même chose en Australie, où seuls 45 des 51 000 tests menés sur la drogue ou l’alcool ont été positifs depuis 2008. Interrogé par l'AFP, le vice-président de la Casa rappelle qu'en cinq ans, seule une centaine de vols ont été perturbés de la sorte aux Etats-Unis (15 000 vols par an). 

Plus que l’alcool, le principal danger qui guette le personnel est bien le manque de sommeil. La profession est particulièrement sensible aux décalages horaires et aux calendriers variables. Comme le rapportait Le Figaro début avril, une étude de la National Sleep Foundation explique que la fatigue a déjà conduit un pilote américain sur cinq à commettre une erreur grave. 

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