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Les tops et les flops du quinquennat Sarkozy

Alors que le chef de l'Etat doit officialiser mercredi soir son intention de briguer un second mandat, FTVi revient sur son bilan depuis 2007.

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Le président Nicolas Sarkozy s'apprête à tenir un discours sur la crise économique, le 1er décembre 2011 à Toulon (Var). (ERIC FEFERBERG / AFP)

Alors que Nicolas Sarkozy doit officialiser mercredi 15 février son intention de briguer un second mandat, FTVi revient sur ses promesses tenues et ses principaux échecs depuis 2007.

• DIX PROMESSES QU'IL A TENUES

1/ Malgré d'importantes manifestations lors de son examen au Parlement, la réforme des retraites est bel et bien entrée en vigueur au 1er juillet 2011. L'âge légal de départ a été reculé à 62 ans, et l'accès à une retraite à taux plein est passé de 65 à 67 ans. Cette "stratégie est la réponse la plus adaptée, choisie par l'ensemble de nos voisins européens", se félicitent les économistes Jean-Olivier Hairault et François Langot dans Le Monde. Comme le rapporte Le Figaro, cette réforme va permettre de réaliser d'importantes économies dans les prochaines années. Même si elle ne sera sans doute pas suffisante, dans la mesure où elle ne couvre qu'environ la moitié des besoins de financement, souligne Le Monde.

2/ En matière de diplomatie, Nicolas Sarkozy avait promis au soir de son élection "à tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et par les dictatures (...) que la France [serait] à leurs côtés"L'intervention française en Libye restera, sur ce plan, sans doute la décision la plus emblématique prise par le chef de l'Etat. "En termes de perception, Nicolas Sarkozy a réussi à redorer une image égratignée par l'attitude de la France vis-à-vis de la révolution tunisienne", analyse Mathieu Guidère, universitaire spécialiste du monde arabe, sur le JDD.fr, en référence au soutien tardif de Paris au mouvement de contestation du régime de Ben Ali. C'est en effet sous la pression française que le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté, en mars 2011, une résolution permettant une intervention alliée pour protéger les populations civiles libyennes. Après la chute du colonel Kadhafi, c'est en héros que le président français a été accueilli à Benghazi, le fief de l'insurrection. 

3/ Autre engagement tenu par Nicolas Sarkozy : le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Mise en place depuis 2008, cette règle aura entraîné une réduction des effectifs de la fonction publique de 150 000 postes, et une économie de quelque 400 millions d'euros par an en moyenne, selon Libération. Il faut toutefois souligner que dans son dernier rapport, le médiateur de la République, l'UMP Jean-Paul Delevoye, pointe une dégradation des services publics.

4/ Au tout début du quinquennat, le crédit impôt-recherche a été adopté pour doper l'innovation dans le monde de l'entreprise, en réduisant d'un tiers le coût d'un chercheur en France. A l'arrivée, un "succès" aux yeux des Echos, et même un "succès historique" pour La Tribune (le dernier bilan publié par le ministère de la Recherche comptait 15 800 entreprises bénéficiaires en 2009, soit une hausse de 60% en deux ans) malgré son coût, passé de 1,7 milliard d’euros en 2007 à près de 5 milliards aujourd’hui.

5/ "Désormaisquand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit." Dès juillet 2008, Nicolas Sarkozy s'est félicité d'avoir mis en place, un an plus tôt, un "service garanti" dans les transports en commun. La loi oblige les grévistes à se déclarer individuellement 48 heures avant le début d'un conflit afin de pouvoir informer les usagers sur la fréquence ou les horaires de leurs trains, bus ou métros. "Demander aux grévistes de se déclarer 48 heures à l'avance n'est pas un recul démocratique mais au contraire un acte de bonne gouvernance pour tout le reste de la société", salue l'économiste libéral Pascal Perri sur Atlantico.fr. S'il est élu, le candidat PS, François Hollande, a dit qu'il ne reviendrait pas dessus. 

La loi sur le service garanti dans les transports en commun oblige les entreprises à mieux informer les usagers en cas de grève. (FREDERICK FLORIN / AFP)

6/ Votée dès août 2007, la loi sur l'autonomie des universités est entrée totalement en vigueur au 1er janvier 2012. Technique de prime abord, elle permet aux facultés de gérer plus librement leur budget, recrutement, masse salariale, etc. Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, la mesure s'est accompagnée d'une hausse moyenne de 23% du budget alloué au fonctionnement des universités. Dans Les Echos, le président de la Conférence des présidents d'université estime que "l'autonomie est une très bonne chose et a permis de dynamiser les universités", même si "elle a un coût qui n'avait pas été prévu". Car les 15 milliards d'euros sur cinq ans promis par la ministre Valérie Pécresse pour accompagner la réforme n'ont pas été totalement alloués, rappelle Le Monde.fr.

