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Les Femen répondent aux critiques : "Notre poitrine ne frappe personne"

Inna Shevchenko, la militante ukrainienne aux seins nus qui a installé un camp d'entraînement à Paris, s'explique après le "happening" de Notre-Dame, mardi.

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Propos recueillis par - Clément Parrot
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Inna Shevchenko, militante féministe ukrainienne, lors de l'inauguration du camp d'entraînement des Femen à Paris, le 18 septembre 2012. (© JACKY NAEGELEN / REUTERS / X00198)

Les féministes des Femen voulaient dénoncer le sexisme de l’Eglise catholique en tombant le haut dans la nef de Notre-Dame de Paris, mardi 12 février. Elles sont surtout parvenues à s’attirer les foudres des autorités religieuses et des politiques, et un déchaînement de réactions outrées sur les réseaux sociaux. L'Ukrainienne Inna Shevchenko, qui a créé un camp d’entraînement des Femen à Paris en septembre 2012, ne craint pas les critiques. La militante répond aux questions de francetv info.

Francetv info : Que répondez-vous à ceux qui critiquent la violence de vos méthodes ?
Inna Shevchenko : Quelle violence ? La violence de notre poitrine ? Nos opposants réagissent à nos actions pacifiques avec agressivité et violence. Ils nous mordent, nous cassent les dents. Une de nos militantes a récemment perdu deux dents. Nos méthodes sont non-violentes. Nous utilisons notre corps comme une arme, mais notre poitrine ne frappe personne.

Vous vous mobilisez sur de nombreux sujets, comme l’homophobie, la religion, les régimes autoritaires... N’avez-vous pas peur de brouiller votre message ?
Notre message principal reste le même : les femmes ont des droits au même niveau que les hommes, au niveau social, politique, culturel. Nous ne souhaitons pas parler uniquement de l'avortement, nous devons nous battre sur tous les sujets pour construire une société égalitaire entre les hommes et les femmes. Nous voulons montrer que les femmes peuvent se battre pour leurs propres droits et leurs propres libertés, notamment la liberté d'expression.

En exposant votre nudité, ne craignez-vous pas d’utiliser ce que vous dénoncez, c’est-à-dire la marchandisation du corps féminin ?
Nous utilisons justement nos corps pour détruire ce point de vue : les femmes nues considérées uniquement comme des objets sexuels. Nous donnons une nouvelle signification à la nudité du corps. La nudité des femmes n'est plus synonyme de prostitution ou d'exploitation sexuelle. La nudité signifie désormais que les femmes sont prêtes à se battre.

Notre liberté est intimement liée à notre corps. Par exemple, la religion oppresse les femmes en voulant les couvrir. A l’inverse, l'industrie du sexe exploite les femmes en les déshabillant et en utilisant leurs corps. Dans la stratégie des Femen, notre corps demeure notre propriété. Personne ne peut utiliser mon corps. Je le contrôle et je décide d'en faire une arme de combat pour la liberté.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup vous reprochent de mettre en avant des jeunes femmes belles et sveltes. Organisez-vous des castings pour choisir vos militantes ?

Nous ne sélectionnons pas nos militantes sur leur apparence ou leur âge. Nous avons des femmes de tout âge et de toute apparence. Mais les militantes qui participent à nos actions doivent être très bien préparées au niveau physique, moral et émotionnel. Etre une Femen, c’est physiquement difficile. Nous devons parfois sauter sur les toits des immeubles. Mais l’entraînement physique et moral reste la seule chose qui nous permet de choisir les participantes à nos actions.

Où sont donc vos militantes enrobées ?
Vous pouvez en voir si vous regardez certaines manifestations, comme à Davos ou au Vatican. Mais quand nous devons courir et escalader, les femmes en surpoids ne peuvent pas participer, parce qu'elles ne sont pas préparées physiquement. C’est difficile de grimper sur les toits. Mais ça n'a rien à voir avec l'apparence. Autre exemple, au Trocadéro, à Paris, contre l'intégrisme musulman : il y avait des femmes très différentes par l'âge, le poids, la taille... Nous avons des grosses militantes, dont une qui pèse 120 kilos. Elle peut participer, mais encore une fois, tout dépend des actions. 

 

Pour illustrer les propos d'Inna Shevchenko, voici quelques vidéos des coups d'éclat des Femen :

A Davos, en Suisse :

Place Saint-Pierre, au Vatican :

Au Trocadéro, à Paris :

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