De nouveaux figurants lors d'une visite de Nicolas Sarkozy ?

Selon Europe 1, des personnes venues d'autres chantiers auraient été dépêchées pour renforcer les effectifs d'un chantier que Nicolas Sarkozy a visité jeudi dans l'Essonne. Une information démentie par l'Elysée.

Nicolas Sarkozy regarde une photo sur un téléphone après avoir posé avec des ouvriers le 2 février 2012 sur un chantier à Mennecy (Essonne).
Nicolas Sarkozy regarde une photo sur un téléphone après avoir posé avec des ouvriers le 2 février 2012 sur un chantier à Mennecy (Essonne). (PHILIPPE WOJAZER / AFP)

Des figurants autour du chef de l'Etat ? C'est ce qu'affirme Europe 1, vendredi 3 février, au lendemain de la visite d'un chantier par Nicolas Sarkozy à Mennecy (Essonne). Une partie de l'effectif présent sur les lieux ne travaillait pas sur ce chantier, selon la radio. "Ils voulaient plus de monde autour de Nicolas Sarkozy", explique l'un des cadres. Ainsi, de 60 ouvriers en temps normal, le nombre de personnes sur le site du bâtiment en construction aurait été "gonflé" à 120. "Il y en a qui sont venus d'autres chantiers", raconte un ouvrier, et tout le monde aurait été mis à contribution : fournisseurs, partenaires, chefs de chantiers... 

Des allégations démenties vendredi par l'Elysée et la société immobilière 3F. "C'est n'importe quoi, c'est ridicule, a déclaré la présidence. Tous les gens présents étaient les gens concernés par le chantier, l'entreprise les avait conviés." Interrogé par Europe 1, l'Elysée a expliqué :"Nous avons simplement voulu donner la possibilité d'être présents à tous ceux qui ont, par le passé, ou auraient à l'avenir à travailler sur ce chantier."

Cette mise en scène présumée à l'occasion d'une visite du président de la République rappelle d'autres épisodes similaires. Et ils ne sont pas le propre de Nicolas Sarkozy.

• Septembre 2009 : casting "sur mesure" à Faurecia

En visite le 3 septembre 2009 dans une usine de l'équipementier automobile Faurecia à Flers (Orne), Nicolas Sarkozy n'a guère eu à lever la tête. "La direction nous a dit clairement qu'il ne fallait pas des gens de grande taille pour figurer aux côtés du chef de l'Etat" afin qu'il ne se sente pas "dévalorisé", a affirmé un syndicaliste à Marianne. Ce dernier avait été invité à une réunion préparatoire deux jours plus tôt. Selon le journal, la mise en scène avait d'ailleurs été dénoncée lors d'une manifestation à Flers, la veille de l'arrivée du président.

L'affaire a été révélée par la chaîne de télévision belge RTBF, qui a évoqué un casting d'employés venus "d'autres sites" et "paraît-il tous volontaires".

Juin 2010 : les "petits" de nouveau privilégiés à Turbomeca

Selon le quotidien La République des Pyrénées, l'épisode s'est répété le 22 juin 2010, à l'occasion d'une visite présidentielle à l'usine Turbomeca de Bordes (Pyrénées-Atlantiques). "Impératif : ne pas mesurer plus d'1,70 m pour ne pas souligner la petite taille du chef de l'Etat", écrit le quotidien. Le journal précise qu'une semaine avant la visite, "la jeune ingénieure, chef de la ligne de fabrication que [doit visiter] le président, aurait été écartée en raison de son 1,85 m". La jeune femme aurait finalement pu assister à l'événement, une estrade ayant été installée pour surélever le président.

Dénonçant un billet "totalement mensonger", la préfecture des Pyrénées-Atlantiques a démenti, ainsi que la direction de l'usine, selon Le Point.

• Août 2008 et août 2009 : Morano et Chatel en précurseurs

Le 20 août 2008, Nadine Morano, à l'époque secrétaire d'Etat à la Famille, est en visite à Marseille. Pour le lancement de la nouvelle allocation de rentrée scolaire, la voilà dans un rayon de fournitures scolaires d'un hypermarché Carrefour. Devant les médias, son directeur ajoint de cabinet lui présente un père de famille heureux. Il affirme, selon Rue 89, "que les prix des fournitures scolaires sont plutôt en baisse, que le coût de la rentrée est correct, que les enseignants ont fait des efforts sur les listes de fournitures"... Un "bon client" dénommé Bruno Sangline, premier adjoint UMP du maire de Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône) en charge de la petite enfance et des affaires scolaires. 

Autre histoire de fournitures scolaires, le 17 août 2009 à l'Intermarché de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne). Le ministre du jour est Luc Chatel, chargé de l'Education nationale. Il rencontre une "cliente" qui se réjouit des "prix intéressants". Cette femme, comptable à la centrale d'Intermarché, s'appelle Virginie Meyniel et est conseillère municipale de Vulaines-sur-Seine (Seine-et-Marne), rapporte alors Rue 89.


• Dans le rétro : Mitterrand et Stirn aussi

La mise en scène politique ne date pas du XXIsiècle. Slate rappelle que François Mitterrand "aurait commandité un faux attentat" en 1959 à l'Observatoire de Paris "pour mettre en scène sa bravoure devant le danger, ou au moins aurait eu vent d'une tentative d'assassinat qu'il a su utiliser pour améliorer son image"

Le site évoque également le "coup monté qui valut à Olivier Stirn", ministre du Tourisme du gouvernement Rocard en 1990, "de devoir arrêter une carrière brillante d'opportunisme politique (...) en faisant remplir de figurants une salle de meeting".