Ce que l'on sait de l'assassinat des militantes kurdes à Paris

Les trois activistes du PKK ont été retrouvées dans les locaux du centre d'information du Kurdistan. Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, s'est rendu sur place.  

Des membres de la communauté kurde manifestent devant le bureau d\'information du Kurdistan à Paris, près duquel trois militantes du PKK ont été assassinées, le 10 janvier 2013.
Des membres de la communauté kurde manifestent devant le bureau d'information du Kurdistan à Paris, près duquel trois militantes du PKK ont été assassinées, le 10 janvier 2013. (THOMAS SAMSON / AFP)

Trois femmes kurdes ont été retrouvées mortes à Paris, dans la nuit de mercredi 9 à jeudi 10 janvier, tuées chacune d'une balle dans la tête. L'une d'entre elles est présentée comme une cofondatrice du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Toutes trois étaient des activistes au sein de cette organisation qui milite pour l'autonomie du Kurdistan en Turquie. Le PKK, considéré comme terroriste, est interdit par Ankara, la capitale turque.

Leurs corps ont été découverts peu avant 2 heures du matin, dans les locaux du centre d'information du Kurdistan à Paris, situé rue Lafayette, dans le 10e arrondissement de la capitale, à côté de l'Institut kurde de Paris. Cette affaire intervient au lendemain d'un accord entre les autorités turques et le chef emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, sur le principe d'un arrêt des hostilités, qui durent depuis 1984.

Que s'est-il passé ? 

Les trois corps ont été découverts après que leurs amis, "inquiets de ne pas avoir de nouvelles", selon RTL, ont prévenu la police. Celle-ci est intervenue vers 1h30 dans l'établissement. Deux des femmes auraient été tuées d'une balle dans la nuque. La troisième présente des blessures dans le ventre et au front, avance la fédération des Kurdes de France. Songul Karabulut, présidente du Congrès national du Kurdistan en exil, affirme qu'elles ont été tuées mercredi après-midi.

"Elles ont sans doute été exécutées", a déclaré le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, en déplacement jeudi matin à l'Institut kurde de Paris. "L'enquête devra éclaircir les circonstances exactes de ce drame", a précisé une source policière. Trois douilles ont été retrouvées sur place, rapporte Europe 1, qui signale qu'un voisin a entendu une détonation vers 18 heures, mercredi. La brigade criminelle de la police judiciaire parisienne a été chargée de l'enquête. 

Qui sont les victimes ? 

D'après le réseau d'informations Actukurde.fr, il s'agirait de "Sakine Cansiz, une des fondateurs du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) (...) et Leyla Soylemez, une jeune activiste"Le PKK est une organisation armée qui milite depuis 1978 pour l'autonomie du Kurdistan, et dont le fondateur, Abdullah Öcalan, est emprisonné en Turquie. 

Actukurde.fr précise que la troisième victime, Fidan Dogan, était une représentante du Congrès National du Kurdistan (KNK), basé à Bruxelles. Elle tenait la permanence du centre d'information, selon les déclarations du responsable du centre Leon Edart. Ce dernier indique que les trois femmes étaient seules dans le bâtiment, mercredi à la mi-journée.

Pourquoi ont-elles été assassinées ?

Ce triple assassinat n'a pas été revendiqué, et aucun élément ne permet encore d'identifier le ou les tireurs. Selon le parti au pouvoir en Turquie (AKP, issu de la mouvance islamiste), qui s'est exprimé jeudi matin sur le sujet, cette affaire s'apparente à un "règlement de comptes" au sein du PKK.

S'exprimant devant la presse, Hüseyin Celik a fait un lien avec le processus récent de dialogue engagé par les services secrets turcs, mandatés par le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, avec le chef du PKK emprisonné à vie, Abdullah Öcalan. L'objectif de ces discussions est de désarmer les rebelles kurdes. "Des milieux peuvent tenter de saboter ce processus, nous devons être très vigilants", a-t-il commenté.

Des propos que ne partagent pas les membres de la communauté kurde, pour qui le pouvoir en place à Ankara se cache derrière ce triple assassinat. La coprésidente du Mrap, Renée Le Mignot, qui dit connaître les militantes, a accusé les services secrets turcs d'avoir commandité ces crimes. Ses propos ont été relatés sur Twitter par notre journaliste Emilie Jehanno.

 

Quelles sont les réactions ?

Dès l'annonce de l'affaire, des centaines de membres de la communauté kurde se sont rassemblés devant l'immeuble du 147 rue Lafayette, scandant : "Elles ne sont pas mortes", "Nous sommes tous PKK !", "Turquie assassin, Hollande complice !" 

Invité de France Info, jeudi matin, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a jugé "insupportable" cet assassinat. Il s'est ensuite rendu sur place : "Je suis venu exprimer ma compassion à l'égard des proches de ces trois femmes", a-t-il déclaré, face à la foule.