Rennes : la polémique autour du logement squatté d'une octogénaire en 7 actes

Une vieille dame ne peut réintégrer son logement.

La maison squattée à Rennes, en mai 2015.
La maison squattée à Rennes, en mai 2015. (A. MASTEAU / FRANCE 3 BRETAGNE)

A Rennes (Ille-et-Vilaine), le 94 rue de Châtillon ressemble de loin à toutes les maisons du quartier. Une jolie bâtisse en pierre comme on en trouve tant dans la capitale bretonne. Pourtant, depuis une dizaine de jours, elle attire la presse de toute la France. C'est qu'elle est au centre d'un bras de fer entre une octogénaire et un groupe de squatteurs. Et l'affaire prend un tour politique. Francetv info décrypte cette polémique en 7 actes.

Acte 1 : automne 2013, un groupe de squatteurs s'installe

A l'automne 2013, un groupe de squatteurs repère une maison vide rue de Châtillon. Ils tentent une première fois de s'y installer. Sans succès. La police les en empêche, selon Ouest-France. Mais ils reviennent et parviennent à rester. Quelques jours plus tard, ils se présentent "aux riverains comme leurs nouveaux voisins", selon le journal régional.

Acte 2 : la propriétaire n'entreprend pas les bonnes démarches

La propriétaire, Maryvonne Thamin, ne vit plus dans le logement. La vieille dame (elle a aujourd'hui 83 ans) vit à Saint-Domineuc, à 30 km de Rennes, chez son compagnon.

Elle est alertée par les services municipaux "qui ont tenté de l'accompagner dans les démarches à entreprendre", selon la mairie"Après constat des fonctionnaires de la police municipale, il apparaît que la maison vous appartenant, située au 94, rue de Châtillon à Rennes, soit occupée par neuf squatteurs", écrivait une élue dans un courrier adressé à Maryvonne."En cas d’occupation, il vous appartient d’agir en vue d’obtenir du tribunal d’instance une ordonnance d’expulsion à l’encontre des squatters. Une décision de justice est en effet nécessaire pour que les services de police puissent intervenir pour libérer les lieux."

Mais elle ne porte pas plainte contre les squatteurs. Or, depuis la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable (Dalo), un propriétaire, s'il ne porte pas plainte contre des squatteurs dans les 48 heures, peut se voir opposer le droit au logement. Une décision exécutoire du tribunal est nécessaire. Pour son avocat, l'octogénaire n'a pas été suffisamment assistée

Acte 3 : la vieille dame ne peut réintégrer son logement

La vieille dame découvre l'ampleur du problème, semble-t-il, quand son compagnon décède. La famille lui demande de quitter la longère qu'elle occupait avec lui. Mais à Rennes, elle ne peut réintégrer son logement maintenant occupé. La porte est cadenassée, l'habitation barricadée.

L'avocat de Maryvonne Thamin s'impatiente. Il porte plainte pour violation de domicile et dégradations, et attend que le tribunal fixe une date pour plaider l'expulsion des squatteurs. Mais les démarches prennent des semaines.

Acte 4 : des militants s'en mêlent

Dimanche, une quarantaine de manifestants d'extrême droite décident de venir en aide à la vieille dame. Ils manifestent devant la petite maison proche de la gare afin d'exiger le départ des squatteurs.

Un cadenas est brisé, une fenêtre cassée. La police doit s'interposer lorsqu'une quinzaine de contre-manifestants d'extrême gauche arrivent pour défendre les occupants. Les deux groupes sont dispersés sans incident.

Acte 5 : les squatteurs s'expliquent

Devenus l'objet d'une polémique, les squatteurs s'expliquent. Selon eux, la maison était "inoccupée depuis au moins sept ans (...) lors de [leur] arrivée il y a 18 mois, la maison était dans un état déplorable (...) clairement inhabitable, surtout pour une personne âgée". L'avocate de trois des squatteurs, Stéphanie Peltier, fait valoir que Maryvonne Thamin avait été avisée dès 2013 de la présence d'intrus et n'avait pas déclenché d'action judiciaire.

"Mes clients sont fondés à se maintenir conformément à la loi de 2007 tout en sachant que leur occupation est illicite", assure l'avocate, estimant que celle-ci pourrait prendre fin très rapidement une fois qu'une demande d'expulsion aura été déposée devant le tribunal d'instance. Elle ajoute que la vieille dame "a fait tout ce qui était possible pour agiter l'opinion publique au lieu de faire la seule chose qui aurait été utile et efficace, à savoir saisir le tribunal".

Dans un communiqué, les occupants, qui se disent "tous dans une situation de grande précarité", assurent n'avoir "pas commis de violation de domicile dans cette maison à l'abandon dans un quartier en proie à la spéculation immobilière". "Les seuls qui cherchent aujourd'hui à déloger Maryvonne sont les enfants de son défunt compagnon, plaident-ils. Nous ne contesterons pas la décision de la justice, mais nous ne céderons ni aux menaces ni aux intimidations proférées à notre encontre."

Acte 6 : l'affaire prend une dimension politique

En réaction à la polémique, le député UMP Marc-Philippe Daubresse annonce le dépôt d'une proposition de loi pour modifier la loi Dalo, tandis que la section rennaise du Front national en demande l'abrogation.

Dans un communiqué adressé à l'AFP, la maire PS de Rennes, Nathalie Appéré, regrette qu'en 2013, les propositions de la mairie soient "malheureusement demeurées sans suite". Elle ajoute que "madame Thamin est victime d'une situation intolérable, privée de sa maison par des squatteurs qui utilisent toutes les ressources du droit pour l'empêcher de regagner son logement". 

Elle relève cependant que cette affaire "a également déchaîné un flot de propos mensongers et diffamatoires d'une rare violence et des manœuvres politiques écœurantes".

Acte 7 : une nouvelle manifestation est annoncée

Sur Facebook, un collectif "Soutien à Maryvonne" appelle à une nouvelle manifestation, vendredi 8 mai. Sur sa page, on peut lire des appels tels que "grenades lacrymogènes là-dedans pour faire dégager les rats".

La maire lance "solennellement un appel au calme (...) afin d'éviter de nouveaux débordements".