Nicolas Sarkozy évoque les "coupables" du procès

Dans une interview sur France 2 et TF1, le chef de l'Etat

Nicolas Sarkozy lors de son interview à New-York, avant le G20 de Pittsburgh des 24 et 25 septembre 2009
Nicolas Sarkozy lors de son interview à New-York, avant le G20 de Pittsburgh des 24 et 25 septembre 2009 (© France 2)
Dans une interview sur France 2 et TF1, le chef de l'EtatDans une interview sur France 2 et TF1, le chef de l'Etat

Le chef de l'Etat interviewé à la veille du sommet du G20 par TF1 et France 2 a lancé : "deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant un tribunal correctionnel".

Ce propos a fait des vagues jusqu'aux journées parlementaires de l'UMP au Touquet. M. de Villepin a annoncé son intention d'assigner M. Sarkozy.

Interrogé par des journalistes de France 2 et de TF1, mercredi 23 septembre à New York, le chef de l'Etat n'a pas éludé les questions portant sur l'affaire Clearstream, pourtant en cours de procès. Un procès dans lequel il s'est constitué partie civile. Dans son élan, Nicolas Sarkozy a prononcé le mot de "coupables" et désigné à demi-mot Dominique de Villepein parmi eux. Un dérapage verbal qui, sans avoir suscité de réactions en direct sur le plateau de l'interview, a ensuite provoqué un tollé à droite comme à gauche. Et auprès des avocats de l'ancien Premier ministre qui préparent des poursuites contre le chef de l'Etat.

"La présomption d'innocence fait partie de nos textes fondamentaux"


Tant qu'il n'a pas été définitivement jugé, un mis en examen bénéficie de la présomption d'innocence.

"C'est cela le respect de votre tribunal, de votre parquet? C'est cela le spectacle que le président donne à la France de notre justice?", s'est exclamé l'un des avocats de Dominique de Villepin, Me Metzner, rappelant que "la présomption d'innocence fait partie de nos textes fondamentaux".

"On avait déjà voulu pendre au croc M. de Villepin, maintenant on le dit déjà coupable", s'est encore indigné l'avocat de l'ancien Premier ministre, faisant référence aux propos prêtés à Nicolas Sarkozy, selon lesquels il souhaitait que les faussaires fussent "pendus à un croc de boucher".

"C'est une atteinte scandaleuse aux principes fondamentaux", a appuyé son confrère, Me Henri Leclerc, tout en relevant que si M. de Villepin voulait poursuivre le chef de l'Etat pour atteinte à sa présomption d'innocence, il ne pourrait le faire, M. Sarkozy jouissant d'une totale immunité judiciaire.

Des remous aux journées parlementaires UMP


Députés et sénateurs UMP ont diversement apprécié le fait que Nicolas Sarkozy ait qualifié de "coupables" les prévenus du procès Clearstream.

A l'ouverture des journées parlementaires UMP au Touquet, le patron des sénateurs UMP, Gérard Longuet, a jeté un pavé dans la mare en se démarquant nettement du chef de l'Etat. "Chacun est présumé innocent tant qu'il n'est pas définitivement condamné", a lâché l'ex-ministre qui, pour avoir lui-même été relaxé "quatre fois", en a gardé "de la compassion" pour les prévenus.

Dans un rappel de l'affaire de Broglie, il a lancé: "J'ai un long souvenir, notamment de Michel Poniatowski, ministre de l'Intérieur qui avait été menacé d'être renvoyé en Haute cour de justice pour avoir présenté des prévenus pour des coupables".

L'Elysée s'est irrité de la déclaration de Gérard Longuet, qui a ensuite regretté avoir commis "un excès d'érudition".

Le patron de l'UMP, Xavier Bertrand, a défendu Nicolas Sarkozy. "Est-ce qu'un seul nom a été cité par le président ? Alors, où est le problème? Il n'y a pas de problème", a-t-il rétorqué.

La garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, elle, s'est refusée à commenter "une affaire en cours".

"Ce lapsus du président complique les choses, c'est vrai", a concédé le directeur de campagne UMP des élections régionales, Franck Riester. Chez les villepinistes, on ne croit pas au "lapsus". "Sarkozy a une maîtrise hors du commun du verbe et je ne pense pas qu'il puisse s'égarer aussi facilement", a argumenté le député Jean-Pierre Grand, un fidèle de l'ex-Premier ministre.

Sarkozy critiqué par l'opposition


Le député socialiste François Hollande a rappelé jeudi sur France 2 que le chef de l'Etat, avocat de profession, aurait dû avoir le sens des mots et se souvenir que les prévenus d'un procès étaient présumés innocents, selon un principe constitutionnel.

"Le lapsus est fâcheux, parce que Nicolas Sarkozy, président de la République, a autorité sur les parquets, les procureurs. Donc il a été victime de ce qu'il a fait lui-même (...) En étant partie prenante de ce procès, il entretient une confusion qui se retourne contre lui", a-t-il dit. Selon l'ancien premier secrétaire du PS, Nicolas Sarkozy aurait dû retirer sa constitution de partie civile au procès, où comparaît notamment son rival à droite, Dominique de Villepin.

Pour le président du Modem, François Bayrou, l'épisode met en lumière la position du président qu'il juge problématique. "Me Freud aurait dit que c'était un lapsus révélateur, révélateur de l'ambiguïté de la position qui est celle de Nicolas Sarkozy dans cette affaire", a-t-il dit. Il souligne que le chef de l'Etat est à la fois plaignant dans ce dossier et garant, dans la Constitution, de l'indépendance de la justice. Il est par ailleurs en position de donner des consignes au procureur, qui représente l'accusation. "Ce déséquilibre-là, cette position anormale ne devrait pas être acceptée dans une République qui a des principes", a dit François Bayrou.

Une histoire de manipulation


L'affaire Clearstream est une vaste histoire de manipulation, dans laquelle des listings bancaires ont été falsifiés et transmis à la justice afin de faire croire que certaines personnalités, dont Nicolas Sarkozy, détenaient des comptes occultes. L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin est poursuivi dans le cadre de ce dossier pour "complicité de dénonciation calomnieuse".

Débuté lundi devant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris, le procès doit s'achever le 23 octobre.

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