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Mais qui sont les électeurs indécis ?

Un électeur sur deux a changé d'intention de vote pour le premier tour de la présidentielle au cours des six derniers mois. Et plus de 20% comptent se décider dans l'isoloir. Entretien avec Madani Cheurfa, du Centre de recherches politiques de Science Po.

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Propos recueillis par - Salomé Legrand
France Télévisions
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Pour le premier tour de la présidentielle 2012, presque un quart des électeurs se décideront à la dernière minute, dans l'isoloir.  (DENIS CHARLET / AFP)

Plouf plouf ! Tiraillés, hésitant jusqu’à la dernière minute sur le seuil du bureau de vote, au moment de prendre les bulletins, jusque dans l’isoloir… Avant le premier tour de la présidentielle de 2002 à quelques jours du vote, seuls 59% des sondés par Ipsos affirmaient être sûrs de leur choix. En 2007, ils étaient 66%. Cette année, ils sont 71%, le 19 avril. De plus, depuis six mois, un électeur sur deux a changé d’intention de vote pour la présidentielle 2012 au moins une fois, selon l'enquête Présidoscopie 2012 pour le Centre de recherches politiques de Science Po (Cevipof) et détaillée par Le Monde. Entretien avec Madani Cheurfa, secrétaire général du Cevipof.

FTVi : Qui sont les indécis ? Combien sont-ils ?

Madani Cheurfa : On sait que 20 à 23% des électeurs prennent leur décision à la toute dernière minute, dans l’isoloir. Mais aussi que, sur les 6 000 personnes que nous avons suivies depuis novembre 2011, 52% n’ont pas changé d’avis du tout. Et 48% ont décidé soit d’aller voter alors qu’ils comptaient s’abstenir, soit de s’abstenir quand ils comptaient voter au début, soit ont changé de candidat, une ou plusieurs fois.

Quel est leur profil type ?

Aucun ! Pour définir les indécis, un seul critère sociodémographique me semble pertinent. Il s'agit de l’âge. En effet, parmi ceux que nous avons interrogé et qui n’ont jamais varié, 32% ont 60 ans et plus, tandis que chez les 18-24 ans, 55% ont changé d’avis. Les autres critères comme le sexe ou lieu de résidence ne sont pas significatifs.

En revanche, les critères politiques et d’affiliation partisane se révèlent beaucoup plus intéressants. Les électeurs se définissant "au centre" notamment sont 58,5% à avoir changé d’avis au moins une fois. Et chez ceux qu’on appelle les "ninistes", qui se définissent comme "ni de gauche ni de droite", ce taux de "changeurs" monte à 65%. Par contre, la proximité partisane, avec l’extrême droite notamment, concentre le plus de "permanents" : sur 100 personnes se définissant comme "très à droite", 78 n’ont jamais changé d’avis.

Ces chiffres montrent bien l’importance stratégique d’aller chercher et convaincre au centre, là où les électeurs évoluent le plus. Et les deux principaux candidats l'ont bien compris. 

Qu’est-ce qui explique une telle indécision ?

Plusieurs explications possibles. La première a été vérifiée dans différents sondages : cette campagne déçoit. Les Français voulaient qu’on leur parle emploi et pouvoir d’achat. Or les discours des derniers mois n’ont pas répondu aux attentes. C’est d’ailleurs un trait dominant de la vie politique française : les citoyens accordent beaucoup d’intérêt à la politique mais témoignent d’un manque de confiance à l'égard du personnel politique.

L’autre explication, c’est que les électeurs fonctionnent beaucoup moins à l’idéologie à cause du brouillage des repères par des propositions similaires à droite et à gauche. Ils se montrent bien plus sensibles à l’image des candidats, qui varie davantage que les projets au cours d’une campagne. En revanche, les choix annoncés pour le second tour se révèlent beaucoup plus robustes : seule une personne sur cinq affirme avoir changé d’avis. 

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