Législatives : près de 130 sièges de députés pourraient basculer

De nombreuses circonscriptions détenues par la droite sont menacées, notamment en Ile-de-France. Et les triangulaires avec le Front national pourraient encore compliquer la tâche des candidats UMP.

L\'hémicycle de l\'Assemblée nationale, le 29 juin 2010.
L'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 29 juin 2010. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Peut-on imaginer la composition de la future Assemblée nationale à partir des résultats de l'élection présidentielle ? Cela tient de la politique fiction, mais les scores obtenus par François Hollande et Nicolas Sarkozy permettent de dresser un état des lieux du rapport droite-gauche dans les 577 circonscriptions françaises. Chacune d'entre elles élira un député les 10 et 17 juin lors des élections législatives. 

• La gauche majoritaire dans 333 circonscriptions sur 577

Selon les données électorales compilées et publiées par l'association Regards Citoyens, François Hollande est arrivé en tête au second tour dans 333 circonscriptions législatives, tandis que Nicolas Sarkozy s'impose dans 244 d'entre elles. A priori, une majorité à l'Assemblée semble donc à portée de main pour la gauche.

Mais prudence : ce rapide décompte ne tient aucun compte des particularités locales. Il n'est pas rare en effet que des personnalités se fassent élire sur leur nom plutôt que sur leur appartenance politique. Ce chiffre ne prend pas non plus en compte l'hypothèse de triangulaires, voire de quadrangulaires, auxquelles participeraient des candidats Front national, et qui pourraient coûter de précieux sièges à la droite.

Par ailleurs, cette statistique ne préjuge en rien du résultat des élections législatives. En 2007, au second tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy était arrivé en tête dans 371 circonscriptions, mais l'UMP et ses alliés n'avaient obtenu dans la foulée que 345 sièges à l'Assemblée.

• La droite en difficulté en Ile-de-France et dans la Sarthe

L'association Regards Citoyens a calculé, dans chaque département, combien de sièges de députés pourraient basculer. Verdict : près de 130 députés sortants pourraient se trouver en difficulté au mois de juin. C'est en Ile-de-France que la droite aurait le plus de souci à se faire. Près de 25 sièges appartenant à l'UMP ou à ses alliés y seraient menacés. Dans le département des Hauts-de-Seine, cher à Nicolas Sarkozy, quatre circonscriptions seraient menacées.

Plusieurs députés de droite seraient aussi menacés dans d'autres départements comme le Nord ou la Somme. Dans la Sarthe, département de François Fillon, la situation est critique pour l'UMP. Les quatre sièges de député qu'elle y détient sont menacés.

La gauche, quant à elle, pourrait laisser quelques plumes dans le Pas-de-Calais, la Meuse, l'Isère et les deux départements corses.

• De nombreuses personnalités de droite menacées sur leurs terres

La situation est incertaine pour le ministre du Travail, Xavier Bertrand, qui s'est fait élire dans l'Aisne en 2007. Dans sa circonscription, c'est François Hollande qui est arrivé en tête avec 52,57% des voix. Autre membre du gouvernement en difficulté : Edouard Courtial, secrétaire d'Etat chargé des Français de l'étranger, dont la circonscription (dans l'Oise) a voté majoritairement pour le candidat socialiste.

D'autres personnalités, anciens ministres ou députés célèbres, risquent de mordre la poussière. Le Nouveau Centre Jean-Christophe Lagarde, qui a soutenu Nicolas Sarkozy, subit un désaveu dans sa circonscription de Drancy (Seine-Saint-Denis), où François Hollande a obtenu 66,4% des voix.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, la circonscription de Michèle Alliot-Marie a voté à 51,59% pour François Hollande. Renaud Muselier (Bouches-du-Rhône), Hervé Mariton (Drôme), Hervé Novelli (Indre-et-Loire), Louis Giscard d'Estaing (Puy-de-Dôme), Brigitte Barèges (Tarn-et-Garonne), Georges Tron (Essonne), Eric Raoult (Seine-Saint-Denis) et Gilles Carrez (Val-de-Marne) sont également menacés.

Dans les Hauts-de-Seine, la droite a également du souci à se faire. A Issy-les-Moulineaux, la circonscription du député-maire André Santini (Nouveau Centre) a également placé François Hollande en tête. Même constat chez Patrick Devedjian à Antony, ainsi qu'à Asnières-sur-Seine, dans la circonscription de l'ancien maire Manuel Aeschlimann, battu aux municipales de 2008.

• Les circonscriptions des Français de l'étranger favorables à la droite

C'est la nouveauté de ce scrutin. Les 11 circonscriptions des Français de l'étranger, créés à l'occasion du redécoupage électoral de 2010, devraient avantager la droite, qui vire en tête dans 8 d'entre elles. François Hollande ne dépasse les 50% que dans trois circonscriptions : les troisième (Europe du Nord), septième (Europe de l'Est) et neuvième (Afrique du Nord et Afrique centrale), où il obtient respectivement 53,1%, 54,66% et 61,68% des suffrages.

De son côté, Nicolas Sarkozy réalise ses meilleurs scores dans la sixième circonscription (Liechtenstein et Suisse), avec 62,29% des voix, et dans la huitième (Chypre, Grèce, Israël, Italie, Malte, Saint-Marin, Saint-Siège et Turquie), avec 62,91%.