Les crèmes solaires protègent-elles moins que prévu ?

C'est ce qu'assure une chercheuse en pharmacie. Mais ses résultats sont décriés par les industriels. 

Dans une étude publiée le 14 août 2012, une chercheuse nantaise estime que 25 à 30% des produits solaires n\'ont pas l\'efficacité escomptée.
Dans une étude publiée le 14 août 2012, une chercheuse nantaise estime que 25 à 30% des produits solaires n'ont pas l'efficacité escomptée. (GETTY IMAGES )

SANTE - Vous vous tartinez d'indice 50 tout l'été ? Sachez qu'il y a de grandes chances pour que la crème vous protège moins que prévu. Selon une étude d'une professeure de pharmacie à l'université de Nantes, dévoilée mardi 14 août dans Libération (en accès abonné), "25 à 30% des produits [solaires] ont un indice de protection inférieur à celui affiché sur l'emballage". FTVi vous dit tout de ces résultats très polémiques. 

Quels sont les produits concernés ? 

La professeure Laurence Coiffard a testé un échantillon de 200 produits commercialisés dans les parapharmacies ou les grandes surfaces. Les résultats, inquiétants, concernent un large éventail de crèmes solaires : produits pour enfants ou pour adultes, bio ou non, en flacon ou en spray.

La chercheuse note parfois de grands écarts entre l'indice de protection noté sur le flacon et son efficacité réelle. D'après ses propres tests, certains produits se retrouvent bien moins efficaces que prévu, même si l'on prend en compte la marge d'erreur sur laquelle les industriels pariaient. 

La composition des produits en question

Pour Laurence Coiffard, la différence entre l'indice noté sur l'étiquette et l'efficacité réelle du produit provient des composants de la crème. Ainsi, la présence d'anti-inflammatoires d'origine végétale, utilisés dans certaines crèmes solaires pour retarder l'apparition des coups de soleil, influeraient sur leur efficacité. Selon Laurence Coiffard, ils "faussent [en effet] les résultats des tests" en faisant grimper l'indice de protection alors qu'ils ne protégent pas à proprement parler. Autres cibles de la professeure : les crèmes bio et minérales, sans filtre chimique. Après des tests réalisés en laboratoire, la chercheuse assure qu'il est "impossible d'obtenir de hauts indices, de l'ordre de 50 ou 50+", pour ces crèmes.

Deux méthodes de tests en débat

Mais c'est surtout sur la méthode utilisée pour tester les crèmes que Laurence Coiffard et les industriels achoppent. En effet, alors que les tests officiels réalisent des tests sur l'homme, la scientifique leur préfère des tests en laboratoires. 

1. La technique "in vivo". Le test est fait directement sur la peau de l'homme et mesure le temps mis pour qu'un coup de soleil apparaisse. Pour cela, on enduit de crème une petite portion de peau, puis l'on projette des rayons UV sur l'ensemble de l'épiderme. Les scientifiques constatent, à partir de là, l'efficacité du produit. 

2. La technique "in vitro". C'est la technique choisie par Laurence Coiffard. En laboratoire, elle enduit un testeur en plastique de crème solaire puis mesure le nombre de rayons UV qui parviennent à le traverser. Mais selon Libération, elle suit son propre protocole et met par exemple beaucoup moins de crème sur le testeur. "Son test est donc plus sévère", note le quotidien. 

Comment se défendent les deux camps ?

Chacun se renvoie donc la balle. Pour Laurence Coiffard, les test "in vivo" permettent "d'obtenir des résultats plus favorables" en raison de la composition des produits. D'après elle, les anti-inflammatoires (lire plus haut) jouent ainsi sur le résultat visible sur la peau. 

Du côté des industriels, on insiste sur le fait que la méthode "in vivo" est la seule reconnue par les autorités de santé. Le groupe Johnson & Johnson, interrogé par Libération, estime ainsi que la technique "in vitro" donne "des résultats très variables" selon les labos. Cela semble être aussi l'avis de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Le quotidien relève en effet ce paradoxe : pour certains produits, l'institution est parvenue aux mêmes résultats que la chercheuse, mais conteste encore la fiabilité de la méthode en laboratoire. Reste une solution, que personne ne critique : enfiler un tee-shirt !