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Pour contrer Fillon, Copé colle au plus près de Sarkozy

L'entrée en campagne de Jean-François Copé marque officiellement l'ouverture des hostilités entre l'ancien Premier ministre et l'actuel secrétaire général de l'UMP.

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France Télévisions
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Jean-François Copé fend la foule à son arrivée à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône), le 26 août 2012. (GERARD JULIEN / AFP)

POLITIQUE - Cette fois, les hostilités sont ouvertes pour de bon. Dimanche 26 août, Jean-François Copé a officialisé sa candidature à la présidence de l'UMP, en vue du congrès de novembre. Il rejoint Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire et surtout François Fillon, qu'il a attaqué en creux tout au long d'un discours de près d'une heure à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône).

Alors que les sondages effectués auprès de l'ensemble des sympathisants du parti montrent que François Fillon l'emporterait largement, Jean-François Copé, lui, considère que leurs résultats sont faussés puisque seuls les adhérents voteront, et qu'auprès d'eux, il est peut-être plus populaire que l'ex-Premier ministre. Du coup, Copé fait tout pour se démarquer de son rival. Sa méthode : coller au plus près du sarkozysme, quand Fillon prend parfois ses distances. L'hommage, la forme, le fond... Tout y était.

Un meeting aux allures sarkozystes

A Châteaurenard (Bouches-du-Rhône), dimanche, Jean-François Copé avait vu les choses en grand. Alors que François Fillon s'était déclaré fin juin par l'intermédiaire d'un tweet et d'une interview, le secrétaire général s'entoure lui de 2 000 partisans dans une ambiance survoltée. Derrière son pupitre, plusieurs dizaines de proches. Dans la foule, qu'il fend à son arrivée telle une rockstar, de multiples drapeaux tricolores. Dans les enceintes, la musique des grands meetings de l'UMP, à l'époque où Nicolas Sarkozy était encore au pouvoir. Même l'intonation, résolument offensive, agressive parfois, ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de Nicolas Sarkozy.

Un long hommage à l'action de l'ex-président

"Ma première pensée est pour Nicolas Sarkozy", attaque Jean-François Copé, citant à dix reprises le nom de l'ancien chef de l'Etat. "Je le dis très clairement à tous ceux qui voudraient remettre en cause son action, ils me trouveront sur leur route pour défendre son bilan et sa personnalité, ajoute-t-il. Nicolas Sarkozy a été un grand président de la République. Et je veux lui dire ici que, quelles que soient ses décisions, je serai à ses côtés." Et de railler encore "celles et ceux de notre famille politique qui le critiquent, alors qu'ils lui doivent tant". Longue ovation. 

A 800 kilomètres de là, François Fillon - devant 300 militants sarthois - sait qu'il est directement visé : "Ces derniers jours, certains ont découvert qu'il y avait des différences entre Nicolas Sarkozy et moi. C'est vrai qu'il faut un téléscope pour voir que nous n'avons pas la même histoire, le même itinéraire, le même caractère... Ceux qui font ça, ça fait cinq ans qu'ils font ça. Qu’ils se réveillent en se disant qu'il faut mettre un coin entre François Fillon et Nicolas Sarkozy."

Des points communs avec la personnalité de Sarkozy

Jean-François Copé, lui, considère qu'il a sensiblement la même histoire et le même caractère que son ancien mentor. Comme en écho au "petit Français de sang-mêlé", autodéfinition du candidat Sarkozy en 2007, le député-maire de Meaux (Seine-et-Marne) se lance dans une véritable déclaration d'amour à la France, et surtout explique qu'il est issu d'une famille où beaucoup étaient des "Français de préférence", "Français non par le sang reçu, mais par le sang versé"

Comme en écho au "j'ai changé" de Nicolas Sarkozy en 2007, Copé fait aussi son autocritique : "Ceux qui observent mon action de maire disent parfois que j'ai transformé la ville de Meaux. La vérité, c'est que c'est Meaux qui m'a changé. C'est à Meaux que mes grands principes ont rencontré le terrain..." Et d'ajouter que "Meaux, ce n'est pas vraiment un fief traditionnel de la droite. Loin des beaux quartiers de la capitale..." Une autre flèche visant François Fillon, élu député dans le 5e arrondissement de Paris au mois de juin après avoir déserté son bastion de Sablé-sur-Sarthe.

Deux mille militants ont assisté à l'entrée en campagne de Jean-François Copé, le 26 août 2012 à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône). (GERARD JULIEN / AFP)

Personnalité sarkozyste encore, Jean-François Copé, quand il rappelle que "Nicolas Sarkozy a montré que rien ne se faisait sans passion, que la tiédeur était un poison, que la prudence ne devait jamais servir de prétexte à l'inaction". Et là encore, François Fillon est visé. Lui qui, dans Le Point, expliquait jeudi que Nicolas Sarkozy lui disait : "Souvent tu es trop prudent" et qu'il lui répondait : "Oui, mais toi, parfois, tu vas trop vite."

 Un programme très sarkozyste

Quant au fond du discours, il est, lui aussi, résolument sarkozyste. Jean-François Copé accorde une très longue place aux "valeurs de la République". Prônant "l'attachement à notre patrie", le député-maire de Meaux promet une lutte "résolue" contre l'"assistanat", l'insécurité et le communautarisme, et plaide pour "la fin de l'Europe passoire" et le retour de "la préférence communautaire". Il se tourne également vers les électeurs du Front national, assumant en outre de ne pas appeler à voter PS en cas de duel UMP-FN, une posture critiquée par une partie de la droite.

Et de conclure, sous de vifs applaudissements : "La droite que j'aime, c'est une droite totalement libérée du politiquement correct. (...) C'est dans cet esprit que je continuerai toujours à avancer des propositions courageuses sur la sécurité, l'immigration, l'intégration, l'assimilation, l'entreprise, l'assistanat et la fraude. Cette droite, c'est ce que j'appelle la droite décomplexée !" La droite esquissée par Nicolas Sarkozy, en somme.

Les militants UMP opteront-ils, le moment venu, pour cette droite "décomplexée" plutôt que pour une droite plus "prudente" ? Jean-François Copé fait en tout cas le pari que c'est précisément sur cette ligne que se fera la campagne pour la présidence du parti.

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