Rentrée scolaire : pour Sophie Vénétitay (SNES-FSU), les contractuels sont jetés "dans le grand bain avec une bouée percée"

La secrétaire générale du SNES-FSU estime qu'il est "illusoire" de penser que la formation de "quelques jours" destinés aux contractuels recrutés pour pallier aux postes de professeurs non pourvus suffira pour faire face à une classe.

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Radio France
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Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du SNES-FSU, le syndicat national des enseignants de second degré, le 22 janvier 2021 sur franceinfo. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"Enseignant, c'est un métier qui s'apprend", s'insurge Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, lundi 22 août sur franceinfo alors que les contractuels recrutés cet été pour pallier aux 4 000 postes de professeurs non pourvus aux concours 2022 s'apprêtent à suivre une formation de "quelques jours" cette semaine. Selon la professeure de sciences économiques et sociales, "il est illusoire de penser qu'en quelques jours de formation, on va pouvoir acquérir les bons réflexes, les bons gestes professionnels". "On jette ces nouveaux collègues dans le grand bain avec une bouée percée en leur disant, vas-y nage !", résume-t-elle. La secrétaire générale du SNES-FSU rappelle que des solutions existent pour rendre plus attractif le métier d'enseignant : "augmenter les salaires" et améliorer les conditions de travail "sans contrepartie".

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franceinfo : Est-ce que les quelques jours de formation prévus pour les professeurs contractuels qui n'ont jamais enseigné peuvent suffire ?

Sophie Vénétitay : Les quelques jours de formation prévus cette semaine sont très insuffisants. Enseignant, c'est un métier qui s'apprend. Il est illusoire de penser qu'en quelques jours de formation, on va pouvoir acquérir les bons réflexes, les bons gestes professionnels. On a plutôt l'impression que les rectorats organisent des formations pour afficher qu'ils font quelque chose pour ces nouveaux contractuels. Mais, dans les faits, on a surtout l'impression qu'on jette ces nouveaux collègues dans le grand bain avec une bouée percée et que le ministre et les rectorats les regardent en leur disant, "vas-y nage !". C'est encore une fois la preuve du bricolage institutionnel de l'Éducation nationale.

C'est une situation difficile pour les enseignants ?

Oui, cela met les enseignants dans des situations extrêmement difficiles parce qu'ils vont se retrouver en difficulté face aux élèves. Certains vacataires ne savent même pas où ils vont être affectés. C'est extrêmement anxiogène. À quelques jours de la rentrée, on ne sait pas quel niveau on va avoir, et donc quel type de cours, de séquences, préparer. C'est une préparation de rentrée très improvisée. Ça montre aussi comment sont traités nos collègues contractuels, dont certains démissionnent au bout de quelques semaines ou mois parce qu'ils sont lâchés dans la nature. Surtout, cela ne résout pas sur le long terme la question de la crise de recrutement.

Quelles solutions pour trouver des enseignants pour la rentrée ?

Il faut se mettre au travail sur la question de la revalorisation des enseignants. Pas seulement des débuts de carrière, mais de l'ensemble des carrières. Il faut travailler à rendre plus attractif le métier d'enseignant. On voit qu'il y a des éléments budgétaires qui entrent en compte.

"Engager un contractuel pour quelques mois ou une année, ça coûte moins cher que d'embaucher un professeur pour toute une carrière de fonctionnaire."

Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU

à franceinfo

Comment expliquer ce manque de vocation pour l'enseignement ?

Le métier d'enseignant n'attire pas, n'attire plus, en raison du déclassement salarial. Au début des années 1980, un enseignant gagnait 2,2 fois le SMIC, aujourd'hui il gagne 1,1 fois le SMIC. Cela pèse très lourdement sur l'attractivité du métier. Et puis il y a aussi la question des conditions de travail. Au collège, au lycée, vous vous retrouvez face à des classes de 28-30-35 élèves, parfois plus ! Ce ne sont pas des conditions pour bien faire son métier. Il faut donc travailler sur la question des conditions de travail en plus de la question salariale, qui est la priorité de cette rentrée. Il faut que le ministre et le gouvernement envoient un signe très fort aux enseignants de ce pays : augmenter les salaires de l'ensemble du personnel de l'Éducation nationale sans contrepartie.

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