Reportage "Nous, on est tranquilles" : alors qu’indépendantistes et loyalistes se déchirent en Nouvelle-Calédonie, les habitants de La Foa arrivent à préserver la paix civile

Article rédigé par Sandrine Etoa-Andegue, Eric Audra
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
Françoise et Maeva habitent le village de La FOA, à une centaine de kilomètres de Nouméa. Ici, les habitants préservent la paix civile. Françoise est pro-indépendance, Maeva se dit neutre. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / RADIO FRANCE)
Il y a trois semaines, la Nouvelle-Calédonie s'embrasait sur fond de revendications politiques pour l'indépendance. Mais à La Foa, un village situé à 1h30 de Nouméa, élus et habitants font tout pour préserver le "vivre-ensemble" entre communautés.

À La Foa, il n'y a pas de longues files d'attente pour les courses comme à Nouméa, commente Françoise. La mère de famille nombreuse et son amie Maeva, kanakes toutes les deux, font une pause cigarette. "Il n’y a pas de soucis pour la nourriture, confirme Françoise. C’est malheureux pour les gens de Nouméa mais nous, on est tranquilles. Pas de soucis, pas de saccages, rien."

"À La Foa, ajoute Maeva, il n’y a pas de différence, on ne voit pas la couleur. On vit des destins communs, on ne peut pas faire de mal à l’autre, on se connaît tellement bien !"  L’indépendance reste bien un but à atteindre, "les Kanaks demandent leur droit quand même !, s'écrie Françoise. Pour l’indépendance mais pas comme ça".

La Foa est une une ville de droite, loyaliste, insiste Florence Rolland, la maire sous l’étiquette Générations NC. Mais "peu importe la tendance politique, peu importe les origines, les communautés. On a tous au sein de la commune, nos idées politiques. On respecte". Dans son village de 3 500 habitants, épargné par les violences, la trentenaire, benjamine des maires de Nouvelle-Calédonie, s'active pour maintenir la paix civile par le biais de réunions sur le terrain et zéro communication sur les réseaux sociaux.

"Il y a eu une appréhension parce qu’on entendait que ça allait arriver par ici. Tous les jours, on était témoin de la désinformation totale qui créait chez notre population une réelle psychose."

Florence Rolland, maire de La Foa

à franceinfo

Tous les jours une équipe d’élus, d’adjoints se déploie sur le terrain : "On mène pas mal d’actions sur la commune, on va dans les quartiers, on occupe la jeunesse aussi pour qu’ils décollent un peu le nez des téléphones", décrit la maire.

Jean-Jacques dit Tchuky, sculpteur à Oua Tom, une tribu rattachée au village de la Foa. (ERIC AUDRA / RADIO FRANCE)

Occuper l'esprit des jeunes c'est aussi l'objectif de Jean-Jacques dit Tchuky, dans son atelier de sculpteur de bois sacré, au cœur de la tribu de Oua Tom, à une vingtaine de kilomètres de La Foa. Depuis le début des émeutes, sept personnes sont mortes, des centaines ont été blessées et les dégâts se chiffrent en centaines de millions d'euros. "Les évènements qui se passent dans le pays, ça prend aux tripes. Des jeunes sont morts sur les barrages. On les a abattus comme du bétail, s’émeut Tchuky. Si ça bouge à Nouméa, ça peut bouger dans tout le pays", craint-il.

"Ici, on prend le navire ensemble. C’est trop bête qu’on se tire dessus, qu’on s’entretue juste parce qu’il y a des lois qui viennent de la métropole qui viennent tout chambouler."

Jean-Jacques, sculpteur

à franceinfo

"Ici, on est tous métis, poursuit Jean-Jacques. Il y a des Corses, des Bretons, des Wallisiens, des Futuniens, des Savanais… Et c’est tout ce mélange qui fait notre richesse. Il faut rappeler qu’on est dans un processus de décolonisation et l’État doit nous accompagner avec neutralité". 

Son associé, Mathieu, un tailleur de pierre métropolitain installé en Nouvelle-Calédonie depuis 20 ans, est entre deux : "Je suis en soutien d’une revendication qui me paraît légitime. Après, est-ce que je suis indépendantiste ? Je n’ai même pas envie de dire ‘oui’. Peut-être qu’il y a une troisième voie. Ici, c’est binaire. Soit pour, soit contre l’indépendance". En revanche, il est bien contre le dégel du corps électoral qui a mis le feu aux poudres parce qu'il prévoit que plus de 42 000 électeurs, à la condition qu'ils soient arrivés dans l'archipel avant 1998, puissent désormais voter aux élections provinciales qui déterminent la vie locale en matière de santé et d'éducation notamment. "Je comprends ce que ça évoque, confie Mathieu. Je n’ai pas envie de faire partie du problème". Un problème qui fracture plus que jamais la société calédonienne.

Mathieu, l'associé de "Tchucky". Métropolitain, il vit depuis 20 ans en Nouvelle-Calédonie. (ERIC AUDRA / RADIO FRANCE)

Vivre ensemble malgré tout à La Foa : reportage de Sandrine Etoa-Andegue et Eric Audra

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