7/ Autre promesse tenue : la détaxation des droits de succession, adoptée dans les premiers mois du quinquennat. Elle a permis d'exonérer 90 à 95% des successions (contre plus de 75% auparavant, selon Libération). Très populaire - plus de huit sondés sur dix y sont favorables selon l'Ifop -, le dispositif est néanmoins coûteux pour l'Etat, puisque le manque à gagner s'élève à 2,2 milliards d'euros par an.

8/ Permettant au justiciable de faire vérifier qu'une loi n'est pas contraire à la Constitution, la question prioritaire de constitutionnalité représente "une avancée démocratique" selon l'association Anticor, spécialisée dans la lutte contre la corruption. Proche du PS, le think-tank Terra Nova salue également une "révolution juridique et démocratique"Point négatif : comme l'observait Le Figaro en novembre 2011, elle représente "une lourdeur procédurale pour une justice déjà lente".

9/ Autre loi que le chef de l'Etat a su mener à bien : celle qui prévoit l'interdiction du voile intégral dans l'espace public. Signe de réussite : entrée en vigueur en avril 2011, elle avait été adoptée aussi bien par la droite que par des parlementaires de gauche. François Hollande, s'il est élu, ne souhaite pas revenir sur cette loi.

10/ C'est une mesure qui aura tardé à être mise en place, mais aura bel et bien fini par l'être : annoncée en septembre 2009 par Nicolas Sarkozy, l'instauration d'un 10e mois de bourse pour tous les étudiants boursiers est finalement devenue effective à la rentrée 2011. Une mesure saluée par les organisations étudiantes, qui la réclamaient de longue date, et dont le coût annuel s'élève à quelque 160 millions d'euros.


• DIX PROMESSES QU'IL N'A PAS TENUES

1/ En 2007, Nicolas Sarkozy avait été élu en faisant campagne sur deux grands thèmes : le plein emploi et le pouvoir d'achat. Mais depuis, la crise est passée par là, même si les économistes sont divisés sur la part de responsabilité de la conjoncture par rapport à celle du gouvernement. Alors que le chômage était sur une tendance décroissante depuis avril 2006, il est reparti à la hausse à partir de février 2008, pour se stabiliser aux alentours des 10% depuis l'automne 2009. Quant au pouvoir d'achat, selon l'Insee, il a progressé de 2,4% en 2007, diminué de 0,4% en 2008, puis augmenté de 0,8% en 2009, 0,1% en 2010 et 0,7% en 2011 - soit une augmentation globale de 3,6%. Mais selon le dernier baromètre ViaVoice pour France Info, les Français n'ont jamais été aussi nombreux - 55% des sondés - à anticiper une baisse de leur pouvoir d'achat.

2/ Autre mesure phare transformée en échec : le bouclier fiscal. Symbole de la politique fiscale du chef de l'Etat, il limitait à 50% le taux d'imposition des revenus. Une mesure "inutile" selon l'économiste Henri Sterdyniak, qui "n'a pas permis le retour des grandes fortunes", précise son confrère de l'OFCE Eric Heyer. Même Brice Hortefeux, proche parmi les proches du président, a convenu que l'exécutif avait "perdu le combat sur le bouclier fiscal", qui était "un échec en termes de communication". Mesure coûteuse (586 millions d'euros en 2009, 678 millions en 2010), ne bénéficiant qu'aux ménages les plus fortunés (les 7% les plus riches ont reçu 60 % des sommes versées), le dispositif a finalement été enterré par le Parlement en juillet 2011. 

3/ Nicolas Sarkozy avait fait du "travailler plus pour gagner plus" l'un de ses principaux slogans. Une formule qui devait fonctionner grâce à la défiscalisation des heures supplémentaires. Selon le gouvernement, qui s'appuie sur un rapport parlementaire, cette mesure "bénéficie à 9 millions de salariés, qui gagnent 1 500 euros en moyenne et perçoivent ainsi en moyenne 450 euros de plus par an", soit environ 37 euros par mois. Mais ce rapport pointe son manque à gagner très élevé pour l'Etat : environ 4,5 milliards d'euros par an. Dans un rapport de l'Inspection générale des finances publié en août 2011, ce dispositif est surtout jugé "peu efficient". Une affirmation corroborée par les économistes de l'OFCE, qui déplorent "une mesure mal adaptée à une situation conjoncturelle dégradée, comme celle que connaît actuellement l'économie française".

