Ecriture, reconnaissance des syllabes, maths… A quoi va ressembler l'évaluation des élèves de CP ?

Des exercices de maths et de français vont être soumis à tous les élèves de CP dès la deuxième quinzaine de septembre. Voici ce que l'on sait de ces nouvelles évaluations.

Des élèves de primaire en classe, le 5 décembre 2011 à Seclin (Nord).
Des élèves de primaire en classe, le 5 décembre 2011 à Seclin (Nord). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)
avatar
Robin PrudentFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Interro surprise ! A partir du 18 septembre, tous les élèves de CP vont être soumis à des "évaluations diagnostiques" en français et en mathématiques. Le ministre de l’Education nationale l’a annoncé lors de sa conférence de rentrée, mardi 29 août. De nombreux enseignants évaluaient déjà leurs élèves en début de CP, mais dorénavant, les tests seront obligatoires et identiques sur tout le territoire. Un dispositif semblable est prévu à l’entrée du collège, en classe de sixième. Mais ce sont les exercices imposés aux jeunes élèves de primaire qui concentrent l'attention et les critiques des syndicats.

Exercice d’écriture, de reconnaissance des lettres, des syllabes, des quantités… L’évaluation des élèves de CP a été présentée aux principaux syndicats de professeurs lundi, veille de l’annonce du ministre. "Il ne s’agissait pas d’une consultation mais seulement d’une présentation de ces évaluations, déplore Francette Popineau, du SNUipp-FSU. Nous aurions aimé les avoir avant pour faire des retours sur les contenus." Franceinfo vous dévoile les premiers éléments de ces évaluations.

En français : écriture, reconnaissance des syllabes et compréhension orale

Le premier volet des évaluations diagnostiques au CP sera consacré aux notions de français, avec quatre sessions de 20 minutes comprenant, au total, une douzaine de courts exercices à réaliser sur un cahier conçu par le ministère. Le premier d'entre eux consistera à reconnaître une lettre, un chiffre, une forme ou une ponctuation dans une liste de symboles. Le professeur dictera aussi une lettre à l'oral, que l'enfant devra entourer sur son cahier, explique le ministère, contacté par franceinfo.

"Il y a aussi des exercices d'écriture, dans lesquels les élèves doivent retranscrire des mots en script en lettres attachées", précise à franceinfo Francette Popineau, du SNUipp-FSU, qui a pu consulter ces évaluations. Autre exemple, donné par Le Mondeune série de trois images est soumise aux élèves – une tulipe, une tortue, un ballon. L'enfant doit repérer laquelle des trois ne comporte pas le son "tu". "L'exercice le plus complexe prévoit la lecture d'une histoire par le professeur, suivie de questions à ce sujet, auxquelles l'élève devra répondre", ajoute Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa.

Problème : "Ces exercices de reconnaissance ne permettent pas d'évaluer la compréhension de l'élève, estime Francette Popineau. D'autant que les professeurs ne pourront pas les adapter aux différentes pédagogies utilisées."

En maths : reconnaissance des nombres et des quantités

Après le français, les maths. Neuf exercices seront soumis aux élèves lors de trois séances de 10 minutes, toujours sur un cahier. L'un des exercices évalue la reconnaissance des quantités. Deux lignes présentent des nombres différents de cercles. L'élève de CP devra déterminer sur laquelle est située le plus grand nombre de cercles. Le professeur prendra aussi la parole, en dictant un chiffre aux élèves. Ces derniers devront ensuite l'entourer parmi les cinq proposés sur le cahier.

Un exercice, consulté par Stéphane Crochet, prévoit que l'élève dessine les jetons manquant dans une boîte pour atteindre un nombre donné. "Mais le dessin n'est pas fantastique, constate le secrétaire général du SE-Unsa. Il faut déjà que l'élève reconnaisse la boîte et les jetons, ce qui n'est pas évident s'il n'a jamais été confronté à ce genre d'exercice auparavant."

Selon le ministère, ces exercices sont censés évaluer la reconnaissance écrite et orale des nombres et des quantités des jeunes élèves de primaire. "Le problème, c'est qu'on ne pourra pas savoir si l'élève maîtrise une notion avec une seule question. A cet âge-là, l'élève n'a pas l'habitude des évaluations et il regardait peut-être juste par la fenêtre", signale Stéphane Crochet. "Nous sommes assez sceptiques sur l'intérêt même de ces évaluations, renchérit Francette Popineau, du SNUipp-FSU. Nous nous interrogeons sur leur effet anxiogène au bout de trois semaines de rentrée."

Des résultats envoyés à l’inspection de l'éducation nationale

Reste une zone de flou : comment seront utilisés les résultats ? Ils doivent être envoyés aux inspecteurs de l’éducation nationale, "pour mettre en place les actions de formation et d’accompagnement adaptées et destinées à répondre, au plus près du terrain, aux besoins des élèves", selon le ministère. Aucune statistique nationale ne sera réalisée à partir de ces évaluations, précise la rue de Grenelle. Des retours seront aussi faits aux parents pour expliquer la méthode choisie par les professeurs afin d'améliorer le niveau des élèves.

Des précisions qui n'ont pas convaincu les syndicats de professeurs. "Nous ne savons pas exactement comment les résultats de ces évaluations vont être utilisés, déplore Francette Popineau, du SNUipp-FSU. Cela présente aussi le risque d’une mise en concurrence des écoles." Du côté du ministère, on répond que ces évaluations n'auront pour objectif que "d’offrir aux enseignants une base solide et utile pour connaître l’état des connaissances et le savoir-faire de chaque élève."