Pour lutter contre l'anorexie, l'Assemblée interdit l'emploi de mannequins trop maigres

Cette mesure a été adoptée dans le cadre du projet de loi de santé de Marisol Touraine. 

Un mannequin défile pour le créateur Alber Elbaz, lors de la Fashion Week prêt-à-porter parisienne, le 5 mars 2015. 
Un mannequin défile pour le créateur Alber Elbaz, lors de la Fashion Week prêt-à-porter parisienne, le 5 mars 2015.  (GONZALO FUENTES / REUTERS )

L'hémicycle veut dicter sa loi sur les podiums. L'Assemblée nationale a voté, vendredi 3 avril, l'interdiction du recours à des mannequins trop maigres et dénutris, afin de lutter contre l'anorexie, dans le cadre de l'examen du projet de loi sur la santé"L'exercice d'une activité de mannequin est interdit à toute personne dont l'indice de masse corporelle (...) est inférieur à des niveaux définis, sur proposition de la Haute Autorité de santé, par arrêté des ministres chargés de la Santé et du Travail", stipule le texte. 

Au lendemain du vote d'un amendement visant à pénaliser les sites dits "pro-ana", incitant à l'extrême maigreur, ce nouvel amendement du rapporteur Olivier Veran (PS) a été adopté, avec l'avis favorable de la ministre de la Santé. Marisol Touraine a en effet considéré comme "préoccupante" la présentation de mannequins excessivement maigres.

Entre 30 000 et 40 000 personnes, des adolescentes dans 90% des cas, souffrent d'anorexie mentale, ont souligné les auteurs de ces amendements. "L'impact social de cette image que véhicule la mode, où des femmes doivent être maigres à un niveau pathologique pour être belles et défiler, est très fort", selon Olivier Veran.

Six mois d'emprisonnement pour les agences

Le fait, pour toute personne qui exploite une agence de mannequins ou qui s'assure moyennant rémunération le concours d'un mannequin, de ne pas "veiller au respect de l'interdiction" sera puni d'un emprisonnement de six mois et d'une amende de 75 000 euros, a ajouté Olivier Veran, par ailleurs neurologue au CHU de Grenoble

"La perspective de cette sanction aura un effet régulateur sur l'ensemble du secteur", a-t-il estimé, indiquant que l'Espagne, l'Italie et Israël avaient déjà pris des mesures similaires.

Une mesure qui ne fait pas l'unanimité

A la mi-mars, la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale avait pourtant rejeté un amendement au projet de loi santé interdisant le recours à des mannequins trop maigres. De nombreux députés, à gauche comme à droite, considéraient alors qu'une telle interdiction introduirait une discrimination à l'embauche. Ainsi, les députés UMP et UDI s'y sont à nouveau opposés, tandis que les écologistes ont émis des réserves.

Les agences de mannequinat voient, quant à elles, cette législation d'un œil circonspect : "C'est évident que [l'anorexie] est un fléau, tous les amendements qui aideraient à faire en sorte qu'on ne fasse pas la promotion de l'anorexie, c'est toujours bien", avait réagi en mars Gérald Marie, ancien directeur Europe de l'agence Elite, aujourd'hui à la tête de l'agence parisienne Oui Management. "Mais il faut éviter de mélanger les choses. Il y a l'anorexie et il y a des filles qui sont fines, très fines, par tempérament et vous pouvez les faire manger toute la journée, elles resteront fines, avait-il souligné. Il faut arriver à bien déterminer l'anorexie, et voir que c'est un problème psychologique, psychiatrique".