Covid-19 : "On ne gère pas une crise pandémique de cette ampleur sans faire confiance aux territoires et notamment aux maires", affirme Pierre Hurmic

Le maire de Bordeaux estime que le gouvernement fait preuve de "mépris" vis à vis des maires qui souhaiteraient être davantage associés à la politique sanitaire face au Covid-19.

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Pierre Hurmic, maire Europe Écologie-les Verts de Bordeaux, était l'invité de franceinfo dimanche 22 novembre 2020. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

"On ne gère pas une crise pandémique de cette ampleur sans faire confiance aux territoires et notamment aux maires", a affirmé mardi 23 mars sur franceinfo Pierre Hurmic, le maire EELV de Bordeaux. Avec d'autres maires ou élus de métropoles sous bannière écologiste ou de gauche, comme Paris, Bordeaux, ou Marseille, il a appelé le gouvernement à s'appuyer davantage sur les maires, "baromètres" de la population, pour des mesures de gestion de crise sanitaire, sous peine "d'explosion".

Pierre Hurmic demande notamment que Bordeaux devienne "une zone d'expérimentation des modalités d'ouverture" des lieux de culture "adaptées aux contraintes sanitaires".

franceinfo : Vous demandez à être écouté par le gouvernement. Qu'avez-vous à lui dire ?

On ne gère pas une crise pandémique de cette ampleur sans faire confiance aux territoires et notamment aux maires. Nous sommes, nous les maires, les meilleurs baromètres de l'action publique pour mesurer l'acceptabilité sociale des mesures qui sont prises. On se rend compte qu'on est arrivé à un niveau où il faut que le gouvernement lâche quand même un certain nombre de dispositions. Vous avez aussi de plus en plus de psychiatres qui nous alertent sur la détresse psychologique des jeunes et des étudiants qui va en s'aggravant. Il y a une fatigue pandémique qui a été diagnostiquée par l'OMS, qu'il faut prendre un certain nombre de mesures d'assouplissement, au moins dans les départements ou dans les villes qui sont moins concernées par la pandémie que d'autres.

Quels assouplissements demandez-vous pour Bordeaux, qui n'est pas dans un des seize départements reconfinés ?

Moi, cela fait plus d'un mois que j'ai écrit à la ministre de la Culture, le 17 février exactement, pour demander que Bordeaux puisse être une terre d'expérimentation permettant de rouvrir certains musées. J'ai proposé que nous soyons une zone pour expérimenter des modalités d'ouverture adaptées aux contraintes sanitaires. On ne m'a rien répondu. Quand je discute avec les acteurs qui se plaignent d'un certain mépris de la part du gouvernement, je leur dis, écoutez, nous aussi. On essaie de nouer des contacts pour essayer de trouver des solutions locales. Et nous n'avons pas même un début de réponse.

Comment voyez-vous cette reprise partielle des spectacles vivants ou des musées ?

Il faudra progressivement se réhabituer à un monde normal. Il faut qu'on considère qu'un monde sans culture, ce n'est pas un monde normal. Un monde normal, ce n'est pas un monde où on peut se contenter de consommer. Je trouve qu'on privilégie beaucoup actuellement la consommation au détriment de ce qui doit être aussi important, si ce n'est plus : la possibilité de se divertir et de se cultiver. Et je vois peu d'efforts faits par le gouvernement pour faire confiance. On a des conservateurs de musées qui n'attendent que ça, qui sont prêts, qui vont respecter scrupuleusement les mesures barrières et toutes les préconisations sanitaires. Nous avons un conseil de résilience sanitaire, ici à Bordeaux, qui est prêt aussi à s'investir pour permettre ces ouvertures partielles dans un contexte sanitaire extrêmement contraint. Il faut y aller progressivement. Et pour cela il faut s'appuyer sur les maires. Je suis étonné que le gouvernement ne songe pas à nous associer à cette progressivité de retour à une vie normale.

La confiance ne règne pas entre les maires et le gouvernement ?

Nous sommes d'abord peu sollicités pour être des terres d'expérimentation. Tous les maires le demandent. Tous les maires disent, on est prêts à vous aider pour travailler à cette reprise de vie normale. On n'a pas l'impression d'être associés. Est-ce que c'est un manque de confiance ou est-ce que c'est une vision extrêmement jacobine ? Les territoires ne sont pas suffisamment associés. C'est nous qui connaissons les habitants, qui sommes en contact notamment avec les jeunes. Nous sommes en première ligne. Nous aimerions aussi être en première ligne pour organiser une reprise de la vie de la vie normale. Actuellement, on n'a pas l'impression d'être très sollicités.

De nouveaux vaccins seront opérationnels dans les prochains jours. Est-ce que vous aussi, à Bordeaux, vous aurez des vaccinodromes ?

Nous sommes prêts pour mettre à disposition un certain nombre de locaux, le Parc des expositions ou un stade, ou de grands locaux. On est prêt à être des partenaires, mais pas uniquement. J'ai déjà reçu une première lettre signée de l'ARS en me disant, on compte sur vous pour la mise à disposition des locaux, mais on compte également sur vous pour l'allocation des ressources humaines, l'accueil et le suivi de rendez-vous, voire même l'acheminement des doses et des équipements. On a vraiment l'impression que l'Etat nous considère pour la première fois comme étant un partenaire, mais un partenaire financièrement associé. Je pense qu'il faut que l'Etat s'engage. Nous, nous sommes prêts à l'aider. Mais nous ne voulons pas être uniquement des partenaires financiers de l'Etat qui est plutôt défaillant dans sa campagne de vaccination.

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