Pourquoi le référendum sur la fusion des collectivités en Alsace a échoué

Le "non" l'a emporté dans le département du Haut-Rhin, ce qui empêche le projet de se concrétiser.

Dans un bureau de vote, le 7 avril 2013 à Strasbourg (Bas-Rhin).
Dans un bureau de vote, le 7 avril 2013 à Strasbourg (Bas-Rhin). (FREDERICK FLORIN / AFP)

Censé, selon ses partisans, renforcer le poids de l'Alsace, le "oui" partait favori. C'est finalement le "non" qui l'emporte. Le référendum alsacien, organisé en vue d'une fusion inédite des collectivités départementales et régionale de la plus petite région de France, a échoué, dimanche 7 avril. 

Selon les résultats définitifs, le "non" a recueilli 55,74% des suffrages exprimés dans le Haut-Rhin. Les électeurs Bas-Rhinois étaient favorables au projet à plus de 67%, mais avec une très forte abstention. Il fallait un "oui" dans les deux départements pour que le projet aboutisse.

Pourquoi le référendum a-t-il échoué ? Explications.

Parce que le taux de participation était très bas

Pour être validé, le projet de collectivité unique d'Alsace (CTA) aurait dû non seulement recueillir 50% des suffrages exprimés, mais aussi au moins 25% des inscrits, et ce dans chacun des deux départements.

Or si dans le Bas-Rhin, le "oui" a recueilli 67,53% des voix, l'abstention a été si forte qu'il n'a rassemblé que 22,90% des inscrits. L'abstention a été forte dans les deux départements : seuls 37,18% des électeurs se sont déplacés dans le Haut-Rhin, et 35,11% dans le Bas-Rhin.

Dans un bureau de vote, le 7 avril 2013 à Kingersheim (Alsace). Les électeurs de l\'Alsace sont appelés se rendre dans les urnes pour voter pour ou contre un conseil unique dans la région.
Dans un bureau de vote, le 7 avril 2013 à Kingersheim (Alsace). Les électeurs de l'Alsace sont appelés se rendre dans les urnes pour voter pour ou contre un conseil unique dans la région. ( MAXPPP)

A titre de comparaison, pour le premier tour des législatives de juin dernier, le taux à la même heure tournait autour de 42 à 45%. Près de 1,3 million d'électeurs étaient appelés aux urnes.

Parce que le débat était trop "institutionnel"

"Quand on a des débats sur les questions institutionnelles, ça n'intéresse pas nos concitoyens. Quand on vote pour une personne ou un parti, ça intéresse davantage", a commenté à Strasbourg le président du Conseil général du Bas-Rhin, Guy-Dominique Kennel (UMP). C'est aussi l'analyse que fait la correspondante de France 2 à Strasbourg.

Voir la vidéo
Stéphanie Lafuente du bureau de France 2

Le désintérêt pour ce débat touche aussi des élus. Ainsi, le maire de Strasbourg, Roland Ries (PS), a déposé dimanche un bulletin blanc dans l'urne, rapporte France 3 Alsace. Il regrette que "les intentions initiales de simplification se s[oient] perdues".

Le résultat traduit aussi les craintes de certains électeurs et élus du Haut-Rhin, dont la préfecture est Mulhouse, de voir leur département passer dans l'orbite du Bas-Rhin et de sa capitale Strasbourg.

Parce que l'affaire Cahuzac est dans les esprits

"L'impact des extrêmes a été important. Ce résultat est aussi à mettre en relation avec le climat général, la crise, et l'affaire Cahuzac a indiscutablement eu un effet", a regretté le président du Conseil régional d'Alsace, Philippe Richert (UMP), fervent défenseur du "oui".

Guy-Dominique Kennel a aussi déploré les retombées de l'affaire de l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac, qui a reconnu détenir un compte non déclaré à l'étranger après des mois de mensonge. "Aujourd'hui, c'est incroyable le nombre de fois où on m'a parlé de l'affaire Cahuzac", a-t-il déclaré.

"Avec l'affaire Cahuzac les gens n'iront pas voter aujourd'hui", a confié dimanche à France 3 Alsace, Claude, 74 ans, un enseignant a la retraite, l'un des rares habitants à avoir fait le déplacement.