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Le PS boycottera le débat sur l'identité nationale

Le Parti socialiste a annoncé mardi qu'il ne participerait pas au débat lancé lundi par le ministre de l'Immigration
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Le ministre de l'Immigration, Eric Besson (© F2)
Le Parti socialiste a annoncé mardi qu'il ne participerait pas au débat lancé lundi par le ministre de l'ImmigrationLe Parti socialiste a annoncé mardi qu'il ne participerait pas au débat lancé lundi par le ministre de l'Immigration

"L'injonction du président de la République et de son ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, convoquant sans délai dans les préfectures les forces vives du pays, est irrecevable", estime le bureau national du PS dans un communiqué.

Cette annonce ne doit cependant pas faire oublier que les socialistes étaient divisés sur ce sujet.

Arnaud Montebourg et Ségolène Royal avaient souhaité que le parti y fasse entendre son avis, tandis que d'autres jugeaient que ce débat n'avait pas lieu d'être actuellement. Ces derniers auront eu gain de cause. "Les socialistes ne serviront pas de caution à une mise en scène racoleuse qui mobilise indûment et dans l'improvisation les préfets dont ce n'est pas le rôle", souligne au contraire le Parti socialiste, sans employer l'expression "identité nationale".

"Faire vivre l'identité de la France et l'originalité de son modèle est au coeur des préoccupations du Parti socialiste. "Les Français ne doutent pas de leur identité, ils nous demandent surtout de la défendre et d'y être fidèles", ajoute-t-il.

Pas franchement favorable à cette consultation l'opération, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui a déclaré lundi qu'il se méfiait des "débats théoriques".

Côté de la majorité, l'opération ne fait pas non plus l'unanimité. "Je pense que les Français veulent bien en parler mais il ne faut pas que ce soit théorique, que ce soit contraint. Il faut que ce soit ouvert, propositionnel, dynamique, vivant. On attend la France sur ces idées-là", a notamment souligné le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.

L'organisation de l'opération

Lancé lundi par le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale Eric Besson, le débat se déroulera jusqu'au 31 janvier 2009. Il "doit favoriser la construction d'une vision mieux partagée de ce qu'est l'identité nationale aujourd'hui" indique le ministère.

La discussion doit "faire émerger, à partir des premières propositions mises en débat et des contributions des participants, des actions permettant de conforter notre identité nationale, et de réaffirmer les valeurs républicaines et la fierté d'être Français", selon le ministère.

L'opération sera déclinée localement par des réunions organisées dans chacun des 96 départements et des 342 arrondissements de France métropolitaine, ainsi que dans les départements et territoires d'outre-mer. Ces réunions seront animées par le corps préfectoral, ainsi que par les parlementaires nationaux et européens qui le souhaitent". Elles "seront ouvertes à l'ensemble des forces vives de la Nation: parlementaires et élus locaux, réseaux des élus de la diversité, mouvements associatifs, enseignants, élèves et parents d'élèves de l'enseignement primaire, secondaire et supérieur, organisations syndicales et patronales, représentants des cultes, associations patriotiques. Les organisateurs pourront ouvrir ces réunions au public".

Le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, devrait participer, le 4 décembre, à une discussion publique à l'invitation de l'institut Montaigne, un "think tank" (groupe de réflexion) de la droite libérale dirigé par Claude Bébéar, ancien président du directoire de l'assureur Axa.

Contestation de tous bords dès l'annonce du débat
Au-delà de la gauche, l'extrême droite et aussi une partie de l'UMP restent dubitatives face à l'organisation de ce débat.

"La ficelle est un peu grosse", a commenté Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national du PS, remarquant que les élections régionales avaient lieu dans quelques mois. Les partis de gauche dénoncent une opération de "diversion" et de "surenchère" vis-à-vis du Front national. Avec, cependant, quelques dissonances: la présidente socialiste de Poitou-Charentes, Ségolène Royal, a ainsi "considéré que ce débat est un vrai débat".

De son côté, la vice-présidente du FN, Marine Le Pen, s'est empressée de réclamer une entrevue avec le président Nicolas Sarkozy et un "Grenelle de l'identité nationale". Marine Le Pen, qui accuse les autorités de "museler la parole des Français", a annoncé lundi le lancement mardi par le FN d'un site internet spécial (identitenationale.net) afin d'alimenter "un vrai débat" sur l'identité nationale.

La contestation atteint aussi les rangs de la majorité. L'ex-premier ministre Alain Juppé s'est ainsi interrogé sur la pertinence de relancer un débat sur l'identité nationale, tranché, selon lui, par l'historien Ernest Renan en 1882. Une référence également citée par l'ancien ministre MRC Jean-Pierre Chevènement.

Le "débat est très risqué", a estimé Christine Boutin, ancienne ministre du gouvernement Sarkozy et présidente du Parti chrétien- démocrate. De son côté, le haut commissaire Martin Hirsch, figure de l'"ouverture" chère à Nicolas Sarkozy pense que "la France n'a pas de problème d'identité", ajoutant que "c'est un débat 100 % politique".

Besson: "le peuple" contre "les élites"
Devant cette avalanche de critiques, Eric Besson a souligné que "les élites peuvent toujours dire ce qu'elles souhaitent, le peuple s'est déjà saisi du débat (...) dans les blogs, sur les radios".

Pour l'heure, selon un sondage BVA pour Canal + publié jeudi, 64 % des personnes interrogées considèrent que l'objectif principal du gouvernement avec ce débat sur l'identité nationale correspond "avant tout" à une "volonté de mobiliser les électeurs de droite en vue des élections régionales".

54 % des sondés (73 % des sympathisants de droite et 43 % des sympathisants de gauche) jugent l'initiative du ministre de l'Immigration "importante" et 46 % pensent le contraire.

Plus d'infos :
>> Le site officiel du Grand débat national

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