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Présidentielle : le candidat se déclarera trois fois

Certains prétendants à l'Elysée ont trouvé une technique imparable pour faire parler d'eux : annoncer plusieurs fois leur candidature. Champions de cette stratégie : François Bayrou, Hervé Morin et Jean-Pierre Chevènement.

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France Télévisions
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Le président du Modem François Bayrou sur le plateau de la chaîne d'information LCI, le 29 septembre 2011. (IBO / SIPA)

C'est une nouvelle mode qui fait fureur chez les prétendants à l'Elysée : annoncer plusieurs fois sa candidature, histoire de s'assurer une plus grande visibilité dans les médias. Et le pire, c'est que ça marche ! A chaque fois, la presse se fait l'écho de ces déclarations, semblant oublier qu'une annonce similiaire a eu lieu quelques mois plus tôt.

A ce petit jeu, François Bayrou, qui a "annoncé" sa candidature jeudi 24 novembre sur TF1, est en passe de prendre une avance certaine sur ses adversaires. Le leader du MoDem avait en effet déclaré la même chose le 22 août sur RMC : "Je serai candidat à l'élection présidentielle, simplement le moment n'est pas venu de lancer les meetings." Le 19 octobre, sur Canal+, il répétait avec aplomb : "Je serai candidat." Avant d'insister sur cette nuance : "Mais j'utilise le futur !" Et ce ne sont que quelques-unes de ses annonces.

Scoops réchauffés

Jeudi soir, le temps de "lancer les meetings" ou de parler au présent était-il enfin venu ? Raté. Mais notez-le bien dans vos agendas : François Bayrou "officialisera" sa candidature "dans la semaine du 5 décembre". Au cas où les Français n'aient pas bien compris.

Le (futur ?) candidat centriste n'est pas le seul à user de cette méthode. Son concurrent du Nouveau Centre, Hervé Morin, se déclarera officiellement dimanche, au pied du pont de Normandie. Mais pour l'effet de surprise, on repassera : il a lui-même vendu la mèche le 9 novembre sur BFMTV. Un scoop qui sentait déjà le réchauffé puisque Hervé Morin avait assuré dès le 19 octobre dans Les Echos qu'il serait au rendez-vous de la présidentielle. Tout sauf une surprise de la part de l'ancien ministre de la Défense qui a quitté le gouvernement en novembre 2010 pour mieux préparer sa campagne.

Autre candidat atteint du syndrome de l'annonce multiple, sous une forme certes moins sévère : Jean-Pierre Chevènement. Le 5 novembre sur France 2, après avoir "beaucoup réfléchi", il dévoile son choix : "J'ai décidé de me porter candidat pour faire bouger les lignes". Soit, au mot près, la même formule que celle prononcée le 4 mai sur Europe1.

Quant à Ségolène Royal, elle avait également prévenu à deux reprises qu'elle serait candidate à la primaire socialiste de 2011. D'abord fin novembre 2010 dans le quotidien Centre Presse, avant de rafraîchir la mémoire des Français fin juin dans son fief des Deux-Sèvres.

Exister dans "le bruit médiatique généralisé"

Pourquoi certains candidats se sentent-ils à ce point obligés de se répéter ? Pour le sociologue des médias Denis Muzet, directeur de l'institut Médiascopie, l'époque pousserait les petits candidats à dire les mêmes choses en boucle pour avoir une chance d'être entendus "dans un bruit médiatique généralisé". "Le temps où l'agenda était bien clair, bien net, et où les candidats se plaçaient sur la ligne avant le top départ est terminé", analyse-t-il.

Si un Nicolas Sarkozy, seul maître de son agenda médiatique et politique, peut se permettre d'entretenir un faux suspense sans prononcer le mot "candidat" avant le jour J, il n'en va pas de même pour les prétendants les moins médiatisés, condamnés à des coups d'éclat ou des effets d'annonce. Au risque de lasser.

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