Grève générale, bandes cagoulées, véhicules blindés… Mais que se passe-t-il à Mayotte ?

Depuis deux semaines, ce département français est en état de grève générale, à l’initiative d’une intersyndicale. La revendication principale : l’égalité réelle avec la métropole. Mais, en marge du mouvement social, la situation a dégénéré.

Un barrage routier sur la commune de Bandrele, au sud-est de Mayotte, le 8 avril 2016.
Un barrage routier sur la commune de Bandrele, au sud-est de Mayotte, le 8 avril 2016. (MAYOTTE 1ERE)

Une île "paralysée tous les jours", et sa capitale, Mamoudzou, transformée en "ville fantôme". Délégué syndical CGT à Mayotte, Moursali Aboudou l'assure : un vent d'insurrection souffle sur le 101e département français. Depuis le 30 mars, la petite île nichée à mi-chemin entre le Mozambique et Madagascar connaît une crise sociale majeure. Une intersyndicale, qui regroupe notamment la CGT, la CFDT et Force ouvrière, a décidé d'installer des barrages filtrants dans le nord et le sud de l'île, afin de faire entendre ses revendications. 

"Nous demandons l’application du Code du travail national, un alignement des prestations sociales ou encore une amélioration des retraites", énumère Moursali Aboudou, interrogé par francetv info, mardi 12 avril. Car depuis que Mayotte est devenu un département français, il y a cinq ans, la situation de l'île ne s’est pas améliorée.

Les syndicats soutenus par des élus locaux

En novembre 2015, les syndicats ont signé une motion avec le patronat et les collectivités locales, "pour s'accorder sur l'application du Code du travail". Mais depuis, "l'Etat a toujours refusé de signer cet accord", déplore Moursali Aboudou. Un premier mouvement de grève a été lancé à l'automne, avant d'être très vite suspendu en raison des attentats de Paris. Quatre mois plus tard, les syndicats ont décidé de reprendre la lutte. Et comptent bien se faire entendre par Manuel Valls, à qui ils ont adressé un courrier la semaine dernière.

Sur place, le mouvement peut compter sur le soutien de plusieurs élus. Parmi eux, le président du conseil départemental, Soibahadine Ibrahim Ramadani, et le député apparenté PS de la 1re circonscription, Boinali Saïd. Selon Moursali Aboudou, les deux élus ont accompagné une délégation syndicale à la préfecture, le 4 avril, mais ils n'ont pas été entendus.

Craintes de pénurie dans les supermarchés

Si les syndicats assurent que la population les soutient, les réactions d'agacement sont pourtant nombreuses sur les réseaux sociaux. Beaucoup d'insulaires redoutent notamment une pénurie de nourriture à cause des difficultés de ravitaillement des grandes surfaces. A la faveur d'un arrêt temporaire de la grève, dimanche, celles-ci ont été prises d'assaut.

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Posted by Mayotte 1ère on Sunday, April 10, 2016

Autre secteur touché par la grève : les écoles. Nombre d’entre elles sont fermées, tandis que les transports scolaires ne sont plus assurés. "Certains jeunes s’insurgent contre les grèves à répétition à quelques mois des examens", observe le journaliste Chamsudine Ali, de la chaîne Mayotte 1ère.

Des airs de guérilla urbaine

La situation est d'autant plus tendue qu'en marge du mouvement social, de nombreux incidents ont éclaté. "Des bandes de jeunes cagoulés et armés de barres de fer se postent entre les villages et rackettent les automobilistes", assure Clotilde, une habitante de l'île, interrogée par francetv info.

Dans les quartiers de Cavani et Doujani, au sud de Mamoudzou, des affrontements entre bandes de quartiers rivaux prennent des airs de guérilla urbaine. "Depuis samedi, il y a des blessés toutes les nuits dans ma rue, les voitures sont caillassées, même celles de la police, témoigne Clotilde. Lundi soir, mon voisin a été bloqué par des jeunes qui ont d’abord essayé d'ouvrir ses portières de voiture. Comme ils n'ont pas réussi, ils ont cassé toutes ses vitres. Il ne l'ont pas laissé avancer, il a dû aller dormir ailleurs."

Face au risque d'une escalade de la violence, la police et la gendarmerie ont engagé des blindés. Un hélicoptère effectue des patrouilles. Mardi matin, le rectorat a pris une mesure de confinement des élèves dans les écoles encore ouvertes, en attendant que la situation s'apaise.

Quant aux syndicats, ils craignent désormais l’amalgame entre leurs revendications et ces violences sans réelles motivations. Ignorés par les autorités depuis près de quinze jours, les grévistes réclament maintenant qu'un émissaire du gouvernement soit dépêché depuis Paris pour trouver une solution au conflit.

Nous ne demandons pas la Lune, mais il me semble que certains veulent pourrir la situation, veulent que ça dégénère, alors que jusqu'à ce jour, nous avons été réglos. Pour l'instant, nous avons le soutien de la population, nous maîtrisons la situation, mais nous risquons d'être dépassés et ça sera la responsabilité du préfet.Rivomalala Rakotondravelo, secrétaire départemental SNUipp/FSUà l'Agence France-Presse