M.Ayrault (PS) a indiqué mercredi que la question de la légalisation "contrôlée" serait étudié par "une commission"

Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée, a estimé à propos du cannabis que si la gauche revenait au pouvoir, elle organiserait une "commission de consensus pour essayer de dégager des solutions".Le député (UMP) de Seine-Saint-Denis, Eric Raoult, a lancé une pétition contre la dépénalisation des drogues douces.

Saisie de 1,5 tonne de cannabis, à Lyon, le 17 mai 2011.
Saisie de 1,5 tonne de cannabis, à Lyon, le 17 mai 2011. (AFP/Philippe DESMAZES)

Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée, a estimé à propos du cannabis que si la gauche revenait au pouvoir, elle organiserait une "commission de consensus pour essayer de dégager des solutions".

Le député (UMP) de Seine-Saint-Denis, Eric Raoult, a lancé une pétition contre la dépénalisation des drogues douces.

Dans les couloirs de l'Assemblée Nationale, M.Ayrault a estimé après la publication du rapport d'un groupe socialiste présidé par Daniel Vaillant, l'ancien ministre de l'Intérieur, prônant "une légalisation contrôlée", que cette question n'était "pas tranchée".

Si la gauche revient au pouvoir elle organisera une "commission de consensus pour essayer de dégager des solutions", a-il dit, soulignant que "Daniel Vaillant a le mérite de poser les bonnes questions, pas de façon simpliste".

Face à "l'échec" des politiques menées en matière de drogues, "quelle est la solution, mettre la poussière sous le tapis?", s'est interrogé Jean-Marc Ayrault .

Pour lui, se posent "une question de santé publique et celle d'une économie parallèle". Pour l'heure "on ne peut faire qu'un constat d'échec".

Le problème posé par la consommation du cannabis, est revenu d'actualité après la sortie de Stéphane Gatignon, maire de Sevran (Seine-Saint-Denis), qui a dénoncé le pouvoir mafieux de la drogue dans les "quartiers" et a demandé l'intervention de l'armée et la dépénalisation de la consommation de ce stupéfiant.

Selon M. Raoult, "proposer de dépénaliser les drogues douces est totalement irresponsable et dangereux, car cela reviendrait à banaliser l'action des dealers qui terrorisent nos cités de banlieue et les pousser vers le trafic de drogues dures".

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POUR OU CONTRE LA DEPENALISATION ?

LES ARGUMENTS POUR:

"La pénalisation de la consommation de cannabis est une farce", juge mercredi dans le Monde Stéphane Gatignon, le maire de Sevran, ville de Seine-Saint-Denis gangrenée par le trafic de cannabis, dont la lutte pour le contrôle se règle à coups de feu : "la loi est inadaptée, et son autorité bafouée, elle est inapplicable par ceux qui en ont pourtant la charge".

Dans un rapport publié le 2 juin par la Commission mondiale sur la politique des drogues (Global Commission on Drug Policy), une kyrielle de personnalités, dont d'anciens présidents latino-américains, estiment que le combat mondial contre la drogue a "échoué" et que le seul recours est désormais la dépénalisation du cannabis .

- La dépénalisation réduirait les trafics et la violence:
Pour M.Gatignon, "Sortir de la société de prohibition, c'est (...) libérer des territoires entiers de l'emprise des trafics et de la violence", écrit-il dans son livre "En finir avec les dealers", co-écrit avec le policier Serge Supersac. Selon l'édile, le trafic de drogue a gangrené toute l'économie de certains quartiers de Sevran, où le chômage des jeunes dépasse les 40%.

- Une légalisation "contrôlée" aura des conséquences économiques et sanitaires positives:
La commercialisation des drogues douces pourrait devenir "un nouveau secteur économique, évidemment très encadré, créateur d'emplois tant pour l'agriculture que pour la distribution", selon M. Gatignon.

Le groupe de travail du groupe socialiste, présidé par l'ancien ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant, préconise la "légalisation contrôlée du cannabis" pour les personnes majeures, qui permettrait, "grâce à l'encadrement de la production et de la distribution", d'"instaurer une politique de réduction des risques".

LES ARGUMENTS CONTRE LA DEPENALISATION:
- Le cannabis reste une drogue:
C'est une plante dont le principe actif est le THC (tétrahydrocannabinol), inscrit sur la liste des stupéfiants, rappelle l'Observatoire français des drogues et toxicomanies. Selon l'OFDF, "une prise de cannabis entraîne en général une euphorie modérée et un sentiment de bien-être suivi d'une somnolence mais aussi un affaiblissement de la mémoire à court terme et des troubles de l'attention".

Une consommation de cannabis peut aussi entraîner "une augmentation du temps de réaction" dangereux en cas de conduite, et des "symptômes psychiatriques" comme des hallucinations ou des "troubles anxieux intenses".

- La lutte contre le cannabis a réduit la consommation:
Selon le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, grâce à la lutte contre les trafics de drogues, "les expérimentations de cannabis chez les jeunes de 17 ans diminuent en France depuis 2003, et le niveau de sa consommation a été ramené à celui du début des années 2000". Pour M. Guéant, "d'après les études, plus de la moitié des jeunes non consommateurs renoncent au cannabis du fait des risques liés à l'interdit".

- La légalisation ne réduit pas le trafic:
"Par rapport à la délinquance et au phénomène de bandes, il a été observé partout où le cannabis a été dépénalisé que les bandes s'emparaient du trafic d'autres substances", a dit le ministre de l'Intérieur.

Dans le journal le Monde, M.Guéant fait le parallèle avec le trafic de cigarettes, marchandises pourtant légales, qui reste "une ressource majeure et en forte croissance de la criminalité organisée internationale".