Symbole du "travailler plus pour gagner plus", la défiscalisation des heures supplémentaires est finalement jugée "peu efficiente" par l'Inspection générale des finances. (THIERRY ZOCCOLAN / AFP)

4/ En 2007, elle devait constituer l'un des plus importants chantiers du quinquennat. Sans cesse repoussée, la grande réforme de la dépendance des personnes âgées a finalement été purement et simplement enterrée en septembre 2011, l'exécutif ne voulant pas créer de nouvelles prestations en période de rigueur, comme le détaille Le Monde.fr. Interrogée par RFI, l'association France Alzheimer déplore que "l'amélioration de la qualité de vie des personnes âgées les plus fragilisées ne semble pas prioritaire".

5/ Autre promesse non tenue : en décembre 2006, le candidat Sarkozy promettait qu'en deux ans, "plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid". Loin de cet objectif "zéro SDF", plus de 133 000 personnes sont aujourd'hui sans-abri et 3,6 millions de personnes vivent "non logées ou très mal logées", selon le dernier rapport de la Fondation Abbé-Pierre. Quant au collectif "Les morts de la rue", il indique que près de 400 sans-abri sont morts en France en 2011. Le Conseil d'Etat vient d'ailleurs d'exhorter les pouvoirs publics à "mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale".

6/ En matière de logement, Nicolas Sarkozy avait également fait de "la France des propriétaires" l'un de ses slogans de campagne. Las ! Environ 58 % des ménages étaient propriétaires de leur logement en 2011, contre 57 % en 2007. FTVi avait listé en novembre dernier les principales raisons de cet échec, et depuis, la cure d'austérité a rendu encore plus difficile l'achat d'un premier bien immobilier.

7/ Mesure phare du "Grenelle de l'environnement", la taxe carbone visait à inciter les Français à réduire leurs émissions de CO2 en s'appliquant à la consommation d'énergie des ménages et des entreprises. C'était sans compter l'avis du Conseil constitutionnel, qui a décidé fin 2009 de retoquer la loi, jugeant qu'elle prévoyait trop d'exemptions et créait une inégalité face à l'impôt. L'exécutif a alors émis le souhait d'une taxe carbone aux frontières de l'Europe, qui pénaliserait les produits venus de pays qui ne luttent pas contre le réchauffement climatique. En vain. Un double échec, aux yeux de l'Institut du développement durable et des relations internationales de Sciences Po, dans une tribune parue sur Slate.fr.

8/ La réduction du taux de TVA dans la restauration, passé de 19,6% à 5,5%, devait doper l'emploi et faire baisser les prix à la carte, pour un manque à gagner annuel de 2,4 milliards d'euros environ. Finalement, les conséquences n'ont pas été à la hauteur des espérances, analyse Le Monde.fr. La Cour des comptes elle-même a déploré un "coût élevé" pour un "impact limité", dans un rapport publié en 2010

Une photo trompeuse ? Selon l'association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV), 56,4 % des restaurants n'appliquent aucune réduction sur les prix. (MYCHELE DANIAU / AFP)

9/ Après avoir mis en place un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, Nicolas Sarkozy décide, en 2009, d'ouvrir un débat sur l'identité nationale. Problème : le débat vire au concours de dérapages. Au point que le site Rue89, par exemple, "s'amuse" à les recenser sur une carte interactive. Alors que de nombreuses voix s'élèvent au sein de la majorité pour critiquer la pertinence de ce débat, le gouvernement se décide finalement à l'enterrer bon an mal an, en février 2010. 

10/ Dernier échec notoire de Nicolas Sarkozy depuis 2007 : son Union pour la Méditerranée, qui avait pour ambition de rassembler les pays du bassin méditerranéen, notamment pour influer sur le processus de paix au Proche-Orient. Lancée en juillet 2008 en grande pompe lors d'un coûteux sommet parisien (plus de 16 millions d'euros selon la Cour des comptes), elle s'est finalement heurtée à de nombreux obstacles, recensés début 2011 dans cet article du Nouvel Observateur. "Un grand raté", là encore, pour le quotidien allemand FAZ

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